L'enseignement de la religion en Europe
Enquête et recommandations sur l'enseignement de la religion en Europe : deux éléments de réflexion pour éclairer la situation actuelle dans la communauté européenne
Les instances européennes se préoccupent de la problématique de l'enseignement de la religion.

En 2007, le conseil des conférences épiscopales d'Europe a publié une enquête sur l'enseignement religieux dans les écoles européennes. Cette enquête fait apparaître substantiellement que l’ER est présent dans quasiment tous les Pays de l’Europe suivant “deux formules principales: celle d’une éducation religieuse basée sur le modèle des sciences des religions gérée directement par l’Etat et celle d’un enseignement religieux confessionnel au sein duquel les Eglises (et, là où elles sont présentes, d’autres confessions religieuses) jouent un rôle actif ”. (Actes, cit. p. 301)

Une lecture transversale des rapports constitutifs de cette enquête met en évidence trois dimensions communes en terme d'enseignement :
- le caractère culturel de l'enseignement des religions
- la dimension humaine et spirituelle des élèves
- la pastorale

En conclusion, la conférence épiscopale a émis six points de vigilance.

1. La nécessité de valoriser le rôle des familles comme soutien à l’Enseignement de la religion, en réafirmant, selon le Concile Vatican II, le droit et le devoir premiers et inaliénables des parents en matière d’éducation et le droit des enfants et des jeunes à recevoir une formation religieuse.

2. L’engagement de l’Église à accroître encore davantage son attention envers le monde de l’école, à travers une présence efficace au service des jeunes générations. Les difficultés (institutionnelles, culturelles ...) d’aujourd’hui ne doivent pas nous décourager, mais nous inciter au contraire à saisir toutes les nouvelles opportunités à exploiter.

3. La conviction que l’Enseignement de la religion peut être proposé aux élèves indépendamment de leurs options religieuses et dans le respect de leur liberté de conscience. Dans le contexte particulier de l’Europe, cet enseignement doit se réaliser sous la forme d’une collaboration œcuménique, tout en étant ouvert aussi au dialogue interreligieux.

4. Dans le respect de la situation particulière de chaque pays, l’Enseignement de la religion qui correspond le mieux aux nécessités du monde d’aujourd’hui est celui "à contenu confessionnel" parce qu’il instaure un dialogue avec une religion "vivante" et significative pour la vie de chaque élève.

5. La nécessité de créer des occasions de rencontre entre les Églises catholiques d’Europe pour repenser entièrement la formation initiale et le service des EDR à la lumière des changements en cours, afin de mieux valoriser le service précieux qu’ils rendent à l’Église et à la société.

6. Il est important que les Conférences épiscopales d’Europe continuent à promouvoir le travail "en réseau" sur des objectifs concrets tels que, par exemple, la création d’un observatoire permanent sur l’Enseignement de la religion en Europe, la mise en circulation des expériences positives réalisées dans les différents pays dans des domaines fondamentaux (coopération oecuménique et interreligieuse, dialogue interculturel, capacité de collaborer avec l’État et de lui présenter les besoins des communautés religieuses…).

En 2009, les résultats du projet de recherche REDCo, Religion dans l'Éducation. Une contribution au Dialogue ou un facteur de Conflit dans l'évolution des pays européens ont été publiés. Ce projet financé par la commission européenne a débouché sur quatre recommandations en matière de politiques publiques.

1. Encourager une coexistence pacifique
Les futures politiques publiques éducatives doivent centrer leurs efforts sur la mise en œuvre d’outils susceptibles de transformer une tolérance abstraite (passive) en tolérance pratique (active).
Actions :  
- Contrer les stéréotypes négatifs sur les religions, en présentant une vision plus complexe des phénomènes religieux incluant leurs contributions positives pour la société et pour les individus.
- Développer et renforcer les capacités aux dialogues entre les élèves concernant les différentes religions et convictions.   
- Fournir des occasions permettant d’impliquer les différentes convictions et religions (ceci inclut la coopération avec les autorités locales afin qu’elles permettent le développement d’échanges entre les différents groupes religieux et non-religieux) et offrir la possibilité de rencontres entre les élèves ayant différentes positions vis-à-vis de la religion.

2. Promouvoir la gestion de la diversité
Une certaine éducation à la citoyenneté tend à privilégier l’uniformisation ; cependant, passer d’une tolérance passive à une tolérance active, rend nécessaire la valorisation et l’encouragement à une réelle diversité religieuse et philosophique au sein de l’école comme de l’université.
Actions :
- Offrir aux élèves l’opportunité d’apprendre à connaître les différentes religions et leur permettre de bénéficier d’un espace de discussion sur les questions religieuses et philosophiques.  
- Développer des approches innovantes afin que les élèves puissent apprendre à connaître les religions et convictions à travers les différentes disciplines scolaires : les cours de religion là où ils existent, les cours d'histoire, de lettres et de science.
- L'enseignement de la religion, comme l'enseignement des faits religieux, doit inclure une éducation globale permettant la tolérance et prenant en compte les différents besoins des élèves au fur à mesure de leur développement.
- Encourager les universités à donner plus largement sa place à la pluralité religieuse dans la recherche et l'enseignement.

3. Inclure les visions du monde religieuses comme non-religieuses
L'école est un lieu où tous les étudiants doivent être respectés quelque soit leur conviction ou religion. Le religion est importante pour certains élèves, et leurs croyances ne doivent pas devenir un obstacle à leur progression académique.
Actions :
- Inclure l'apprentissage des différentes religions et visions du monde séculières dans leur complexité et en prenant en compte leur diversité interne.
- Inclure la dimension religieuse dans une éducation globale à l'inter-culturalité, à la citoyenneté démocratique et aux droits de l'homme.

4. Accroître les compétences professionnelles
Aucun changement ne peut advenir sans la coopération des professionnels de l'éducation et l'acquisition par eux des compétences nécessaires. Cette formation requiert à la fois une formation initiale et une formation continue des enseignants.
Actions :
- Préparer les éducateurs des différentes disciplines à prendre en compte les faits religieux pertinents pour leurs disciplines et à assurer l'intégration des élèves, dans un esprit de neutralité à l'égard de leurs appartenances religieuses ou non religieuses.
- Former les enseignants à des méthodes qui favorisent et encouragent les élèves à se sentir à l'aise face à la diversité religieuse et qui leur permettent de s'approprier, sous un mode réflexif, la diversité de leurs expériences personnelles.
- Le programme de formation des enseignants doit inclure le développement d'aptitudes à organiser et modérer des débats dans la classe sur des sujets religieux sensibles et à gérer les conflits entre visions du monde.

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Béatrice Mas
Responsable Mission
Formiris
Créé le 06/12/2011
Modifié le 06/12/2011