Lecture esthétique et biblique de La Descente de croix
Lecture esthétique, biblique et historique du tableau La Descente de croix de Pieter Van Mol. Pour les élèves de collège et de lycée.
Objectifs
- Apprendre à lire une image d'un point de vue esthétique.
- Retrouver les codes relatifs à cet épisode de la Passion.

Destinataires :  Enseignants de collège et de lycée.

Supports
- Tableau de Pieter Van Mol La Descente de croix (peint vers 1630-1640)
- Éléments biographiques sur le peintre.
- Évangile selon Saint Jean, chapitres 18 et 19.

Source : Parcours pédagogique au musée des Beaux-Arts de Quimper.

1 - FICHE ENSEIGNANT

Les questions préalables à se poser
A travers l'étude de ce thème, qu'est-ce que les élèves doivent apprendre? Quel est l'objectif de cette séance ? II faut essayer de savoir ce qu'ils savent déjà sur la question, connaître leurs représentations, qui peuvent être justes ou fausses.

Les moyens que l'on peut se donner
Comment va-t-on procéder pour faire atteindre l'objectif de départ ? Avec quels supports ou documents ? Livres élèves, diapositives, visites sur le terrain, voyages...

Comment vérifier si les élèves ont atteint l'objectif proposé ?
Voir ce que les élèves ont acquis sur le plan savoir, savoir-faire, savoir-être ?
Remarques : II est important de privilégier les démarches qui rendent les élèves participants, actifs. C'est l'élève qui construit peu à peu son savoir. L'enseignant a intérêt à prendre un thème qui le motive, surtout au départ, afin qu'il puisse à son tour motiver les élèves dans leurs apprentissages.

POUR COMPRENDRE LE TABLEAU, partons de l'histoire de cette oeuvre flamande en Finistère. Cette monumentale Descente de croix provient du couvent des Minimes de Saint-Pol-de-Léon, siège de l'évêché du Léon jusqu' à la Révolution. Ce tableau, certainement le plus important d'église de Basse-Bretagne, était destiné à décorer la chapelle du couvent construite en 1625 et 1628 et placée sous le vocable de Saint-François-de-Paule, fondateur de l'ordre des Minimes et de Sainte-Geneviève, patronne de Paris.

1.1) Le thème de la descente de la croix
Les quatre Évangiles contiennent un récit de la Passion de Jésus, mais c'est celui de Saint Jean qui a le plus inspiré les artistes. La Descente de croix de Van Mol représente la scène de Jean 19, 38-42, qui est aussi à l'origine des "Dépositions de croix", "Déplorations", "Mises au tombeau" et autres "Pietà". A cause de l'importance du contexte et des nombreuses allusions de l'œuvre, on aura intérêt à relire les chapitres 18 et 19 de Saint Jean.

 La présence de Marie, Mère de Jésus, et du disciple Jean près de la croix de Jésus est attestée par le seul Évangile de Jean. La pose de ce disciple, sur la toile de Van Mol, rappelle, comme en écho, l'épisode de la Cène où Jean se penche "sur la poitrine de Jésus" pour lui demander le nom du traître (Jean 13, 21-25). De même, l'attitude de Marie-Madeleine, ainsi que sa riche parure, sont un rappel du geste d'amour et de vénération accompli par une pécheresse que la tradition occidentale, sans doute à tort, a identifié avec Marie de Magdala (Luc 7, 36-50).

Les deux autres personnages sont les disciples de l'ombre : Nicodème (en haut à gauche) et Joseph (plus bas sur la droite), tous les deux membres du Sanhédrin, le Haut Conseil polito-religieux de la nation, qui a condamné Jésus. Nicodème était venu voir Jésus de nuit (Jean 3, 1-21) mais il avait eu le courage de prendre publiquement sa défense (Jean 7, 48-52). Il apporte un mélange de myrrhe et d'aloès, aromates utilisés pour embaumer les morts. Selon le Psaume 45, 9, ces essences parfument aussi le vêtement du Messie au jour de ses noces. Joseph, l'homme riche propriétaire du tombeau, n'intervient dans les Évangiles qu'au moment de la sépulture de Jésus. D'après les légendes médiévales, c'est lui qui aurait rapporté le célèbre Graal en Occident.

