Le labyrinthe
Une séquence pédagogique pour aborder étude de la figure millénaire du labyrinthe au travers de l'histoire et de la littérature en classes de 6ème, 5ème et 2nde.
Publics visés :
6e : lecture du mythe, initiation au latin
5e : histoire : art gothique : les cathédrales
2de : histoire des arts
Type de séquence : IDD TPE

Ce thème du labyrinthe est toujours d'actualité par les jeux qui exploitent ce goût de se frayer un chemin afin de vaincre les difficultés et arriver au but. Marelles et jeux de l'oie sont aujourd'hui transposés dans les jeux vidéo qui font traverser les pires dangers… sans risque. Figure mythique et mystique, le labyrinthe fascine l'imagination.
Les labyrinthes de verdure connaissent également un regain de faveur . Ils reprennent une composition que les jardins de la Renaissance avaient introduite en Val de Loire au XVIe s.  
Il y aurait également à comparer avec les mandalas dont certains ont la forme de labyrinthe.

Pour préparer les élèves à l'étude de cette figure millénaire, il conviendrait de s'appuyer sur les acquis de leur expérience ludique, car la culture cinématographique, la lecture de bandes dessinées donne des "bases".
Le premier travail serait une collecte de ces données.
Le second serait la lecture expliquée du texte racontant le mythe de Thésée tuant le Minotaure.
Enfin, les élèves pourraient rechercher des modèles de labyrinthes, les dessiner, les parcourir selon leur niveau et essayer de deviner ce qu'ils peuvent signifier sur le plan symbolique. Pour les plus avancés, des textes commentant les labyrinthes des cathédrales donnent des éléments de compréhension.

I) DES EXERCICES
                              
1. Lecture expliquée du texte

Le mythe de Thésée : le combat contre le Minotaure et le fil d'Ariane

Voici le texte d'APOLLODORE :

Bien des années avant son (celle de Thésée) arrivée à Athènes, un terrible malheur s'était abattu sur la cité. Androgée, fils unique de Minos, le puissant Roi de Crète, perdit la vie au cours d'une visite qu'il faisait au roi athénien. Celui-ci, au mépris de toutes traditions, avait envoyé son hôte dans une réception pleine de périls - il s'agissait de tuer un taureau redoutable. Ce fut le taureau qui tua l'adolescent et Minos, en représailles, envahit le pays, prit Athènes et déclara qu'il raserait la ville jusqu'au sol à moins que les Athéniens ne s'engagent à lui livrer tous les neuf ans un tribut de sept jeunes gens et autant de jeunes filles. Un sort affreux attendait ces malheureux. Dès leur arrivée en Crète, ils étaient donnés en pâture au Minotaure.
C'était un monstre mi-taureau, mi-homme, rejeton de la femme de Minos, Pasiphaé, et d'un taureau d'une beauté merveilleuse. Poséidon avait un jour donné ce taureau à Minos afin que celui-ci lui offrit en holocauste, mais Minos ne put se décider à le sacrifier et le garda pour lui. En guise de châtiment, Poséidon rendit Pasiphaé amoureuse de la bête.
Quand naquit le Minotaure, Minos ne le tua pas. Il ordonna à Dédale, le grand architecte et inventeur, d'édifier un lieu de réclusion d'où il serait impossible de s'enfuir, et Dédale construisit le Labyrinthe, devenu fameux dans le monde entier. Une fois entré dans cet enchevêtrement de méandres, on n'en pouvait sortir. C'est là qu'étaient menés les jeunes Athéniens destinés à devenir les victimes du Minotaure. Ils n'avaient aucun moyen de lui échapper car s'ils courraient, ils risquaient de rencontrer le monstre à chaque détour de l'enclos comme il pouvait surgir à tout moment s'ils restaient immobiles. Tel était le destin funeste promis aux quatorze jeunes Athéniens et Athéniennes quelques jours après l'arrivée de Thésée dans la cité. L'heure avait sonné d'une nouvelle livraison du tribut.
Aussitôt Thésée se présenta et offrit de se ranger parmi les victimes. Tous apprécièrent sa générosité et admirèrent sa grandeur d'âme, mais personne ne soupçonna qu'il se proposait de tuer le Minotaure. Cependant, il confia son intention à son père et lui promit, en cas de réussite, de changer en voile blanche la voile noire que l'on hissait toujours sur le bateau transportant la lamentable cargaison ; ainsi Egée apprendrait bien avant qu'il ne touche terre que son fils lui revenait sain et sauf.
Quand ils débarquèrent en Crète et avant d'être menés au Labyrinthe, les jeunes Athéniens durent défiler devant les habitants de l'île. Ariane, la fille de Minos, se trouvait parmi les spectateurs ; elle vit passer Thésée et s'en éprit à première vue. Elle fit venir Dédale et lui demanda de lui indiquer un moyen de sortir du Labyrinthe ; puis elle envoya chercher Thésée ; elle lui dit qu'elle assurerait sa fuite à la condition qu'il lui promette de l'emmener avec lui à Athènes pour l'épouser. On se doute qu'il ne fit aucune difficulté pour y consentir ; alors elle lui donna ce qu'elle avait reçu de Dédale, un peloton de fil qu'il devait attacher par une extrémité à l'intérieur de la porte et dérouler au fur et à mesure de son avance. Ce qu'il fit, et désormais assuré de pouvoir retourner sur ses pas, il partit hardiment à la recherche du Minotaure. Le monstre dormait quand il le trouva ; Thésée s'élança l'épée levée et le cloua au sol ; alors avec ses poings -il n'avait plus d'autre arme- il martela la bête à mort :

