Que la lumière soit !
Cette séquence se propose d'aborder le thème de la lumière sous quatre angles : des propos libres, une étude en Physique, une approche littéraire et une recherche de la symbolique religieuse. Pour les élèves de 2nde.
Objectifs
- Décloisonner les matières scolaires par l'approche pluridisciplinaire d'un même thème.
- Associer, dans une démarche commune, matière scientifique et matière littéraire : il n'y a qu'un seul et immense champ de connaissances mais les voies d'accès sont très variées.
- Faire découvrir l'importance de la culture religieuse et bien la distinguer de l'engagement du croyant.
- Traiter une partie du programme. En Sciences Physiques, pour introduire les chapitres sur la " lumière ". En Français, pour approfondir la démarche de l'explication d'un texte littéraire et initier les élèves à l'exercice du commentaire composé.

Destinataires : Élèves de Secondes, classe de Français et de Sciences Physiques.

Supports
- J.M.G. Le Clezio, L'inconnu sur la terre, éd. Gallimard, 1978.
- Bible : Genèse chapitre 2, versets 4 à 25.
- Yves Bonnefoy, Pierre écrite, Mercure de France, 1965.

Source
Bilan d'un travail interdisciplinaire Français - Sciences Physiques au Centre scolaire Saint Joseph, Le Puy-en-Velay.

Le choix du thème de la lumière dans cette séquence permet de mesurer l'intérêt et la richesse d'une approche pluridisciplinaire. L'acquisition d'éléments de culture religieuse n'est pas au point de départ des activités proposées ni même en leur centre. Elle constitue un prolongement nécessaire qui permet de mieux relier lectures scientifiques et lectures symboliques d'un même thème.

DEROULEMENT DE LA SEQUENCE

La séquence se propose d'aborder le thème de la lumière sous quatre angles : des propos libres, une étude en Physique, une approche littéraire et une recherche  de la symbolique religieuse.

Echanger des "propos libres" sur la lumière
Le professeur de Physique propose un associogramme aux élèves à partir du mot "lumière". Cette entrée en matière comprend deux séances d'une heure. Il intitule sa séance "propos libre" en lançant la question suivante : "Lorsque vous entendez le mot "lumière" qu'est-ce que cela évoque pour vous ? en vous ?"

Premier temps de recherche par groupes de quatre élèves pendant cinq minutes. Même si les idées exprimées sont pauvres, les trois ou quatre remarques proposées par quelques élèves permettent d'amorcer une réflexion.

Nouveau temps de recherche dans les mêmes conditions. Le retour est plus riche.

Reprise de l'associogramme en cours de Français : observation, mise en relation des mots ou expressions trouvés, classement et mise en évidence de quelques points significatifs.

Etudier la lumière comme phénomène physique
En cours de Physique, la lumière est un phénomène ondulatoire. Les premières leçons portent sur les sources lumineuses, puis sont étudiées la réfraction et la diffraction de la lumière en référence au cours sur les ondes sonores étudiées précédemment. Par contre, la composante corpusculaire de la lumière est évoquée mais non approfondie car elle ne fait pas partie du programme de seconde.

Etudier la lumière dans une oeuvre littéraire
En cours de Français : la lumière vue par le poète.
Étude d'un extrait de l'œuvre de J.M.G. Le Clezio L'inconnu sur la terre.

Séance 1 (une heure)
Long temps de lecture silencieuse avec les outils d'approche auxquels les élèves sont habitués : Qui parle ? Où ? Quand ? De quoi parle-t-on ? Pourquoi ? Comment ?
Accueil de toutes les observations, remarques, questions. Une seule exigence : fonder chaque intervention sur un retour au texte.

Séance 2 (une heure)
Analyse des premières observations et mise en évidence d'axes de lecture importants qui pourront être les points développés dans le commentaire.
Ce texte nous propose une description originale de la lumière. Le narrateur ne se contente pas de décrire un phénomène naturel, sous son regard la lumière devient une femme.
La lumière est alors symbole de l'amour (paragraphes 1 et 2). Quelques élèves ont risqué l'hypothèse d'Amour divin pour éclairer le paragraphe 3. Un élève parle d'un passage "de l'amour à l'Amour".

