L'Islam dans sa diversit?
L'Islam est souvent l'objet de représentations simplistes et de visions réductrices. Dans un premier temps, cette séquence propose de prendre connaissance d'un certain nombre de données essentielles concernant cette religion afin de mieux la connaître. Dans un second temps, elle montre comment exploiter ces documents. Pour des élèves de collège.
Objectifs
- Sortir des représentations simplistes sur l'Islam.
- Préciser et compléter les savoirs.
- Introduire à la diversité et à la pluralité de l'Islam.

Destinataires : Enseignants de collège

Supports
Documents statistiques et extraits de l'ouvrage de Cherif Ferjani, Les voies de l'islam.
Source : Cerf / CRDP de Franche-Comté, 1996, pp. 193-226.

L'islam est souvent l'objet de représentations simplistes et de visions réductrices. Dans un premier temps, cette séquence propose de prendre connaissance d'un certain nombre de données essentielles concernant cette religion afin de mieux la connaître. Dans un second temps, elle montre comment exploiter ces documents.

MIEUX CONNAITRE L'ISLAM
Prendre conscience de la diversité de l'islam suppose de situer son influence dans le monde en rapport avec les autres religions (tableau 1), de savoir quelle est son implantation géographique (tableau 2 et document 4), de connaître son calendrier et ses fêtes (document 3) et de mesurer la multiplicité des interprétations du Coran (document 5).
Pour visualiser les cinq documents, cliquer ici

EXERCICES A REALISER
Le but de ces exercices est de bouleverser les conceptions des élèves (islam = pays, arabe, pauvre, du désert, guerre) et de commencer à préciser ce qu'ils savent déjà (islam : religion, Coran, signes extérieurs...) Il s'agit aussi d'amener l'idée de diversité et de pluralité qui n'apparaît pas dans les représentations pour rappeler, en dernier lieu, quels sont les faits fondateurs de l'islam.

1 - Changer les représentations
On peut utiliser pour ce faire les tableaux statistiques et une carte de répartition des musulmans dans le monde, un texte sur l'islam indonésien (article de l'Encyclopédia Universalis, par exemple). Les élèves peuvent travailler individuellement, en groupes ou en groupe classe (avec rétroprojecteur) à partir d'un questionnaire. Le travail peut être préparé à la maison.

D'après le tableau n° 1:
- Combien y a-t-il de musulmans dans le monde ? de catholiques ? de protestants ?
- Quelles sont les autres religions ? Combien y a-t-il de chrétiens ?

D'après le tableau n° 2 et avec, si possible, une carte de répartition des musulmans dans le monde :
- Quels sont les huit États du monde qui comptent le plus de musulmans ?
- Coloriez-les sur la carte (donner un code de couleur) et indiquez leur nom.
- Localisez sur la carte les États arabes suivants : Arabie Saoudite, Émirats Arabes Unis, Koweït, Yémen, Egypte, Syrie, Irak, Jordanie, Soudan, Libye, Algérie, Tunisie, Maroc, Mauritanie... (travail avec l'atlas). Combien y a-t-il de musulmans dans ces États ? Travailler avec la carte et faites un tableau.
- Combien y a-t-il de musulmans au Nigeria, au Soudan ?
- Quels sont les pays d'Europe qui comptent plus d'un million de musulmans ?

On utilisera ensuite le texte relatif à l'islam indonésien (document n° 4)[. Selon le niveau des élèves, on peut le tronquer, le simplifier.
- Repérez l'Indonésie sur la carte, indiquez le nom des îles qui la composent (travail sur l'atlas).
-  D'après le texte, quelle part les musulmans occupent-ils dans la population indonésienne?
- Comment l'islam s'est-il implanté en Indonésie?
- À quelle date ?
- Relever dans le texte les étapes de sa diffusion : dates, événements, causes, lieux.
-  Quelles autres religions ont pu s'implanter en Indonésie ? Pourquoi ? Quelle part occupent-elles dans la population ?
- À Java, quelles sont les catégories de la population qui sont majoritairement de confession musulmane ?

