La cr?ation d'Adam et Eve et la chute : histoire d'une repr?sentation
La «lecture» de l’image est en vogue dans les programmes scolaires. Aborder cette question à travers l’une des représentations les plus célèbres de l’iconographie chrétienne peut ouvrir de nombreuses perspectives. Pourquoi ne pas choisir  le tout début de la Genèse ? L’image d’Adam et Eve est peut-être la seule du premier Testament à être reconnue par les élèves. En outre, ils sont taraudés par la question des origines, intrigués par cette mystérieuse histoire de serpent. Il se trouve également que l’iconographie est riche dans ce domaine depuis l’époque des catacombes : nombre reliefs ou peintures romanes ont illustré le mythe des origines. Volontairement, les œuvres traitées dans ce mémoire concernent l’époque paléochrétienne et le Moyen Âge car le statut de l’image change avec la Renaissance.
Résumé d'un mémoire réalisé dans le cadre de la préparation au diplôme "Sciences et Enseignement des religions" délivré par le CUCDB.

Pourquoi ce choix ?
La chance d’un double cursus en Histoire et Histoire de l’Art me conduisait vers un travail portant sur l’architecture ou la peinture…enseignés en option Histoire des Arts et indirectement en B.T.S. A.G.T.L (Animation et gestion des Touristiques Locales). De plus, mon expérience de guide conférencier illustre à l’envi la difficulté d’aborder les thèmes religieux avec un jeune  public, difficulté  plus grande qu’en classe où l’on dispose de davantage  de temps pour expliquer.

La «lecture» de l’image paraissant en vogue dans les programmes scolaires, j’ai cru utile d’aborder cette question à travers l’une des représentations les plus célèbres de l’iconographie chrétienne. Pourquoi ne pas choisir alors le tout début de la Genèse ? L’image d’Adam et Eve est peut-être la seule du premier Testament à être reconnue par les élèves. En outre, ils sont taraudés par la question des origines, intrigués par cette mystérieuse histoire de serpent. Il se trouve également que l’iconographie est riche dans ce domaine depuis l’époque des catacombes : nombre reliefs ou peintures romanes ont illustré le mythe des origines. Volontairement, les œuvres traitées dans ce mémoire concernent l’époque paléochrétienne et le Moyen Âge car le statut de l’image change avec la Renaissance.

Les sources des textes
Après les deux récits bibliques de création, il faut pour comprendre la richesse du corpus des représentations interroger les épîtres pauliniennes, les textes d’exégèse patristique. L’image prend autant sa source dans les écrits des théologiens que dans les textes de la Genèse. Elle vise à interpréter dans une perspective précise : celle d’expliquer à partir de la Révélation chrétienne. Elle «trahit» parfois le texte et il est passionnant de suivre le succès de certaines notions contestables : la côte d’Adam  ou la pomme - une simple erreur de traduction !

Les modèles formels
Les premiers «imagiers» ont puisé leurs modèles aux sources de la romanité dès que fut transgressé le tabou qui pesait sur l’image depuis la loi mosaïque. Il fallut attendre les III et IVème siècles pour oser décorer sarcophages et murs des catacombes. Ce sont les mêmes artistes qui ont travaillé pour les familles païennes et pour les chrétiens, le premier art funéraire en témoigne.

Puis la peinture chrétienne va renaître à l’époque carolingienne, sur les murs des églises, mais aussi dans les livres avec les ouvrages patiemment réalisés. L’enluminure vient «illuminer» ces manuscrits : l’exemple choisi en séquence pédagogique : la page de la Bible de Moutier-Grandval donne un bel exemple de la qualité et de la fraîcheur des dessins.

Mythe et symboles
Comme tous les grands mythes fondateurs, le texte de la Genèse utilise les symboles : les arbres, le jardin, le serpent. L’image les exploitera plus ou moins fidèlement, en donnera une lecture.

Cet angle d’approche intéresse les élèves car il les introduit dans une autre dimension que celle de la compréhension au premier degré.

La question de l’image
A travers les œuvres, on peut poser  cette question de la légitimité de l’image, en particulier celle de l’image de Dieu. Les chrétiens reconnaissent que le Christ est le Verbe qui a créé le monde (Jn, 1, 1,3), ainsi les théologiens pensent-ils possible de représenter Dieu par l’image du Fils co-créateur. Cette position a fait débat mais le second concile de Nicée en 787 va préciser que « l’imagerie religieuse n’est pas laissée à la seule initiative des artistes, mais formée selon les principes établis par l’Église et la tradition » Ainsi, la voie est ouverte aux artistes, et le concile de Trente reprendra cette position.

Liste des œuvres étudiées

1) Création d’Adam

- Création, panneau en bronze des portes de la cathédrale d’Hildensheim
- Scène de création, Portail des Orfèvres, Saint-Jacques de Compostelle, début XIIe s.
- Création, chapiteau du cloître d’Alquezar, Aragon, XIIe s.
- Détail de la création d’Adam : le souffle de Dieu, mosaïque de la basilique de Monreale, XIIe s.
- L’image double : création matérielle et création spirituelle, mosaïques de Saint-Marc de Venise, XIIIe s.
- Création d’Adam, sculptures du portail nord de la cathédrale de Chartres, XIIIe s.

2) Création d’Eve
- Scène de création du sarcophage dit « Dogmatique », IVe s., musée du Latran d’Ève
- Création d’Ève, Bible de Saint-Paul-hors-les-Murs
- Création d’Ève, Présentation à Adam, Chute, peintures de Sain-Savin-sur-Gartempe, XIIe s.
- Tapisserie de la Création de Gérone, XIe s.
- Panneau de l’église Sainte-Sophie de Novgorod, XIIe s.
- Hortus Deliciarum, dessin de l’original du XIIe s.
- Chapiteau du cloître de la cathédrale de Gérone, XIIe s.
- Vitrail de Chartres, XIII e s.
- Bible moralisée de Vienne, XIII e s.

3) Création d’Adam et Eve
- Scène de création du sarcophage de Trinquetaille, IVe s., musée d’Arles

4) La Chute
- Adam et Ève, peinture du IVe s. des catacombes, « Coemeterium Majus »
- Scène de Tentation du sarcophage de Junius Bassus, IV s., Grottes du Vatican
- Chapiteau de Cluny III, XIIe s., musée du Farinier, Cluny
- Eve d’Autun, XIIe s., linteau de la cathédrale d’Autun, musée Rolin, Autun
- Eve et le dragon, sculpture cathédrale de Reims, XIIIe s.
- Enluminure d’un manuscrit anglais, La Menorah, XIIIe s., British Museum
- Chapiteau église Sainte-Radegonde, Poitiers, XIe s.
- Fresque chapelle Santa Cruz de Maderla, XIIe s., musée du Prado

5) Ensemble des scènes en pleines pages enluminées
- Bible de Souvigny, XIIe s., Moulins
- Bible de Moutier-Grandval, 840, British Library

Monique Béraud
Animatrice patrimoine
Créé le 29/11/2011
Modifié le 07/12/2011