Du symbole religieux au symbole laïque : l'ambiguité du vêtement
Inscrite dans le cadre d'un séminaire sur le symbolisme, cette recherche s'est surtout intéressée à l'un de ses vecteurs particuliers : le vêtement, afin d'en explorer les fonctions religieuses et profanes.
PROBLEMATIQUE
Le séminaire organisé en 2005 s'inscrivait dans la suite logique des deux séminaires précédents (1).

Le premier objectif de ce séminaire était de théoriser sur le symbolisme en général, montrant qu'il n'y a souvent qu'une différence formelle entre symbolisme religieux et symbolisme profane (quel que soit le qualificatif qu'on lui donne : athée, laïque, républicain…).

Cependant, ce sujet a dû être recentré notamment en raison du renoncement d'un certain nombre d'intervenants parmi ceux qui s'étaient engagés dans le projet. Le noyau s'est maintenu à trois chercheurs permanents, rejoints ponctuellement par des intervenants extérieurs.

La réflexion s'est donc concentrée sur un vecteur particulier du symbolisme : celui du vêtement. Ce choix n'est pas anodin puisqu'il est intervenu au moment du débat sur le port de signes religieux distinctifs dans les établissements scolaires et du voile islamique en particulier. Il a été ensuite élargi à d'autres signes extérieurs, moins symboliques mais tout aussi révélateurs des choix vestimentaires des collégiens et des lycéens.

Ainsi ce nouvel axe de recherche aurait pu être rebaptisé : " Du tchador au string : le vêtement qui montre ou qui cache ".

Les travaux réalisés sont les suivants et sont replacés ici dans une chronologie approximative :
- Daniel Faivre : Vêtement et nudité dans la Bible hébraïque,
- Jean-Louis Bischoff : L'érotisme du Dieu caché pascalien,
- Jean Lamblot : La soutane, symbole de l'Église triomphante,
- Dominique Bernard-Faivre : Le vêtement pour quoi dire ?
- [lienInt=228]Aimé Randrian : Pour une étude de la symbolique du tissu.[/lienInt]

Comme on peut le constater, il  manque une contribution sur le vêtement en milieu musulman, le collègue sollicité ayant été retenu par des charges universitaires importantes. Toutefois, sa production pourrait être prête à l'automne prochain au moment de proposer l'ensemble de ces articles à la publication dans le cadre d'un ouvrage de recherches pour sur les mythes dans la Genèse (2).

PRINCIPALES CONCLUSIONS
Les conclusions concordent toutes : qu'il soit laïque ou religieux, le vêtement est porteur de la même symbolique. Il est ce qui sépare la nature de l'homme. Comme l'ont montré la plupart des textes de cosmogonie, l'homme est généralement créé nu. C'est la confection de vêtements qui constitue le premier acte de civilisation.

Le dire ne fait qu'introduire la question, car le vêtement n'est pas unimorphe. Il a évolué constamment tout au long de l'histoire. Néanmoins, cette recherche a permis de relever une permanence de ses fonctions symboliques. Le vêtement est à la fois l'élément qui cache et l'élément qui montre, ou, pour être plus précis,  le vêtement montre ce que l'on cache.

Celui-ci expose tout d'abord les éléments constitutifs d'un groupe humain - que ce dernier soit sociologique avec la soutane du prêtre, ou sexuel avec l'étui pénien de certaines tribus africaines ou amazoniennes.

Mais le vêtement a également une fonction érotique difficile de nier. Cette fonction apparaît dès les textes bibliques, avec le voile de séduction grâce auquel Tamar séduit Juda. Elle se manifeste, sous une forme sublimée, dans l'œuvre de Pascal. Elle se fait provocatrice avec les phénomènes de mode.

Enfin, le vêtement présente également une grande valeur symbolique par le matériau lui-même. Le tissu qui le compose est une métaphore du lien social, qui s'exprime à l'aide des mots de la religion dans la Bible par exemple, ceux de la philosophie comme chez Platon ou ceux de la politique dans le discours républicain du drapeau.

Le séminaire se poursuit désormais sous une autre forme avec un nouveau cycle de réflexions, piloté par Jean-Claude Bischoff. Celui-ci aborde les " tribus " urbaines contemporaines, pour lesquelles la mode vestimentaire ne constitue pas le moindre des signes de ralliement.

Daniel Faivre
Responsable de la recherche
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1) Le premier portait sur l'enseignement du fait religieux, en particulier au travers des manuels scolaires ; il a été suivi de la publication d'un ouvrage La Laïcité a-t-elle perdu la raison ? aux Editions Parole et Silence. Le second traitait de l'existence d'une forme de spiritualité laïque, en particulier chez les lycéens ; un travail de publication des travaux est également en cours, aux Editions de L'Atelier.

2) A paraître probablement aux Editions L'Harmattan, dans la collection Religions et spiritualité.
 
Créé le 29/11/2011
Modifié le 04/05/2015