Ecrasant tout sous son poids
Ainsi fit Thésée. Il exprima la vie
De la brute sauvage et maintenant elle est morte.
Seule la tête bouge encore mais les cornes sont inutiles.


Quand Thésée se redressa après le combat terrifiant, le peloton de fil était encore où il l'avait fait tomber - il ne lui restait plus qu'à reprendre le chemin de la sortie. Les autres suivirent, et emmenant Ariane avec eux, ils coururent au bateau…


- Etude des mots : labyrinthe (d'après l'étymologie), hôte, tribut, holocauste,
      destin
- Les personnages : Thésée, Egée, Pasiphaé, Ariane, Poséidon, Dédale
- Le mythe, un mensonge qui dit la vérité : les fondements qui introduisent dans une autre vérité… Ici, quelles sont les vérités cachées ?
- Pourquoi les Crétois marquaient-ils leur monnaie du sceau de Dédale ?
(Un labyrinthe simplifié apparaît sur une monnaie crétoise de 67 av.J-C :
il est la marque de l'intelligence humaine et relève du premier raisonnement abstrait repéré dans l'histoire en établissant des stratégies de résolution de problèmes)

2) Carte de la Méditerranée
Rechercher  une carte pour situer la Crète, Athènes, la Mer Egée.

3) Plans du palais de Cnossos en Crète : fouilles d'Evans
Recherche ces plans, les commenter, au besoin, les comparer avec un plan de villa romaine…

4) La Grèce et Rome

- Le labyrinthe de la tholos d'Epidaure (IVe s.)

Rechercher le plan

Construite sur les plans de Polyclète le Jeune sous le nom de Thymèlé    (l'autel).
Il ne reste que les fondations faites de six murs concentriques : les trois murs extérieurs sont continus. Les trois murs intérieurs sont ouverts de portes et reliés par des cloisons : pour passer d'un couloir à un autre, il faut parcourir presque entièrement celui que l'on vient de quitter. Pour aller au centre, il faut donc tourner au moins trois fois entièrement.
L'usage en demeure mystérieux : cage aux serpents ? Au centre, devaient s'accomplir les rites pour lesquels ce monument était érigé. Le nom même de thymèlé : autel évoque les sacrifices.  
Le sanctuaire d'Asclépios (Esculape chez les Romains) était fréquenté pour les pouvoirs de ce dieu guérisseur. Il comprend un sanatorium et une station thermale.

- Reprise du thème du labyrinthe dans la mosaïque romaine

Rechercher les documents : Bagnols-sur-Cèze, Beaulieu-sur-Mer, Blois, Lyon

5) Le passage dans l'art chrétien : les labyrinthes des cathédrales

Il ne s'agit pas d'être exhaustif, mais de choisir quelques labyrinthes des cathédrales françaises pour lancer des pistes de réflexion.
Comprendre les origines donne des éléments pour déchiffrer ces étranges dessins car l'héritage antique a été visité par la pensée chrétienne. La cathédrale d'EL Asnam (ancienne Orléansville) du IVe s. conserve le plus ancien exemple connu en mosaïque, preuve de l'ancienneté du passage du motif dans l'art paléochrétien.

