La cantine ? la rencontre de l'autre
La " visibilité " du culturel et /ou du religieux au sein de la cantine est un bon moyen pour un dialogue et un enrichissement personnel. C'est à ce titre que ce lieu peut devenir un espace éducatif.
1. Petit préambule
2. Les règles essentielles
3. Les situations à éviter
4. Quelques conseils concernant les menus
5. Quelques notions religieuses concernant les interdits alimentaires

1. Petit préambule

La cantine peut être considérée comme :
- un lieu d'échange et de parole,
- un lieu où les codes enseignés par les familles s'expriment le plus (la façon dont on tient sa fourchette, mange-t-on avec les doigts ?...).

A la cantine, se révèlent les habitudes alimentaires de chacun et par conséquent les coutumes culturelles. C'est aussi pour certains, l'endroit où l'on découvre certains aliments parce qu'ils ne sont pas cuisinés à la maison ou parce qu'ils sont proscrits pour des raisons religieuses.

Cette " visibilité " du culturel et /ou du religieux au sein de la cantine est un moyen extrêmement riche qui peut permettre un dialogue et un enrichissement personnel. C'est à ce titre que ce lieu peut devenir un lieu éducatif.

Ce document a pour propos de simplement aiguiller le personnel scolaire dans les problèmes liés à l'alimentation dans un cadre multiculturel et religieux parfois surprenant. Il ne s'agira pas ici d'imposer un quelconque mode de fonctionnement mais plutôt de conseiller et de donner quelques " trucs " afin d'éviter l'incompréhension et les tensions.

2. Les règles essentielles

- Les concessions ne sont pas à faire sur les fondements de la laïcité. La fermeté est essentielle vis à vis de son application. Il suffit d'en rappeler les règles et de les appliquer.
La laïcité consiste à :
- respecter le culte de chacun,
- ne reconnaît aucun culte, cela signifie qu'aucun culte ne doit prévaloir sur les autres mais aussi qu'aucun ne doit être négligé,
- Ia liberté d'opinion et d'expression doit être respectée dans la limite de l'ordre public, c'est-à-dire que la pratique religieuse ne doit pas en l'occurrence perturber le fonctionnement de l'établissement.

- Chaque enfant a le droit de manger à sa faim. La cantine c'est parfois pour certains enfants le seul endroit où il a l'occasion de faire un repas " normal " et équilibré.
Ceci pour plusieurs raisons. Les parents n'ont pas assez de temps pour s'occuper d'eux mais aussi et c'est plus grave, il arrive que ces derniers n'aient pas les moyens de les nourrir correctement. Certaines bourses et aides sociales leur permettent de manger à la cantine gratuitement.
C'est pourquoi il est nécessaire de tout mettre en oeuvre pour que l'accueil de la cantine soit réel et que chacun puisse se nourrir correctement.

3.  Les situations à éviter

- Le système des tables avec porc / sans porc
Ce système qui entraîne la ghettoïsation des enfants juifs et musulmans. Il empêche la rencontre de l'autre et enferme l'enfant sur sa communauté. On ne peut pas accepter que ce moment d'échange et de convivialité soit limité pour des raisons pratiques pour le personnel.
Le mélange des enfant à au contriere des avantages du mélange : brassage culturel, connaissance de l'autre  et surtout désamorçage d'éventuels conflits dus à la méconnaissance de l'autre.
Cette rencontre provoque la curiosité et le dialogue : " pourquoi tu ne manges pas de viande, toi ? ".

- La tolérance poussée de peur du conflit
Les enfants sont capables de comprendre l'autorité. Il faut faire preuve de fermeté à l'égard des ruptures ostentatoires du jeûne. Il ne faut pas hésiter à faire des rappels concernant la laïcité. N'hésitons pas à rappeler que le respect de l'enseignement est indispensable.
Il est possible d'évoquer auprès d'enfants musulmans trop pressants, que le fait d'apprendre est un des devoirs du musulman imposé par le Coran !