La mise en commun permettra de faire formuler par les élèves les conclusions :
- Islam : première religion après le catholicisme, deuxième en l'an 2000, mais loin derrière le christianisme, 2 milliards en l'an 2000.
-  Les huit pays où les musulmans sont les plus nombreux ne sont pas des pays arabes.
- C'est l'Indonésie, État laïc non arabe, qui compte le plus de musulmans.
- On trouve en Afrique noire des États où l'islam est très répandu (exemple : le Nigeria).
- L'islam est aussi présent en Europe : en France, RFA, Italie, Royaume-Uni.

On précisera que l'islam est présent dans toutes les parties du monde, dans de nombreux états, non arabes, que pour 1 milliard de musulmans, 180 millions sont arabes, soit un musulman sur 5,5 et on définira ce qu'est :
- un musulman : celui qui professe la religion islamique prêchée par le Prophète Mohamed, lequel était Arabe et a vécu entre 570 et 632,
- un Arabe : celui qui parle arabe et se reconnaît de culture arabe. Il n'y a pas de race ni de nationalité arabe. L'Arabie Saoudite n'est que l'un des États arabes parmi lesquels on peut citer... (reprendre la liste)

- Préciser et compléter les savoirs sur l'islam
L'islam est une religion répandue dans le monde. Que sait-on déjà de cette religion? En partant des représentations des élèves, on fera relever tout ce qui vient caractériser cette religion. On peut classer par thèmes avec des couleurs ce qui concerne la foi, les pratiques, les lieux, les institutions, les règles...

3 - Découvrir la diversité de l'islam
On fera observer des photos de mosquées et de personnes en demandant aux élèves de localiser les mosquées sur la carte et de trouver de quelle partie du monde ces personnes peuvent être originaires. Pour les mosquées on fera trouver les ressemblances, les différences.
Le texte du document n° 4,, "La réalité multiforme de l'islam" permettra de conclure sur les diversités culturelles.

Avec le texte "La polygamie au Maroc, Algérie, Tunisie" (document n° 5),on abordera l'idée d'interprétations différentes du Coran et donc de diversité d'application.

Exercice
- Relevez les versets du Coran dont il est question dans le texte.
- Quel sujet concernent-ils ?
- Quelles applications fait-on de ces versets : au Maroc, en Algérie, en Tunisie ?
- Qu'en concluez-vous sur le statut de la femme?

La séquence proposée dans cette première fiche peut se terminer par une évaluation formative. On demandera aux élèves d'écrire individuellement cinq expressions qui leur viennent à l'esprit en entendant le terme islam. On peut espérer avoir changé les représentations, précisé quelques savoirs et introduit une idée nouvelle.

3 - Rappeler les faits fondateurs de l'islam
Toute religion a ses faits fondateurs. Concernant l'islam, certains sont à la base d'une vision mythique d'une communauté musulmane monolithique mais sont aussi ceux dont se réclament tous les musulmans.
- les conditions de l'islam,
- le Prophète Muhammad (ou suivant les traditions : Mahomet, Méhmet, Mama-dou ou Mohamed),
- le Coran.

Pour les enseigner on peut mettre les élèves en questionnement selon la méthode dite QQQOCP (Quoi, Quand, Qui, Où, Comment, Pourquoi). La trace écrite pourra se faire sous la forme de deux schémas qu'on complètera par des mots-clés au fur et à mesure de l'étude de documents. Le [pdf=303_2.pdf]premier schéma[/pdf] synthétise les éléments qui sont à l'origine de cette religion et le second récapitule ses principes de fonctionnement.

Réflexion pédagogique : Islam et laïcité
La prise en compte de l'islam dans le cadre des programmes scolaires pose de nombreux problèmes. Elle concerne l'école dans son aptitude à réaliser ses finalités éducatives : permettre, dans le contexte pluri-religieux d'aujourd'hui, la socialisation et la formation à la citoyenneté.

