Le fait religieux dans le cadre des nouveaux programmes de l'enseignement primaire
Quelle place pour l'enseignement du fait religieux en cycle III ? Quelles démarches pédagogiques mettre en oeuvre ?
Ce document est extrait des Actes du Colloque de l'ARELC de novembre 2002.

Enseigner le fait religieux n'est pas faire une histoire des idées, même si celles-ci ont leur place en histoire mais le fait religieux se caractérise aussi par les comportements, les mœurs, le mouvement.

POURQUOI ENSEIGNER LE FAIT RELIGIEUX EN PRIMAIRE ?
Une finalité patrimoniale : permettre aux élèves de comprendre l'héritage artistique des civilisations qui nous ont précédées.
Une finalité historique : la religion est une des composantes de l'évolution politique et sociale.
Une finalité civique : une connaissance objective des principales religions peut permettre l'éclosion d'un esprit de tolérance et d'acceptation de l'autre, dans le cadre de l'école laïque.
Une initiation des élèves au pluralisme : l'études des temples greco-romains, du tympan de Conques par exemple ou de la mosquée de Cordoue, peut permettre aux élèves de comprendre les symboles, de faire une lecture plus approfondie de l'art, attitude qui n'est pas familière aux élèves dans notre civilisation où la télévision tient une grande place.

Quelle place faire au cycle III au fait religieux ?
Une entrée possible peut se faire par l'étude des calendriers et, à côté de notre calendrier, nous pouvons évoquer d'autres moyens de mesure du temps : calendrier musulman, chinois, juif par exemple. Durant l'année scolaire, le maître peut étudier à côté des grandes fêtes de la civilisation occidentale, Noël, Pâques, les grandes fêtes de l'année musulmane ou juive ou chinoise, d'autant plus que nos élèves sont issus de milieux différents et entendent évoquer à la télévision le Nouvel An chinois, le Ramadan ... Cette évocation des fêtes des différentes civilisations se fait dans le respect strict de la laïcité.

Quelle est la place de l’enseignement du fait religieux au cycle III ?
Elle est modeste, le fait religieux n'est explicitement mentionné que dans le programme d'histoire. Exemple : la christianisation de la Gaule, ou la naissance de la civilisation musulmane, mais rien n'est dit sur les autres religions et en particulier sur la religion juive.

Dans les autres disciplines, il n'est pas fait mention du fait religieux d'une façon implicite. Le professeur des écoles étant polyvalent dispose d'une approche pluridisciplinaire du fait religieux : dans les disciplines artistiques, les possibilités d'études d'oeuvre d'art dont le thème est soit religieux soit mythologique sont multiples, de l'étude des peintures de Lascaux à la période contemporaine. L'architecture religieuse offre un champ d'étude très riche, de même que la sculpture ou la musique.

En français, l'étude des romans historiques ou des contes et légendes offrent des possibilités plus ou moins directes d'évoquer le fait religieux dans diverses civilisations.
En sciences, possibilité de confronter des explications scientifiques et celles des religions sur l'origine de la vie, par exemple.

J'évoquerai plus particulièrement la place du fait religieux dans le cadre des programmes d'histoire. L'étude de l'Antiquité permet d'aborder les notions de religions polythéistes et monothéistes, par le biais de l'étude de la religion gallo-romaine et de la christianisation de la Gaule. Il est possible d'évoquer, à cette occasion, le judaïsme et les liens entre les deux religions.

L'étude du Moyen-Age permet d'aborder la notion de chrétienté : un espace morcelé politiquement mais uni par une même croyance, les mêmes manifestations religieuses, les mêmes mouvements artistiques (roman, gothique...) et sous la même autorité religieuse : celle du clergé et du pape ou du patriarche de Constantinople après le grand schisme.
Au sud de la Méditerranée et en Orient se diffuse la civilisation musulmane : une religion différente, une civilisation urbaine, des manifestations artistiques dans des domaines différents. Mais quel rapport entre les deux civilisations, conflits, échanges commerciaux ? Outre ces aspects plus directement religieux, l'aspect politique est abordé dans la mise en place de l'état royal pour les Capétiens : lien monarchie-christianisme, repris avec l'étude de la monarchie absolue dans les Temps Modernes.

Cette partie du programme permet aussi d'aborder la rupture de christianisme avec la réforme du XVIème : il est dit dans le programme "une autre vision du monde artistique, religieux, scientifique et technique". Il me semble qu'il suffira d'évoquer la naissance du protestantisme sans trop détailler puisque ce point sera étudié au collège. L'étude du XXème aborde la religion sous un autre aspect : le génocide juif.

Somme toute, les entrées sur le fait religieux sont relativement diverses dans le cadre des programmes du cycle III, en offrant aux élèves une ouverture culturelle dans le respect de la laïcité.

Quelles démarches pédagogiques mettre en œuvre ?
Elles doivent permettre de surmonter des difficultés.
L'âge des élèves : 8 à 10 ans, donc des difficultés d'abstraction, de vocabulaire d'autant plus qu'ils vivent dans un monde où la culture religieuse est absente.
Le fait religieux est un sujet sensible et chargé d'émotionnel pour les élèves.
Il s'agit aussi d'éviter le piège de faire du catéchisme.

Il me semble que l'entrée par l'art est une piste à privilégier, en utilisant l'iconographie, en particulier la peinture, et l'architecture. En effet, les jeunes enfants sont sensibles à l'étude de l'image, à partir de là il est possible d'intégrer l'étude des textes et de forger l'acquisition de notions plus abstraites. Une visite au musée (ex : tableau le mal des Ardents, tapisserie saint Vaast du musée d'Arras). La naissance du christianisme ou de l'Islam peut être étudiée partir de quelques iconographies (ex : une nativité, Jésus et ses apôtres, une descente de croix....).
Ces images permettent d'aborder des extraits de textes.

L'architecture intérieure et extérieure de la mosquée et de la cathédrale, l'étude de la décoration sont des moyens d'évoquer les fondements des religions ... On pourrait multiplier les exemples.
Il me semblerait intéressant d'introduire, à la fin de l'étude du Moyen-Age un tableau comparatif des trois grandes religions étudiées en évoquant le fondateur, le lieu de culte, la décoration intérieure, le livre saint, les symboles, ...

Une proposition de démarche pédagogique : L'archéologie nous montre les traces de l'apparition d'une nouvelle religion : le christianisme.

Michèle Andréani
Agrégée d'histoire-géographie
IUFM Nord - Pas de Calais
Créé le 28/11/2011
Modifié le 16/12/2011