4. Quelques conseils concernant les menus

- Respecter une bonne hygiène alimentaire
Quand les enfants ne mangent pas de viande, il est nécessaire de compenser avec d'autres protéines. Il suffit parfois de consulter un diététicien ou de fournir aux cuisiniers quelques documents de diététique pour les conseiller.
Il n'est bien entendu pas toujours possible de proposer du poisson (et pas m'inporte lequel) comme alternative à la viande à tous les repas, notamment pour des raisons budgétaires. Cependant nous pouvons suggérer de proposer plusieurs alternatives dans les entrées, en présentant 2 ou 3 choix (par exemple : charcuterie ou crudités ou légumes secs). De cette façon l'équilibre alimentaire peut être respecté.

- Respecter les goûts des enfants
Adapter quand c'est possible et qu'il y a un cuisinier, le menu aux goûts des enfants. Noter que leurs habitudes alimentaires jouent beaucoup sur le gaspillage dans les cantines. Il n'est pas pour autant question de préparer exclusivement des plats traditionnels de leurs pays d'origine, mais par exemple quand une grande partie des élèves est musulmane, il est dommage de préparer un plat en sauce au vin. Il sera dans ce cas inutile de tenter de leur expliquer que l'alcool du vin mis dans la sauce est évaporé avec la cuisson: il ne voudront probablement rien savoir, c'est une question de principe !
L'essentiel réside dans le choix proposé au réfectoire afin que l'enfant puisse décider de son menu lui-même sans avoir de comptes à rendre ni à se justifier auprès des adultes.
Ceci permet à la religion de chacun de rester dans la sphère privée si celui-ci le désire.

5. Quelques notions religieuses concernant les interdits alimentaires

L'Islam est souvent considéré comme la seule religion posant problème dans les lieux de restauration collective, il faut pourtant rappeler ce n'est pas la seule religion comportant des restrictions alimentaires. Ainsi, le Judaïsme est assez proche de l'Islam sur ce plan.
Le porc n'est pas la seule viande proscrite par l'Islam et par le Judaïsme. Pour les juifs, comme pour les musulmans, seule la viande ayant subit l'abattage rituel est propre à la consommation, cet abattage rend la viande halaI pour les musulmans et cachère pour les juifs.
L'abattage des bêtes est relativement proche pour ces deux religions mais il faut cependant noter que si l'Islam permet aux musulmans de manger la viande cachère, l'inverse n'est pas possible.
Il faut savoir que les règles de la cacheroute (règles alimentaires du Judaïsme) ne se limitent pas à la viande mais s'étendent à l'ensemble de l'alimentation selon des règles de " pureté " et de séparation très strictes qui empêchent généralement les juifs souhaitant manger strictement cacher de s'alimenter en restauration collective. Ainsi les juifs ne mélangent pas le lait et la viande. Cette situation oblige donc ces enfants à être externes.
D'autre part, précisons que l'Islam permet aux musulmans de manger de la viande non halal dans des circonstances de nécessité (la nécessité fait loi dans l'Islam). Les enfants mangeant de la viande n'ayant pas été abattue rituellement ne sont donc pas forcément non pratiquants. Cette loi n'est pourtant pas appliquée par tous les musulmans qui pour partie ne la connaissent pas ou considèrent la nécessité dans des cas plus extrêmes. Ici, la culture dans laquelle ont été élevés Ies élèves joue un rôle important.
De la même façon, ils ne consomment pas de poissons qui ne comportent que des écailles et des nageoires.
Il ne faut pas négliger les enfants d'origine asiatique qui, bien que plus discrets par leur nombre, sont aussi parfois végétariens pour des raisons religieuses.
Enfin, il ne faut pas oublier que certains enfants sont végétariens pour des convictions autres que religieuses et cette raison est suffisante pour considérer que chacun a droit de manger à sa faim et de manière diversifiée.

Quelques idées pour résoudre les problèmes liés à la pratique du jeûne du mois de Ramadan.
Le mois de Ramadan est celui pendant lequel toute personne pubère et en bonne santé doit jeûner et s'abstenir d'un certain nombre d'actions afin de purifier son corps et son esprit.
Les filles ne doivent pas jeûner pendant la période de leurs menstruations.

On peut prévoir un document qui pourrait être signé par la famille de l'élève l'autorisant à ne pas manger à la cantine pendant cette période, ceci afin d'éviter le gaspillage de nourriture et la désorganisation. Une autorisation de sortie ou non de l'établissement pourra être ajoutée dans ce document pour garantir la sécurité de l'élève.

Sabine Cantarini
Créé le 01/12/2011
Modifié le 01/12/2011