Le premier récit de la Création
Cette séquence permet de s'interroger sur le commencement et la signification du monde. Pour les élèves de collège et de lycée.
Extrait de
"La Création du Monde"
par Michel-Ange
Objectifs
Analyser un récit de sagesse qui interroge sur le commencement et la signification du monde.
S'en approprier le sens.
Définir la notion de mythe, qui met en relation les représentations de Dieu, de l'homme et du monde.
Comparer le récit biblique avec d'autres récits anciens de Création.

Destinataires : Enseignants des collèges et des lycées.

Supports :
- Le texte biblique, livre de la Genèse 1, 1 ; 2, 4 (ce qui signifie du verset 1 du chapitre 1 au verset 4 du chapitre 2. Voir aussi l'Avertissement au début de l'ouvrage).
- D'autres récits de Création, dans J. Bottero et S. N. Kramer, Lorsque les dieux faisaient l'homme. Mythologie mésopotamienne, Gallimard, 1969 ; Le Monde de la Bible n° 96, Bayard Presse, 1997 ; le Supplément au Cahier Évangile 27,1979 ; 38,1981.
Voir aussi Platon, Le Timée ; Ovide, Les Métamorphoses.

Source : Extraits de Pour lire les textes bibliques, CRDP de l'Académie de Créteil, 1998, pp. 9 -10 et 27-33.

Les premières pages de la Bible racontent que le monde est l'œuvre de Dieu. Elles ne nous renseignent ni sur l'origine physique de l'univers, ni sur la formation biologique de l'espèce humaine; à ces questions, la science doit répondre. Elles rendent compte, à travers un récit mythologique (1), du dessein de Dieu pour la création tout entière.

Le livre de la Genèse est le premier de la Bible. Il raconte, comme son nom l'indique (genèse, commencement), les origines du monde et le début de l'action de Dieu parmi les hommes. II contient une partie générale sur les débuts de l'humanité (chapitres 1 à 11) et une partie singulière sur la formation du peuple d'Israël (chapitres 12 à 50). Il inaugure ainsi une histoire à la fois universelle et particulière de l'homme.

Les deux premiers chapitres sont consacrés aux "commencements". En un poème, le premier chapitre de la Genèse (Gn 1) relate la création du monde en sept jours ; c'est ce chapitre que nous étudions ici. Le deuxième chapitre (Gn 2) décrit, en un récit imagé, l'origine de l'homme et de la femme et les conditions de l'existence humaine.

La question des commencements a toujours intrigué et fasciné : comment le monde a-t-il commencé ? Y a-t-il un début du temps et de l'espace ? De tous temps, les hommes ont essayé de répondre à ces questions pour comprendre leur présent. Les récits bibliques s'inscrivent dans cette problématique.

Pendant longtemps, l'Église chrétienne a cru pouvoir imposer sa vision de la création à la science. Cette prétention lui a aliéné bien des milieux. En fait, il est vain de chercher quelque accord entre les textes bibliques sur les origines et ce qu'en dit la science. Les textes bibliques sur ce sujet sont divers et marqués par leur époque ; ils invitent le à reconnaître que Dieu est à l'origine de toute chose. La science contribue à faire connaître le monde; elle évolue dans sa recherche et dans ses hypothèses.

1 - POUR COMPRENDRE LE TEXTE

Le poème du livre de la Genèse commence au verset 1 du chapitre 1 pour se terminer au verset 4 du chapitre 2. Ce poème est attribué à un auteur ou des auteurs qui vivaient probablement parmi les exilés juifs en Babylonie, au sixième siècle av. J.-C. C'est l'époque du roi Nabuchodonosor à Babylone, du penseur Pythagore en Grèce et du philosophe Confucius en Chine. L'auteur traite des commencements de l'univers et de l'humanité, guidé par ses convictions théologiques, en utilisant des données de l'expérience humaine et en faisant écho à des récits des civilisations contemporaines du Moyen-Orient.

