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PARCOURS D’EXPOSITION

Toutes les disciplines et tous les niveaux scolaires

donnent lieu à des séries et des émissions. Mieux :

des émissions portent sur des domaines du savoir

qui ne s’inscrivent pas dans les programmes scolaires

officiels. Par exemple, des émissions d’enseignement

du cinéma produites par la télévision scolaire font

leur apparition sur la grille de programmes de l’ORTF

dès le début des années 1960. À partir de 1968, avec

l’introduction de la publicité, puis la multiplica-

tion des chaînes (création de FR3 en 1972), l’ORTF

considéra la programmation indépendante de l’Ins-

titut pédagogique national et de l’Ofrateme à la télé-

vision comme une ingérence. Cette production de la

télévision scolaire est accusée de mal s’intégrer à la

programmation générale, provoquant des « ruptures

d’écoute » jugées trop conséquentes et l’appari-

tion de la vidéo entraînera de nouveaux usages et

pratiques de l’image animée en classe. À partir des

années 1970, les rapports avec le diffuseur se cris-

pèrent et se tendirent dans un contexte de libérali-

sation de plus en plus grande du secteur.

MAI 1968 : CRITIQUE DES PETITS ÉCRANS

Les mouvements sociaux du printemps 1968 ont des

répercussions dans le monde des médias, accusés

de relayer la seule parole d’État et de censurer les

mouvements d’opinion. Les affiches conservées

au Musée national de l’Éducation sont le reflet de

ces mouvements contestataires au sein de l’ORTF

et de la radio-télévision scolaire, mais aussi dans le

monde de l’enseignement. Ceux-ci constatent d’une

part l’inadaptation du système éducatif traditionnel

face à une explosion scolaire et universitaire, et

restent d’autre part critiques vis-à-vis de « méthodes

actives » qui peinent à se généraliser, auprès d’en-

seignants peu formés à ces nouvelles méthodes

d’enseignement.

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50 ANS DE PÉDAGOGIE PAR LES PETITS ÉCRANS

LA RADIO-TÉLÉVISION SCOLAIRE

Dépositaires d’un savoir-faire qu’ils ont contribué à

inventer, les pionniers de la télévision éducative ont

transmis, grâce à ce média novateur à leur époque,

une autre façon d’apprendre, de comprendre et d’assi-

miler des ressources pédagogiques complémentaires

de celles des manuels et de la culture livresque. Après

les pionniers, d’autres personnalités ont continué à

utiliser ce média jusqu’à aujourd’hui. La télévision a

été et reste l’un des éléments importants d’appren-

tissage de la culture en général et de l’image en

particulier. Les précurseurs de la télévision scolaire

ont initié la pédagogie de l’image dont on parle tant

aujourd’hui. Ces grands témoins sont ceux qui ont cru

en un rôle éminemment instructif de la télévision et

qui, armés de caméras, ont voulu prolonger la mission

éducative de l’école dans les foyers.

FOCUS SUR LA PRODUCTION DES ÉMISSIONS

DE LA TÉLÉVISION SCOLAIRE

Les productions de la télévision scolaire et de forma-

tion prennent des formes variées et, sur ce point, ne

se différencient pas de l’éventail de genres télévisés

que l’on trouve sur les grilles de programmes tradi-

tionnelles. Au cours des premières années de l’his-

toire de la télévision éducative (voir

De la télévision scolaire à l’ordinateur V )

, on trouve certes des cours

filmés mais également des reportages, des magazines,

des entretiens, des fictions, comparables au reste de

l’antenne. La particularité de conception de toutes

ces émissions par rapport aux autres productions de

la télévision est la nécessité pour le réalisateur et

les équipes techniques de travailler sous la houlette

d’un pédagogue. La forme esthétique des émissions

est alors seconde par rapport aux contenus pédago-

giques dont l’auteur pédagogue est responsable. Mais

la forme télévisuelle prise par ces contenus d’ensei-

gnement ne sera pas négligée pour autant. Le recours

à des professionnels du cinéma comme Éric Rohmer,

Jean Eustache, Nestor Almendros témoigne de ce

souci esthétique qui est au cœur d’une bonne péda-

gogie audiovisuelle. Les liens de la télévision scolaire

avec le cinéma et le monde de l’art et de la culture

sont multiples et ont perduré des années 1950 aux

coproductions avec France 5. L’Institut pédagogique

national, producteur de ces émissions et donc, de ces

archives de la télévision scolaire, a souvent invité des

personnalités que l’on interrogeait sur des thèmes

en lien avec les questions d’éducation. Voir

Le binôme pédagogue/réalisateur V .

LES CINÉASTES DE LA TÉLÉVISION SCOLAIRE

Parmi les réalisateurs qui ont fait leurs premières

armes à la télévision scolaire, des personnalités inven-

tives telles que Jean Frapat ou de futurs grands docu-

mentaristes comme Georges Rouquier apprirent « le

métier » dans ce qui constitue une sorte de laboratoire

des pratiques audiovisuelles. La télévision scolaire est

le prolongement historique du cinéma éducateur de

l’entre-deux-guerres et peut être considérée comme

une école du court-métrage pédagogique.

Un cinéphile comme Georges Gaudu, responsable

du service, voulait que des Éric Rohmer, des Jean

Eustache, des Nestor Almendros (qui devint directeur

de la photographie de très grands cinéastes comme

Terence Malik ou Barbet Schroeder) l’aident à faire

de la télévision scolaire une production de référence

dans le paysage audiovisuel français des années 1960.

Le service de la télévision scolaire se dotera assez

rapidement de caméras légères pour produire en

extérieur et faire de la télévision scolaire une fenêtre

ouverte sur le monde, une télévision de culture et de

découvertes.

UNE HISTOIRE PARALLÈLE

DE LA TÉLÉVISION FRANÇAISE

La radio fait son apparition en 1936. Dans les années

1950, des “télé-clubs” sont créés dans les campagnes

françaises à l’initiative de l’Unesco et de militants de

l’éducation populaire (on atteint le nombre de 175

en 1955). À chaque fois, il s’agissait d’abord d’expé-

rimenter, puis de généraliser un nouveau type de

rapport, un rapport médiatisé aux savoirs scolaires

ou fondamentaux. L’attrait de la nouveauté était au

service des contenus d’enseignement ainsi transmis

et inculqués. Dans les archives du Centre national de

documentation pédagogique, la toute première émis-

sion conservée est une coproduction avec la Banque

nationale de commerce et d’industrie et vante les

mérites du chèque par rapport à la monnaie. Les

formes d’émissions sont diverses. Elles reposent sur

la coopération entre un auteur pédagogue rémunéré

par le ministère de l’Éducation nationale et un réali-

sateur de la radio-télévision française.

En 1960, la télévision scolaire produisait quatre

heures hebdomadaires. L’accroissement du volume

de production suit l’essor de la télévision sur le

marché français. Ainsi, à la fin des années 1960, la

télévision scolaire produit une vingtaine d’heures.

1

2

1. Affiche de mai 1968, photomontage à partir d’une couverture

du magazine

L’Express

, Paris, université de la Sorbonne.

2. Projecteur utilisé dans le cadre de la production d’émissions

pour télévision scolaire.