Le passage symbolique : rupture entre espace profane et espace sacr?
Des pistes à adapter en fonction des édifices pour aborder la porte, le seuil, le tympan... comme autant de lieux  de passage délimitant l'espace profane de l'espace sacré.
ETABLIR UNE RUPTURE ENTRE ESPACE PROFANE ET ESPACE SACRE : L'EXEMPLE DE L'EGLISE

Il s'agit de pistes à adapter en fonction de l'édifice ou des édifices étudiés avec les élèves

1) Du Sinaï à Jérusalem, la "fondation du monde" dans la Bible
Pour l'homme religieux, ni le temps ni l'espace ne sont homogènes…Comme l'année fera mémoire de ou des évènements fondateurs, l'espace est vécu d'une manière symbolique.
 Il y a rupture due à la hiérophanie d'origine qui révèle un " point fixe ", un centre qui ordonne l'espace, permet de " fonder le monde " :
- le Temple de Jérusalem édifié pour abriter l'Arche sainte dans l'Ancien Testament devient le lieu de la présence ce Dieu
- Jérusalem, le lieu de la résurrection de Jésus pour les chrétiens, est la ville vers laquelle sont tournées la majorité des églises.
L'orientation de l'espace sacré renvoie donc à ces données. Il s'agit donc d'un lieu " séparé " qui va nécessiter un passage symbolique entre le profane et sacré.

2) Les rites de consécration d'une église
Ils visent à " créer à nouveau " : ils déterminent l'espace sacré, en opposition l'espace profane (en latin pro fano, devant le temple.)
Subsistent sur les murs de l'église les 12 croix de consécration apposées lors de la cérémonie au cours de laquelle l'évêque a procédé solennellement aux rites d'usage. Une fois accomplis,  l'édifice consacré est affecté officiellement au culte. Cette cérémonie rappelle celle de l'Ancien Testament :
- le Temple de Jérusalem est dédicacé 3 fois : au temps de Salomon, au retour de captivité et par les frères Maccabés)
- Urbain II, vient dans notre pays en 1095-1096 et procède à la dédicace de nombreuses églises
- Aujourd'hui, les évêques font de même pour les nouvelles églises.

3) Le portail
 " Je suis la porte
Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé "   Jn 10, 9


Les paroles de Jésus prennent un accent très fort quand l'architecture doit exprimer un passage qui prend ainsi valeur de rédemption. L'abbé Suger, à Saint-Denis, y voit la Porta coeli : rien n'est donc trop beau pour illustrer la porte du paradis…L'inscription qu'il fait graver au-dessus explique le sens qu'il donne à cette richesse : " Qui que tu sois, si tu veux rendre honneur à ces portes, n'admire pas l'or ni la dépense, mais le travail et l'art. Le noble ouvrage brille, mais il brille avec noblesse, qu'il éclaire les esprits et les mène par de vraies lumières à la vraie lumière dont le Christ est la porte. "
La porte est symbole de la séparation à opérer, physiquement et moralement. Elle permet la communication. La tradition des portes saintes, ouvertes en certaines occasions, rappellent cette fonction.
- La porte sainte de la basilique saint-Pierre au Vatican est fermée jusqu'au prochain jubilé  
- Celle de la cathédrale de saint-Jacques de Compostelle, ouverte également aux années saintes, quand la fête du saint, le 25 juillet, tombe un dimanche

4) La mise en valeur de la porte :
- La façade :
Monumentale, surmontée de deux hauts clochers comme dans les églises normandes, la façade attire le regard. Le clocher-porche du XI e s. n'a qu'un seul portail, mais la façade d'une église médiévale présente souvent trois portes qui ne sont pas  sans évoquer la Trinité.
L'épaisseur des murs et/ou la volonté de masquer les contreforts creuse le mur en profondeur et ménage des zones d'ombre qui soulignent l'emplacement des portes.

- Le décor de la façade romane :
La profondeur des portes  permet de ménager des voussures au riche décor et d'installer des statues dans l'embrasure des portails (Cf. Portail royal à Chartres).
Le décor des chapiteaux des colonnes encadrant le portail de certaines églises romanes présente souvent des lions. Le seuil a ses gardiens : des lions, comme devant le sanctuaire dans les cultures paléo-orientales. On les trouve de part et d'autre du porche d'entrée : église Saint-Porchaire à Poitiers.
Au XIIe s., la façade-écran, typique de la région picto-charentaise est une belle exception dans les façades romanes : véritable mur d'images porteur d'un riche programme iconographique, cette façade se donne à regarder avant de franchir le seuil de l'église. Elle invite le chrétien qui comprend fort bien le langage des images peintes offertes à son regard à entrer dans l'édifice.

- Le tympan : le thème du Jugement dernier
De nombreuses églises romanes du Sud-Ouest  (Autun, Conques)  et  bien des cathédrales gothiques possèdent des tympans illustrant le thème du Jugement dernier. La scène  évoquée au chapitre XXV de l'évangile de Matthieu est décrite avec force de détails.        
Faut-il y voir une volonté de faire peur en montrant les tourments de l'Enfer ?
Le choix de ce thème peut être vu comme une mise en abyme puisque le passage dans l'édifice rappelle le dernier passage, celui de la mort et de la pesée des âmes…

5) Le seuil et les rites de franchissement
Le seuil marque une frontière qui demande un effort de franchissement : il est surélevé dans les églises orientales. En Egypte, certains chrétiens coptes accomplissent un rite de prosternation lors de l'entrée dans une église.
Dans nombre de nos églises romanes, il faut au contraire descendre quelques marches : comme pour les cryptes, cette descente établit une rupture.
Dans certains édifices, on trouve un narthex qui est un espace de transition entre la sphère du monde profane et celle du sacré. C'était à l'époque paléochrétienne le lieu des catéchumènes qui ne pouvaient assister à l'eucharistie : on y voit des chapiteaux aux livres fermés alors qu'ils sont ouverts dans l'église…ce qui illustre symboliquement les sacrements qui leur donneront accès à la connaissance, en particulier le passage qu'est le rite d'initiation du baptême.
Le bénitier placé à l'entrée de l'église permet à celui qui entre de toucher de la main droite l'eau bénite et d'accomplir un micro-rite de médiation rituelle de passage. En se signant, le chrétien fait de cette entrée une bénédiction. L'eau évoque également celle du baptême.
Proche de la porte, se trouve traditionnellement le baptistère, lieu d'entrée dans la communauté. A l'époque paléochrétienne, et jusqu'à la Renaissance en Italie comme à Florence, il était éloigné de l'église et faisait donc l'objet d'un bâtiment uniquement destiné à cet usage.

Iconographie :              
- Porte sainte, Saint-Pierre du Vatican
- Portail royal de la cathédrale de Chartres
- Porche de l'église saint-Porchaire à Poitiers
- Façade d'Aulnay de Saintonge
- Tympan de Conques ou d'Autun
- Baptistère de Florence

Monique Béraud
Animatrice patrimoine
1er mars 2005
Créé le 01/12/2011
Modifié le 22/02/2012