L'oeuvre créatrice s'effectue à partir du chaos initial et s'organise en deux fois trois jours :
- les trois premiers jours, Dieu crée en séparant et en mettant de l'ordre dans !e désordre,
- les trois jours suivants, Dieu peuple les espaces qu'il vient de créer par séparation,
- le septième jour est mis à part.
Ainsi, Dieu installe-t-il le temps et l'espace dans lesquels l'humanité va vivre.

1.1) D’autres récits de création
Des récits de création plus anciens ont influencé les auteurs du texte biblique.
Ainsi, les récits cosmogoniques du Moyen-Orient ancien.

1.2) L'originalité du texte biblique
L'auteur du récit prend parti contre les mythologies des voisins qui divinisaient les astres. La Genèse dissocie la création de la lumière (premier jour) de celle du soleil, de la lune et des étoiles (quatrième jour). La lumière leur préexiste, les astres sont instrumentalisés et ne servent plus qu'à fixer le calendrier. C'est une présentation intentionnelle qui vise à les montrer comme de simples créatures.

En Genèse 1, la création plaît à Dieu : huit fois le mot bon exprime la bonté originelle d'un monde voulu par Dieu, à la différence d'autres cosmogonies qui tiennent le monde matériel pour mauvais.

Les poissons et les oiseaux (v. 21), les bêtes sauvages (v. 25) sont créées "selon leur espèce" L'homme et la femme sont créés "à l'image et à la ressemblance" de Dieu. Ils sont créés de sexes différents et ainsi appelés au dialogue. Après leur apparition, Dieu dit (v. 29) : "Je vous donne toute herbe qui porte sa semence."

Alors que les récits babyloniens racontent comment les dieux, fatigués de travailler pour vivre, inventent et créent les hommes pour les servir, la Genèse fait surgir un être proche du Créateur, recevant une maîtrise sur la terre qui le constitue en personne libre.
 
La semaine de sept jours est placée ici comme un acte créateur de Dieu (le chiffre 7 symbolise la totalité). Le septième jour, le sabbat, permet un arrêt dans le travail, une pause où l'utilité n'est pas loi, un temps pour faire mémoire des œuvres du Créateur. Tout le récit converge vers l'institution du sabbat inscrite dans le commandement biblique : "Six jours tu feras ce que tu as à faire, mais le septième jour tu chômeras, afin que ton bœuf et ton âne se reposent et que le fils de ta servante et l'émigré reprennent leur souffle." (Exode 23, 12).

2 - EXERCICES A REALISER

Pour approfondir la compréhension du texte de la Genèse, deux types d'exercices peuvent être suggérés : distinguer la place de Dieu et celle de l'homme en répondant à une série de questions, réaliser un schéma de l'univers tel qu'il est supposé pour ce récit biblique.

2.1) Distinguer la place de Dieu et celle de l'Homme
Quelles actions sont attribuées à Dieu ?
Est-ce une création ex nihilo, à partir de rien, ou une création à partir de quelque chose ?
La création du monde est rythmée par des séparations. Lesquelles ? Quel peut en être le sens ?
Relever les formules répétitives et trouver leur signification.
Quelle est la place relative attribuée à l'homme et à l'animal ? Ressemblances et différences.
Distinguer la mise en place du cadre de vie et l'installation des habitants.
Comparer le début et la fin du récit.
Un midrash (commentaire juif de la Torah) rapporte cette question ; "Pourquoi l'homme fut-il créé le dernier jour ? Pour que, si l'orgueil le prend, on puisse lui dire : dans la création, même le moustique t'a précédé." (Genèse Rabba, Ve siècle ap. J.-C.)

2.2) Réaliser un schéma de l'univers
Après avoir répondu à ces questions, on pourrait suggérer de réaliser un schéma de l'univers tel qu'il est supposé par ce récit (et d'autres passages) :
La terre y est circulaire.
Elle est entourée d'un océan et repose sur des piliers plongeant dans l'abîme des "eaux d'en bas". Ainsi s'explique le surgissement des sources, l'eau sortant de terre.
Sous la terre, c'est le Shéol, le domaine des morts.
Au-dessus delà terre se trouve une voûte solide (le mot firmament vient de l'adjectif ferme) à laquelle sont accrochés les astres. Au-dessus, trône Dieu.