L'étude de l'islam bouscule les présentations simplistes trop souvent répandues à l'égard d'une religion qui se vit, elle aussi, au pluriel. D'où l'intérêt des initiatives pédagogiques qui tiennent compte des représentations et cherchent à les enrichir, comme on le voit dans l'exemple précédent.

L'approche laïque de l'islam bouscule aussi l'islam, la présentation qu'il donne de lui-même n'étant généralement pas traversée par les exigences critiques des savoirs laïcs. Les difficultés sont soulignées par les enseignants arabisants. Elles le sont aussi par quelques théologiens musulmans soucieux d'un développement laïc de leur religion, et conscients que les enjeux d'une telle entreprise dépassent largement le cadre de la France.

Ainsi Soheib Ben-cheikh dans son ouvrage : Marianne et le prophète (éd. Grasset) :
"L'islam sort d'une décadence de plusieurs siècles, où son intelligence créative et interprétative a profondément hiberné. Durant des siècles, les musulmans se sont trouvés devant un héritage théologique qui dépassait le seuil de leur compréhension, alors qu'ils doivent alimenter cet héritage ou même le remettre en cause. Du coup, ils ont sacralisé et l'islam et l'œuvre théologique de leurs "glorieux" ancêtres.

Le problème est que cette théologie sclérosée qui nous est parvenue, a été conçue pour un islam majoritaire et souverain sur ses terres, et de plus, pour une société tribale et clanique. C'est une théologie qui relève d'une époque où les nations ne se rencontraient guère, sinon animées par un esprit de rivalité impériale qui les opposait les unes aux autres. C'est une théologie qui n'a aucun souci de convivialité, ni la moindre idée du pluralisme géré par des règles universelles, telles la laïcité et la liberté religieuse, applicables à toutes les confessions.
Aujourd'hui, le monde entier court vers l'Universel, et notre planète, très peuplée, devient de plus en plus petite : toutes les idées, même les plus inadmissibles, les plus contradictoires, se côtoient et interfèrent. Nul n'est étranger désormais, et aucune culture n'est exotique ou lointaine. Et les "vérités" dites absolues ne sont véridiques que pour ceux qui les conçoivent librement, et n'engagent que ceux qui les prônent...

La présence de l'islam en France offre aux musulmans l'opportunité inattendue d'expérimenter et de préparer une théologie de minorité parmi les minorités. Cette opportunité ne vient pas seulement du fait que la France est une société cosmopolite abritant en son sein une forte communauté islamique ; c'est surtout parce que la France est un État laïque, dont la laïcité se traduit par la neutralité des autorités publiques envers tout ce qui touche à la question confessionnelle. Cette absence d'intervention étatique, doublée d'un manque de pression sociale que connaissent les sociétés musulmanes, permet l'émergence au sein de l'islam en France de tendances réformatrices et libérales.

Cette théologie de la minorité n'est pas seulement intéressante et salutaire pour les musulmans de France, assurant leur coexistence pacifique et fraternelle avec les autres communautés. Le grand intérêt est qu'elle est transposable dans le monde musulman lui-même.

L'islam, s'il ne veut pas être exclu du nouvel ordre international qui se dessine et s'annonce, doit se préparer pour l'Universel, même chez lui, et accepter d'être à l'échelle planétaire une minorité et non un adversaire conquérant."

Ce texte est extrait  de l'ouvrage "Enseigner les religions au collège et au lycée", publié par le CRDP de Besançon. Les auteurs sont :
- Jean Joncheray, Professeur honoraire à l'Institut catholique de Paris - Département de théologie pratique - faculté de théologie ICP et Membre du Conseil de rédaction des "Recherches de science religieuse",
- René Nouailhat, Responsable de la Mission Enseignement et Religions.

Jean Joncheray et René Nouailhat
Créé le 02/12/2011
Modifié le 02/12/2011