L'arbre dans tous ses états
Quatre regards sont posés sur l'arbre dans cette séquence : religieux, philosophique, scientifique et littéraire. Pour les classes de Français et d'Allemand de Première.
Objectifs
- Synthétiser des textes littéraires autour du thème de l'arbre et de ses représentations (classes de Français).
- S'approprier le symbole propre à ce thème dans la langue et la culture germanique (classes d'Allemand).

Destinataires : Enseignants de Première, classes de Français et d'Allemand.

Supports
- Henri Vincenot, Le Pape des Escargots, éd. Gallimard.
- Albrecht Durer, Œuvre gravée, Musée du Petit Palais, exposition 1996.

Source : Programmes scolaires et culture religieuse, partage d'expériences, Enseignement catholique d'Auvergne et du Limousin, Limoges 1996, pp. 111-115.

DEROULEMENT DE LA SEANCE

Après avoir inscrit le mot ARBRE au tableau, les élèves ont indiqué tout ce qui leur venait à l'esprit à ce propos. Le professeur a ensuite proposé un certain nombre de documents dans lesquels ils devaient puiser pour cerner les divers domaines du terme.
Cette étape a pris une séance et demie. Ce type de démarche rend le jeune disponible et ouvert. Elle change de l'heure traditionnelle de cours. Le libre choix du thème l'incite à ne pas être qu'un "consommateur".
Le regard des élèves sur l'enseignant se modifie aussi ; ils le voient comme quelqu'un qui a envie de partager une découverte, une réflexion, un cheminement.

CONTENU DE LA SEANCE

La séquence ne s'est pas déroulée de la même manière dans les deux groupes. Mais lors de la confrontation des travaux et des réactions observées chez les élèves, quatre plans ont été dégagés :
- religieux,
- philosophique,
- scientifique,
- littéraire.

REGARDS RELIGIEUX

Dans les religions juives et chrétiennes, l'arbre correspond à plusieurs symboles :
- au milieu du Paradis, l'Arbre du Bien et du Mal,
- également au milieu du Paradis, l'Arbre de Vie (ou de la Connaissance), symbole d'éternité, qui devait conserver la vie à l'homme, si celui-ci n'avait pas péché.
Ce même arbre distillait, comme l'évoquent d'antiques légendes d'Inde et d'Iran, une "ambroisie", liqueur d'immortalité.

Dans l'épopée suméro-babylonienne de Gilgamesh, le serpent vole la plante qui peut conférer l'immortalité et vérifie son pouvoir en faisant peau neuve.
L'Arbre de la Croix, symbole chrétien, désigne la croix sur laquelle le Christ fut attaché au Calvaire.

Pour les juifs, les Arbres d'Israël ont chacun une valeur symbolique particulière : oliviers, amandiers, figuiers, grenadiers, pommiers, chênes et térébinthes, cèdres, cyprès, saules et peupliers. On les retrouve dans les divers textes bibliques : La Genèse, le Deutéronome, les Prophètes, les Psaumes et les Evangiles.

A noter que chez les Druides, l'arbre correspond à un principe régénérant (cf. H. Vincenot, Le Pape des Escargots).

REGARDS PHILOSOPHIQUES

Sur un plan philosophique, l'arbre symbolise à la fois la vie et la condition humaine.

Arbre, symbole de vie
Les racines de l'arbre s'ancrent dans la terre, ses branches s'élèvent vers le ciel ; il fait lien entre les deux.
L'arbre généalogique symbolise la vie des familles.
De l'arbre, on peut tirer des fruits et du bois dont on se sert pour se chauffer ou pour construire des édifices. L'arbre symbolise le travail humain et assure la vie d'une région.
L'arbre est aussi symbole de force et de solidité.

Arbre et condition humaine
L'arbre représente les âges de la vie :
- l'enfance avec l'arbre de Noël, la plantation d'un arbre à la naissance. En Indonésie, le tronc d'arbre est le cercueil d'un enfant mort-né ;
- la vieillesse : maladie, décès (un arbre malade, un arbre mort, bois du cercueil). L'arbre est associé à l'homme : le même vocabulaire («tronc», «racines») est utilisé pour l'un et pour l'autre .
L'arbre est symbole de persévérance : il faut attendre qu'il pousse, le soigner; on le regarde pousser.
L'arbre est symbole historique : les arbres de la Liberté plantés dans un grand nombre de localités de France entre 1790 et 1848 célèbrent l'avènement de la liberté. On plante des arbres pour marquer l'an 2000.
Par ailleurs, rois et seigneurs rendaient la justice sous un arbre.

