Une oeuvre d'art : l'Adoration des Mages
L'Adoration des Mages de Frans Francken, une invitation à une lecture d'image en référence au texte de l'Evangile de Mathhieu.
Petit commentaire de texte

La tradition chrétienne a gardé le récit selon lequel peu de temps après la naissance Jésus, des mages, astrologues venus d'Orient, arrivent à Bethléem.
" Mage " est un mot grec désignant une caste de savants babyloniens, probablement des astrologues capables aussi d'interpréter les rêves.
Comme beaucoup d'astrologues de l'Antiquité, ils croient qu'une étoile particulière apparaît dans le ciel à l'approche de la naissance d'un grand personnage. Ces représentants de pays lointains viennent honorer en l'enfant nouveau-né, le futur roi de la paix.
Ce récit ne doit pas cependant être considéré comme un récit historique même si la fête de l'Epiphanie, qui a été longtemps plus populaire que celle de Noël, commémore cette venue des mages. C'est surtout la fête de l'universalité du Christ qui n'est pas venu seulement pour les Juifs mais aussi pour tous les peuples.
Les mages honorent l'enfant avec des dons précieux, digne d'un roi.
L'Eglise des premiers siècles y associa des symboles : l'or pour la dignité royale, l'encens pour la divinité, la myrrhe pour la mise au tombeau après la mort sur la croix.
Les présents royaux étant au nombre de trois, la tradition chrétienne identifia d'abord les mages à des rois puis leur nombre fut porté à trois.

Le thème de l'Adoration des Mages dans l'histoire de l'art

Dans l'art paléochrétien, le thème de l'Adoration des Mages est mis en relation avec la prophétie de Balaam (Livre des Nombres 24,17). Les Mages sont alors présentés en costume perse (bonnet phrygien, pantalon, chiton serré à la taille par une ceinture). Ce n'est qu'à partir du XIe siècle environ qu'on leur attribue le costume royal constitué par une longue robe et par une couronne. Dès le début, les Mages sont au nombre de trois. A partir du haut Moyen Age, ils sont associés aux trois âges de la vie : la jeunesse, l'âge mûr et la vieillesse avant d'être plutôt assimilés aux trois parties du monde : l'Afrique, l'Asie et  l'Europe, les seuls continents encore connus.
La composition de la scène est empruntée à la disposition adoptée dans l'Antiquité romaine pour représenter les peuples soumis apportant leur tribut au général vainqueur, lors de la cérémonie du " triomphe ". Des chameaux apparaissent dans l'escorte des Mages à partir du Ve siècle. C'est également à cette époque que la Vierge est placée au centre, entre deux groupes de mages adorants et non plus de coté.
Au XIIIe siècle, un nouveau type de représentation apparaît : le premier Roi Mage s'agenouille tandis que le second se retourne pour montrer l'étoile au troisième.
Dans le programme sculpté des cathédrales, l'Adoration des Mages est liée au culte marial. A partir du XIVe siècle, la scène s'enrichit d'anecdotes pittoresques, des scènes de chasse ou de combat. L'Adoration est alors souvent associée à l'Annonce aux Bergers.
A partir du XVIe, le symbolisme religieux s'efface progressivement au profit de l'anecdotique, notamment avec Brueghel et Rubens. L'Adoration des Mages devient alors le prétexte à montrer de riches pièces d'orfèvrerie et de luxueuses étoffes et à témoigner ainsi du savoir-faire du peintre.

Le musée de Quimper possède une autre " Adoration des Mages " d'un peintre flamand plus tardif Jan Erasmus Quellinius qui fut un élève de Rubens.

Lecture d'image

Un exemple  " L'adoration des Mages " de Frans Francken II (dit aussi le Jeune), tableau exposé au musée des Beaux Arts de Quimper.
Ce tableau a été peint à Anvers vers 1620 et provient de la Maison des Jésuites d'Anvers.
" L'Adoration des Mages " se réfère au texte de l'Evangile de Saint-Matthieu ( 2, 1-12)

Essayons-nous à une lecture d'images…

Le tableau se compose de deux parties :
- La scène principale de " L'Adoration des Mages " située à gauche du tableau, au premier plan.
- Une scène secondaire, située à droite du tableau, formée par un groupe de personnages au second plan et par un paysage à l'arrière-plan.