Cette coupole retient les "eaux d'en haut " et empêche "les réserves de neige et de grêle" de se répandre sur la terre. Cependant, des "portes" y sont aménagées, par lesquelles les intempéries tombent du ciel.

3 - DES OEUVRES A DECOUVRIR

Dans l'architecture, la peinture, la musique ou la littérature, de nombreux auteurs et artistes se sont inspirés du thème biblique de la Création pour réaliser leurs œuvres. En voici quelques exemples qui peuvent prolonger ou illustrer le travail accompli dans cette séquence.

3.1) Dans l'iconographie
Adam dans la pensée de Dieu, portail nord de la cathédrale de Chartres, XIIIe siècle.
La Création du monde, coupole de la basilique San-Marco à Venise (mosaïque du XIIIe siècle).
La Création, Michel-Ange, coupole de la chapelle Sixtine, 1508,
La Création, Marc Chagall, Nice, 1873 (mosaïques, vitraux).
La Création du monde, Jean Eiffel (éd. Harmonia Mundi, 1973, dessins humoristiques).

3.2) Dans la musique
-The Création, de Joseph Haydn (1798), est un oratorio inspiré an Paradis perdu de Milton. À l'âge de soixante six ans, Haydn entreprend l'ensemble monumental de The Création. Commandée en Angleterre, c'est à Vienne que l'œuvre est composée, puis créée en 1791.
La création du Monde, de Darius Milhaud (1923).

3.3) Dans la littérature
Hexameron, Saint Basile, IVe siècle.
La Semaine ou Création du monde, Guillaume du Bartas, 1578.
Emile, Jean-Jacques Rousseau,1762.
Profession de foi d’in vicaire savoyard, Jean-Jacques Rousseau,  livre IV : "L’idée de création me confond et passe ma portée : je le crois autant que je ne puis le concevoir ; mais je sais qu’il a formé l’univers et tout ce qui existe, qu’il a tout fait, tout ordonné."
La Fable du monde, Jules Supervielle, 1938.
L'Œuvre du sixième jour, Marie Noël,  1962.

On retrouve ce thème de la création chez des auteurs grecs et latins anciens, voir par exemple :
Platon, Le Timée (entre 421 et 415 av. J.-C) et Ovide (43 av. à 17 ap. J.-C), Les Métamorphoses (livre I, 5 à 32).

4 - QUESTIONS EN DEBATS

Pour illustrer le débat entre science et foi, entre scientifiques et théologiens, on peut évoquer le cas de Galilée, condamné en 1633 par l'Église de Rome à abjurer sa conception de l'univers et placé en résidence surveillée. Il fut réhabilité au XIXe siècle. Aujourd'hui les savants qui poursuivent leurs recherches sur les origines de l'univers proposent des hypothèses toujours renouvelées ; aux limites de la physique, certains ont un questionnement métaphysique. De leur côté, les théologiens intègrent les nouvelles connaissances sur l'univers et sont ouverts à des compréhensions plus symboliques des textes fondateurs.

Cette séquence pédagogique est extraite  de l'ouvrage "Enseigner les religions au collège et au lycée", publié par le CRDP de Franche-Comté - les éditions de l'atelier - Editions ouvrières (coll. Histoire des religions), Paris, 1999.

Les auteurs sont :
- Jean Joncheray, Professeur honoraire à l'Institut catholique de Paris - Département de théologie pratique - faculté de théologie ICP et Membre du Conseil de rédaction des "Recherches de science religieuse",
- René Nouailhat, Responsable de la Mission Enseignement et Religions.

(1) Mythe : muthos (récit) s’oppose à logos (discours, démonstration). Aristote affirme que les événements que mettent en place les mythes sont les fondements du monde. L’ethnologue Maurice Leenhardt écrit : "Le mythe résume les expériences humaines, les enferme dans un symbole et indique par là aux hommes leurs attitudes devant la vie." Pour le philosophe Paul Ricoeur, le mythe incorpore l’expérience fragmentaire de l’homme dans  de grands récits d’origine de portée cosmique.

Jean Joncheray
René Nouailhat
 
Créé le 01/12/2011
Modifié le 01/12/2011