REGARDS SCIENTIFIQUES

L'arbre est symbole de longévité par rapport au caractère éphémère de la vie humaine (chênes et séquoias sont multicentenaires).
En géographie, un arbre reflète le climat de sa région, une mentalité, un art de vivre. Par exemple :
- la silhouette rigide et élancée du sapin du Nord,
- les palmiers aux formes souples du Sud.
L'arbre est nécessaire à la vie (chlorophylle), il est souvent associé à l'eau et au feu.
Aujourd'hui l'arbre attaqué est fragilisé par le progrès et l'ambition humaine.
En anatomie : l'arbre de vie est la substance blanche du cervelet.
En chimie : l'arbre de Diane, l'arbre de Saturne renvoient à la cristallisation arborescente de l'argent et du plomb.
En mécanique : on évoque l'arbre à came, arbre de transmission.
Dans la marine : on parle de l'arbre de meistre.
Dans les beaux-arts : il y a de nombreuses représentations de l'arbre de la Science du Bien et du Mal (cf. Dürer), ou de l'arbre de Jessé (vitraux de La Sainte Chapelle, de la Cathédrale de Beauvais, de Chartres...).
En botanique, l'arbre fruitier représente le passage "de la mort à la vie" ; il renaît à partir d'un déchet, d'un noyau, d'un pépin...

REGARDS LITTERAIRES

L'arbre est cité dans les proverbes et les maximes : "Entre l'arbre et l'écorce il ne faut pas mettre le doigt." - "L'arbre ne tombe pas du premier coup." - "Couper l'arbre pour en avoir le fruit."
II est présent dans les textes d'auteurs au cours des différents siècles :
- XVIème siècle : Ronsard - Extrait de L'Ode au Vendômois. L'arbre est opposé à l'homme par son caractère éternel, son passage de la mort à la vie. Il renouvelle toujours son feuillage ; on emploie un vocabulaire humain pour l'arbre en insistant par là sur son caractère vivant.
- XIXème siècle : La Fontaine, Le Chêne et le Roseau. L'arbre peut représenter la force mais cette force n'est pas inébranlable. Il est menacé par la main de l'homme, par une catastrophe naturelle ; la prétention de l'arbre (humain par anthropomorphisme) est punie.
Madame de Sévigné, Adieu, Forêt Profonde, montre un attachement viscéral et affectif à son domaine boisé. Elle prête vie aux arbres, mêlant religion chrétienne et panthéisme païen (un dieu dans chaque produit de la nature) pour dire la beauté et le mystère de la forêt...
- XIXème siècle : Baudelaire, Chant d'Automne. Sous l'effet du spleen, le poète parcourt un chemin sans espoir de la vie à la mort. L'arbre est vu sous la forme du bois que l'on coupe, en automne (champ lexical à travers tout le poème : le bois du cercueil, la construction d'un échafaud, un bélier qui enfonce le pont-levis...).

POURSUIVRE UNE DEMARCHE PLURIDISCIPLINAIRE

On pourrait poursuivre de plusieurs façons cette démarche pluridisciplinaire autour de l'arbre. Le thème se prête évidemment à de nombreuses ramifications :
- au plan écologique, en lien avec les sciences de la vie,
- au plan religieux on pourrait signaler aussi - dans la ligne de la recherche des racines (arbre généalogique) dont parle l'approche philosophique - le fait que toute la famille religieuse s'inscrit dans une "lignée croyante", comme le dit la sociologue Danièle Hervieu-Léger : "Les croyants se constituent en un groupe religieux en suscitant et en entretenant la croyance en la continuité de la lignée des croyants."

On pourrait aussi poursuivre un travail de réflexion en reprenant une série de symboles de tous ordres (symbole chimique comme H20, un portrait, une couleur, un signal du code de la route, la fumée, une danse rituelle, une couleur, un drapeau, une poignée de main, une note de musique...). On procéderait alors à leur classement selon leur catégorie (signe, image, emblème, allégorie...) et selon leur registre de sens premier (intellectuel, affectif, esthétique, religieux, politique, social, culturel...), pour mieux saisir toutes les dimensions du symbole.

Cette séquence pédagogique est extraite  de l'ouvrage "Enseigner les religions au collège et au lycée", publié par le CRDP de Franche-Comté - les éditions de l'atelier - Editions ouvrières (coll. Histoire des religions), Paris, 1999.

Les auteurs sont :
- Jean Joncheray, Professeur honoraire à l'Institut catholique de Paris - Département de théologie pratique - faculté de théologie ICP et Membre du Conseil de rédaction des "Recherches de science religieuse",
- René Nouailhat, Responsable de la Mission Enseignement et Religions.

Jean Joncheray
René Nouailhat
 
Créé le 05/12/2011
Modifié le 05/12/2011