Quelques objets, au pied de la croix, rappellent divers épisodes ; ce sont les "Instruments de la Passion" : les clous et le marteau, la corde qui a servi à lier Jésus (Jn 18,12), la couronne d'épines, le récipient dans lequel se trouvait la boisson vinaigrée (19, 29) et l'éponge au moyen de laquelle on fait boire le supplicié. On remarquera aussi le titulus, l'écriteau placé au sommet de la croix et sur lequel Pilate avait rédigé le motif de la condamnation en trois langues, en hébreu, en latin et en grec (Jn 19, 19-22) : "Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs". Ironie de l'histoire : à la face du monde était ainsi publiée la royauté du Christ... par le représentant de l'Empereur romain !

Selon la coutume de l'époque, le peintre a fait figurer, anachroniquement, dirions-nous, des personnages d'autres périodes qui n'appartiennent pas au récit évangélique : ils représentent les croyants. À la différence des personnages évangéliques qui s'affairent autour d'un cadavre, le visage emprunt d'une grande tristesse, ces témoins chrétiens connaissent le chapitre suivant, qui est celui de la Résurrection et de la Gloire. Aussi ont-ils des gestes de prière et de contemplation. Un roi couronné, couvert d'or et de pierreries, tend son sceptre vers l'unique roi du monde qui, lui, est nu. Peut-être le peintre s'est-il souvenu de la prophétie d'Isaïe sur le Serviteur souffrant : "Devant lui des rois fermeront la bouche, car ce qui ne leur avait pas été raconté, ils le verront, ce qu'ils n'avaient pas entendu, ils le comprendront." (Isaïe 52,15). Quant à la religieuse à genoux (Sainte-Geneviève), la sérénité de son visage, souriant presque, contraste avec la gravité du moment. Tournant le dos à la scène, elle tient en mains un livre, peut-être celui des Écritures, dans lequel elle lit la victoire finale du Ressuscité. Elle regarde le visiteur et semble lui tendre son cierge pour l'inviter à entrer avec elle dans l'exultation de la joie pascale.

1.2) Une lecture iconographique du tableau de Van MoL
Deux types de regards sur le tableau de Van Mol sont ici présentés : l'un insiste sur la place des personnages et des objets du tableau, l'autre analyse la dimension plastique.

Analyse descriptive
Les personnages du groupe central de la scène de la Déposition sont facilement identifiables.
Au sommet de la croix, deux hommes aident Nicodème richement vêtu à descendre le corps du Christ soutenu par Saint Jean à gauche et Joseph d'Arimathie à droite.

Debout au bas de l'échelle, la Vierge et Marie-Madeleine agenouillée entourent de leurs mains les pieds du Christ. L'ancienne courtisane repentie semble être à l'intersection du monde terrestre et du monde divin et contribue ainsi à l'intégration des personnages étrangers à l'épisode biblique qui sont à l'origine de cette commande : le moine agenouillé, en bas à gauche, Saint-François-de-Paule, et Sainte-Geneviève. Ils nous invitent à méditer sur la Passion et sur la Rédemption. La présence de ces deux personnages renoue avec la tradition flamande des portraits de donateurs dans la peinture religieuse. Le personnage royal placé derrière la sainte est peut-être Saint Louis représenté sous les apparences de Louis XIII, ce qui confirmerait la présence de Van Mol en France.

Au premier plan, le peintre a disposé sur le sol les instruments de la Passion : la bassine et l'éponge, les cordes, la couronne d'épines, les clous, le marteau, les tenailles. La présence de ces objets renvoie à l'épisode antérieur de la "crucifixion et du martyre christique".

À l'arrière-plan, un paysage urbain dominé par un édifice à coupole place la scène dans le temps et anime le fond sombre agrémenté de la présence des anges malicieux traités dans un esprit baroque contrastant avec la tension dramatique de la scène.

