Rendre lisible le patrimoine
Une réflexion sur les principes fondamentaux de l'interprétation du patrimoine.
Le principe de l'interprétation du patrimoine est simple : pour bien faire passer un message, la simple fourniture d'informations ne suffit pas. Il est nécessaire d'interpréter, c'est-à-dire de donner sens. Un même objet ne sera interprété de la même manière pour tous. Interpréter, c'est traduire le monde dans la langue de celui qui cherche à comprendre. Dans le cas d'une église, la quête du sens abordera donc obligatoirement le domaine du religieux…

Réflexions : A quoi bon annoncer une Nativité dans la mesure où le mot n'évoque rien dans la culture de l'élève ? Le mot même pose problème… Est-il suffisant de dire qu'il s'agit de la naissance de l'Enfant de Noël ? Le niveau de langue convient davantage, mais il faudra aborder une autre question : pourquoi cette scène revient-elle comme une leitmotiv dans l'iconographie chrétienne ? Et là, l'interprétation doit rester respectueuse quelles que soient les croyances des jeunes…

Les principes fondamentaux de l'interprétation

1. Toute interprétation qui n'en appelle pas à un trait de personnalité ou à l'expérience du visiteur est stérile.
Réflexions : Le problème de l'hétérogénéité des milieux sociaux, les peurs face aux religions censées engendrer le fanatisme engendrent le blocage de quelques-uns qui refusent absolument de rentrer dans une église par exemple. Sans aller jusqu'aux situations extrêmes, comment s'adresser à un groupe qui n'a pas la même culture ?

2. L'information seule n'est pas interprétation. Cette dernière est une révélation basée sur l'information. Les deux choses sont différentes, mais toute information présente des informations.
Réflexions : Le stade informatif est indispensable. Il faut des clés pour comprendre une architecture : l'époque, le contexte, le style sont importantes à connaître, d'où la nécessaire préparation à la visite pour mettre " en appétit ", éveiller la curiosité. Quant à l'appréciation d'ordre esthétique, elle est certes subjective, mais plus l'information sera riche, plus l'interprétation approchera de l'ordre de la révélation - c'est-à-dire révélation de ce qui est caché.

3. L'interprétation est un art qui en combine beaucoup d'autres.
Réflexions : La passion s'enseigne-t-elle ? Faire aimer aux élèves demande d'aimer soi-même, d'être à l'aise avec le patrimoine religieux. Le manque de formation des enseignants en histoire de l'art explique aussi la crainte face à ce patrimoine, d'où le recours utile aux guides-conférenciers pour animer (" donner une âme ") aux visites.

4. L'interprétation cherche à provoquer plus qu'à instruire.
Réflexions : Provoquer, c'est faire réfléchir, aller au-delà de ce qui est montré. Dire, par exemple, que la frise de l'église Notre Dame La Grande à Poitiers était la " Bible du pauvre ", n'est-ce pas une interprétation rapide quand on connaît la complexité des sources ?

5. L'interprétation doit choisir les points essentiels qui vont conduire la découverte.
Réflexions : Le choix est nécessaire, car tout dire noie l'essentiel, d'où la nécessité de déterminer des objectifs pédagogiques selon le niveau des élèves. Ce point va de pair avec une préparation en amont, condition sine que non de la réussite de la visite.

6. L'interprétation pour les enfants ne doit pas être une dilution de celle qu'on présentera aux adultes. Elle doit suivre une voie différente.
Réflexions : Grande est la difficulté de soutenir l'attention des plus jeunes même en adaptant un vocabulaire à leur niveau. L'art de les rendre actifs passe par des outils pédagogiques : livres, mallettes d'objets à manipuler, dessins, modelages…

Monique Béraud
Animatrice patrimoine
 
Créé le 05/12/2011
Modifié le 05/12/2011