Séance 3 (deux heures)
Construction d'un plan détaillé de commentaire. Pour faciliter la recherche collective, deux axes de commentaire sont retenus :
- une approche descriptive : les composantes d'un phénomène naturel.
- une approche symbolique : lumière symbole de l'amour.

Séance 4 (deux heures)
Entraînement à la rédaction du commentaire :
- Rédaction collective d'un paragraphe.
- Rédaction individuelle de la première partie du commentaire qui fait l'objet d'un devoir.

Rechercher des textes religieux sur la lumière
Recherche de textes littéraires, de textes liés à une tradition religieuse sur le thème de la lumière, en vue :
- d'une lecture à voix haute en classe.
- d'un dossier personnel.

Remarque : La séance de lecture à voix haute a donné lieu à un échange de textes variés : de nombreux récits descriptifs bien sûr (des soleils couchants, des clairs de lune), des récits humoristiques, mais aussi les premiers versets de la Genèse et un poème d'Yves Bonnefoy, proposé par une élève "peu littéraire". "Je ne le comprends pas bien, a-t-elle dit, mais il est beau ! "

ÉVALUATION DE LA SEQUENCE

Les objectifs de la séquence ont été atteints pour ce qui concerne le décloisonnement des matières scolaires.

Un décloisonnement réussi
II est toujours difficile de quantifier les résultats d'une démarche qui touche plusieurs domaines (domaine du savoir, du savoir-faire, du savoir-être). Quelques remarques cependant :
- Les élèves ont été surpris de voir Physique et Français ainsi associés. Certains ont même été "choqués" que ce soit le professeur de Physique qui propose l'associogramme. "C'est du temps perdu en Physique". De telles réactions ont permis un échange intéressant sur l'importance du décloisonnement des matières scolaires.
- Pour signifier l'importance de ce décloisonnement, il faudrait prévoir une ou deux séances avec les deux professeurs devant le groupe, par exemple la séance de lecture de textes.
- L'objectif "culture religieuse" fut constamment en filigrane mais pas suffisamment approfondi.

Un prolongement religieux nécessaire
Plusieurs pistes auraient pu être creusées concernant le symbolisme religieux de la lumière.
- Le baptême, dans l'Église ancienne, a été présenté comme une illumination. On peut faire référence, sur ce point, au texte de Saint Jean, chapitre 9, sur la guérison de l'aveugle né : il retrouve la vue en se lavant à la piscine de Siloé (verset 7).
- On retrouve, chez le même Saint Jean, la dynamique Lumière/ténèbres, qui peut être comprise aussi comme un combat entre la vérité et l'erreur, le bien et le mal, dans la mesure où "qui fait la vérité vient à la lumière." (Jean Chapitre 3, verset 21).
- On connaît aussi le risque de dualisme ou de manichéisme, lorsque les choses sont très tranchées, lorsqu'on oppose celui qui est "tout blanc" à celui qui est "tout noir". Comme exemple de religion dualiste, on peut citer l'ancienne religion perse, avec le dieu, ou le principe, de la lumière et du bien, Ahura Mazdâ (Eh oui, on n'a pas choisi par hasard le nom des lampes Mazda !) et celui des ténèbres et du mal, Ahriman.

Ce texte est extrait  de l'ouvrage "Enseigner les religions au collège et au lycée", publié par le CRDP de Besançon. Les auteurs sont :
- Jean Joncheray, Professeur honoraire à l'Institut catholique de Paris - Département de théologie pratique - faculté de théologie ICP et Membre du Conseil de rédaction des "Recherches de science religieuse",
- René Nouailhat, Responsable de la Mission Enseignement et Religions.

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Jean Joncheray et René Nouailhat
Créé le 05/12/2011
Modifié le 05/12/2011