La scène principale est centrée sur le groupe de la Vierge à l'Enfant qu'entourent quatre personnages : Joseph qui se tient derrière la Vierge et les trois Rois Mages.
Seuls la masse sombre d'où se détache une sorte d'auvent, allusion discrète à l'étable de la Nativité à Bethléem, et la colonne antique qui ferme la composition à gauche, situent la scène dans un cadre historique donné.

La Vierge, aux traits juvéniles et gracieux, est assise sur un trône et tient sur ses genoux l'Enfant Jésus qu'elle  regarde avec une tendresse toute maternelle. Elle est vêtue de ses attributs traditionnels : la robe rouge et le manteau bleu. Sa coiffure témoigne d'un rare souci d'élégance : une natte au-dessus des tempes et ramenée vers l'arrière rejoint le voile torsadé qui s'entoure autour des épaules.
Par sa grâce et sa beauté intemporelle, la Vierge de Francken n'est pas sans rappeler les Madones de la Renaissance italienne.

L'enfant dont la nudité est à peine dissimulée par un voile de pudeur et dont la tête bouclée évoque celle d'un charmant chérubin, fait le geste de la bénédiction.
La royauté divine de Marie et de Jésus est marquée par la présence du trône et des auréoles qui rayonnent autour de leur tête.

Joseph, représenté jeune, est placé en retrait et se tient debout dans l'ombre. Il est vêtu d'une simple robe grise et tient dans ses mains un objet rond recouvert de tissu rouge.

Les vêtements et les attributs des trois Rois Mages permettent d'identifier l'origine de chacun d'entre eux.
A gauche, se tient Balthasar, le Maure venu d'Afrique. La perle qui pend à son oreille droite se détache sur sa peau noire. Il est vêtu d'un long manteau en velours gris brodé et frangé d'or et recouvert d'un col d'hermine orné d'une double chaîne.
Placé au centre, debout, un homme imberbe aux longs cheveux, est vêtu d'une armure richement ornée et à demi cachée par une cape bordée d'un galon d'or et fermée par un lien. Il  porte la main gauche au fourreau de son sabre. Il est coiffé d'un turban blanc que surmonte une petite couronne d'or. Le turban atteste l'origine orientale (perse ?) du personnage que l'on peut aussi identifier comme Gaspar, le Roi Mage venu d'Asie.
Le troisième personnage est agenouillé devant le Vierge et l'Enfant. Il est barbu et apparaît comme le plus âgé des trois. La présence d'un sceptre à ses pieds ainsi que le long manteau rouge aux plis amples doublé d'hermine et agrémenté d'un collier de diamants et de pierres précieuses évoquent les attributs de la royauté occidentale. Il s'agit donc de Melchior, le Roi Mage venu d'Europe.

Les deux Rois Mages encadrant la Vierge offrent leurs précieux présents à l'Enfant Jésus : deux ciboires richement sculptés contenant chacun l'or, symbole royal, et la myrrhe, résine odorante destinée à l'embaumement et symbolisant l'homme mortel. Le troisième personnage a déjà déposé aux pieds du trône son offrande : un brûle-parfum d'où s'échappe une fumée d'encens, symbole divin.
La position symbolique de ses mains, dont l'une est tournée vers l'Enfant et l'autre posée sur la poitrine, indique clairement la soumission et la reconnaissance de la royauté divine du nouveau-né.

A droite de la composition, un dignitaire en armure (un donateur ?) ferme la scène principale avec son bras gauche qui fait figure de repoussoir, faisant ainsi la jonction entre le monde sacré et l'assistance profane qui se tient derrière lui dans l'ombre projetée par l'auvent de l'étable.
Le troisième plan est occupé par un paysage d'hiver animé de petits personnages et traité dans un camaïeu de gris. Ce paysage crée dans l'espace du tableau une trouée de lumière qui offre un contraste insolite avec la masse sombre du premier plan.

(Dossier du service éducatif du musée des Beaux-Arts de Quimper )

Martine Kerfourn
DDEC Finistère
 
Créé le 29/11/2011
Modifié le 30/11/2011