Analyse plastique
On peut analyser La Descente de croix de Van Mol en observant les lignes du tableau puis en repérant les couleurs, les ombres et les lumières.
Une composition pyramidale renforcée par les obliques des échelles permet au peintre de disposer les personnages en gradin autour du personnage central, le Christ supplicié.
Au milieu, la ligne d'horizon matérialisée à gauche par la présence d'une architecture urbaine sépare la scène biblique, le ciel et les anges, de la scène terrestre : les personnages agenouillés, les donateurs et les "objets de la Passion" disposés sur le sol comme une nature morte.
La verticalité de la croix marque symboliquement le milieu du tableau.
Les diagonales jouent un rôle essentiel en séparant nettement les deux scènes : le Christ et ses disciples du groupe de la Vierge et de Madeleine.
L'attention du spectateur est attiré par les lignes courbes et contre-courbes qui accentuent l'esprit baroque de la composition, et par les compositions circulaires qui centrent l'action dramatique sur les visages des disciples dont les regards convergent vers la tête du Christ, sur le visage de la Vierge et de Marie-Madeleine et sur les mains des deux femmes qui entourent les pieds du Christ.
Dans une dominante sombre, trois tâches rouges accompagnent la blancheur du corps du Christ et des linges faisant ressortir les tons chauds et mordorés de la robe de Madeleine et de la bassine de cuivre.
Une lumière blafarde venant du ciel éclaire le corps du Christ. Elle se répand en faisceaux sur l'ensemble de la scène mettant en valeur la sérénité des visages en prière et le chatoiement des étoffes soyeuses provoquant un fort contraste avec l'obscurité du fond de la toile.
Le choix de l'harmonie colorée et du jeu des ombres et des lumières situe le tableau de Van Mol dans la lignée des tableaux baroques et de ceux influencés par le Caravage.

2 - REFLEXION PEDAGOGIQUE : La foi au programme ?

Les éléments centraux des diverses religions, comme, pour les chrétiens, la foi en la Passion-Résurrection du Christ, peuvent se trouver au programme de nombreuses disciplines.

3 - FICHE ELEVE

Pour entrer dans la compréhension du tableau La Descente de croix de l'artiste flamand Pieter Van Mol, plusieurs exercices sont proposés : il s'agit tout d'abord de remonter à la source de l'inspiration de l'artiste en analysant un passage de l'Évangile de saint Jean, puis de décrire la scène et les personnages représentés sur le tableau. Une analyse plastique de l'œuvre d'art complète cette étude.

Avant de réaliser les exercices proposés, quelques préalables sont nécessaires :
- visionnement de la diapositive du tableau La Descente de croix de Pieter Van Mol.
- recherche sur la biographie de l'artiste (éléments préparés au CDI).
- lecture du passage de l'Évangile selon Saint Jean, 19-38-42, sur la mise au tombeau.

"Après cela, Joseph d'Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par peur des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème (celui qui la première fois était venu trouver Jésus pendant la nuit) vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d'aloès pesant environ cent livres. Ils prirent le corps de Jésus et ils l'enveloppèrent d'un linceul, en employant les aromates, selon la manière juive d'ensevelir les morts. Près du lieu où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin, et dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n'avait encore mis personne. Comme le sabbat des Juifs allait commencer, et que ce tombeau était proche, c'est là qu'ils déposèrent Jésus."

Cette séquence pédagogique est extraite  de l'ouvrage "Enseigner les religions au collège et au lycée", publié par le CRDP de Franche-Comté - les éditions de l'atelier - Editions ouvrières (coll. Histoire des religions), Paris, 1999.

Les auteurs sont :
- Jean Joncheray, Professeur honoraire à l'Institut catholique de Paris - Département de théologie pratique - faculté de théologie ICP et Membre du Conseil de rédaction des "Recherches de science religieuse",
- René Nouailhat, Responsable de la Mission Enseignement et Religions.

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Créé le 29/11/2011
Modifié le 19/10/2012