- Rechercher les labyrinthes de Chartres, Reims, Amiens, Poitiers, etc… et celui du carnet de Villard de Honnecourt.                                        
- Les comparer : points communs, points de divergence
- Rechercher des textes médiévaux évoquant le labyrinthe

II - AVANCER DES EXPLICATIONS

- L'explication symbolique
Plus le symbole est riche, plus il revêt des niveaux d'interprétation différents.
L'étymologie reste énigmatique mais poétique : en grec, le mot signifierait "la danse du poisson dans la nasse".

Voici ce que donne le Dictionnaire des Symboles,  Laffont, 1982 :
"Le labyrinthe conduit aussi à l'intérieur de soi-même, vers une sorte de sanctuaire intérieur et caché dans lequel siège plus mystérieux que la personne humaine. On songe ici au mens, temple de l'Esprit-Saint dans l'âme en état de grâce, ou encore aux profondeurs de l'inconscient. L'un et l'autre ne peuvent être atteints par la conscience qu'à la suite de longs détours ou une immense concentration, jusqu'à cette intuition finale où tout se simplifie par une sorte d'illumination. C'est là dans cette crypte que se trouve l'unité perdue de l'être qui s'était dispersée dans la multitude des désirs."

Bien avant les découvertes de la psychanalyse, l'énigme des labyrinthes comme métaphore de la vie intérieure plongeait la réflexion dans une voie mystérieuse. Mircéa Eliade, dans son Traité d'histoire des religions  voit dans cette forme le symbolisme du centre : de l'extérieur, il faut parvenir au but, atteindre le centre par des voies difficiles, ce qui vaut tant pour le psychisme que pour la vie matérielle.
Pour le chrétien, la vie est un long chemin qui mène de la vie terrestre à Dieu ; au centre des spirales, l'espace symbolise cette espérance qui habite le croyant. Le nom de "chemin de Jérusalem" donné au XIIIe s. renforce cette idée, car selon une tradition orale, le pèlerin devait parcourir à genoux ce tracé comme s'il accomplissait un voyage dans la ville sainte. Pourquoi un "lieu" ? Le parcours pénitentiel était censé durer autant de temps qui était nécessaire pour faire une lieue à pied, soit quatre kilomètres.
L'évocation de la Jérusalem céleste indique la promesse de la vision de Dieu dont l'Eglise donne le chemin, comme un fil d'Ariane.
Le labyrinthe de Reims illustre bien cette idée avec la silhouette d'un prêtre, c'est à dire celui qui donne les sacrements, au centre du dessin.

- L'explication historique
Signature des confréries des constructeurs : le souvenir de Dédale, l'architecte mythique comme modèle savant perdure, comme reste vivante la perfection du Temple de Salomon ? On trouve les deux noms dans les textes, ce qui indique une référence à un passé lointain. Les auteurs maçonniques ou les Compagnons aiment ces racines qui les plongent dans une transmission orale des savoirs millénaires, jalousement gardés de génération en génération. Cette "signature collective" est celle dans le labyrinthe de Reims des concepteurs de la cathédrale aux quatre angles de la figure.

- Ce que dit la tradition kabbalistique
Le labyrinthe représente une fonction magique, l'un des secrets attribués à Salomon, ce qui expliquerait la dénomination relevée dans les textes. Il symboliserait le travail de l'œuvre avec ses difficultés et la voie qu'il conviendrait de suivre pour atteindre le but. Seul l'initié ayant franchi les épreuves pour accéder à la connaissance pourrait parcourir ce chemin qui serait donc interdit aux autres. Les confréries liées par un secret auraient maintenu cette tradition pour signer leurs réalisations.

CONCLUSION

Il reste difficile de répondre à toutes les questions que nous pouvons formuler : pourquoi la forme des labyrinthes diffère-t-elle d'une cathédrale à l'autre ? Pourquoi si peu de textes les évoquent-ils ?
Le mystère qui les entoure invite parfois à des élucubrations qui relèvent de l'ésotérisme, mais le mot lui-même de labyrinthe, passé dans la langue courante, est comme une énigme. Rien d'étonnant qu'une collection de livres pour enfants exploite ce goût …

Monique Béraud
Animatrice patrimoine



Créé le 05/12/2011
Modifié le 05/12/2011