La création dans la Genèse
Des repères pour entrer dans les récits de la création en primaire.
Sources : Sklerijenn, n° 37, septembre 2005.

Nous vous proposons de découvrir - ou re-découvrir - des pages de l'Ancien Testament qui, même encore aujourd'hui, posent de nombreuses questions et peuvent aussi faire l'objet de bien des interprétations.

Notre première étape sera pour le commencement c'est-à-dire les premiers chapitres de la Genèse : la Création (Genèse chapitres 1 - 3).

Situons le texte
Nous parlons du récit de la création, nous devrions parler des récits de la création car, en réalité, ils sont au nombre de deux. Le plus ancien correspond à Gn. 2, 4 - 3, 24, le plus récent à Gn. 1, 1- 2,4. En effet ce sont des textes qui correspondent à deux périodes historiques différentes. Ceci nous conduit d'ailleurs à repérer que tout récit biblique s'inscrit dans une période historique qu'il appartient de bien situer pour mieux saisir la portée du texte. Faut-il rappeler que la Bible n'est pas un livre d'un seul bloc mais bien une véritable bibliothèque fait d'une quantité d'ouvrages de style et de nature différents et qu'à l'intérieur même d'un livre comme celui de la Genèse nous trouvons la compilation de récits d'époques différentes.

Le récit le plus ancien, appelé encore " récit yahviste " (du nom de Yahvé, donné à Dieu) est écrit dans une période de paix et de prospérité, entre le 10ème et 8ème siècle avant Jésus-Christ. Les Hébreux, libérés de l'esclavage en Egypte, possèdent une terre à eux, un Roi, un temple. Ce qui ne les empêche de vivre des menaces sur leur foi en Dieu. En effet, Salomon a fait construire des sanctuaires dédiés à des divinités autres que Dieu. Le Roi, représentant de Dieu sur terre, ne tient plus son rôle qui est de fortifier la foi en Dieu unique. De plus, les textes mythologiques babyloniens, akkadiens, présentent une image de Dieu qui ne correspond pas à celle d'un Dieu libérateur qui a fait alliance avec les hommes. Alors il importe de repositionner les choses : c'est le but de l'auteur de ce récit yahviste.

Le récit " sacerdotal " (écrit par des prêtres) est donc plus récent et écrit dans une période d'une toute autre nature. Il date de la période de l'Exil (587-538 avant Jésus-Christ.) Vaincus par les Babyloniens, les Hébreux sont très malheureux ; le temple est détruit, Dieu les a abandonnés, le Roi est emmené en exil, Nabuchodonosor les exploite. Devant cette nouvelle réalité, la foi est en danger, en particulier face aux cultes babyloniens. Les prêtres se lèvent pour dire la foi du peuple hébreu et composent ce récit de la création. Dieu est contre la souffrance, il est plus fort que le mal, il a créé son peuple. Soleil et lune, divinisés par les Babyloniens, ne sont que de simples créatures.

Pour mieux comprendre le texte
Au-delà de ce contexte historique, il importe aussi de se donner quelques repères pour entrer dans ces récits de la Création.

- La Bible est un livre religieux. Les auteurs bibliques ne sont pas des journalistes relatant un événement à l'image de ce que nous vivons dans notre monde moderne. Ce sont des croyants qui expriment leur foi. Ils nous disent qui est Dieu, qui est l'homme, dans le langage de leur temps, langage qu'il nous faut donc saisir en le replaçant dans la culture du temps. Par exemple, il faut se garder de prendre à la lettre une expression comme " Dieu acheva la création le septième jour " ; d'ailleurs, aujourd'hui, nous utilisons bien des expressions comme " Je t'attends depuis 107 ans " !!
- Ces récits sont au début de la Bible mais en réalité ils ont été écrits après la sortie d'Egypte. Ils contiennent donc la marque de cette libération du peuple de l'esclavage. Dieu a libéré son peuple, a signé avec lui une Alliance. Dieu est amour et cet amour est créateur.
- Ce ne sont pas des récits scientifiques. Si la science regarde le monde en se posant les questions du quand, du comment cela a commencé, la religion, elle, s'interroge sur le pourquoi de notre existence, le " d'où venons-nous ? " et " où allons-nous ? ". Et la réponse est : nous existons parce que Dieu est Amour et qu'il veut partager notre bonheur.


Des clés pour approfondir
Pour aller plus loin dans le texte, voici quelques clés supplémentaires pour chacun des deux récits.

Récit yahviste (Gn 2,4-3,24)
Les images de l'époque sont présentes dans ce récit :
- Le jardinier qui arrose, fait pleuvoir, prépare la terre pour que l'homme y soit heureux. La création est une alliance entre Dieu, source de vie et l'homme qui accueille cette vie en collaboration avec Dieu. Dieu le rend responsable.
- Le potier, l'artiste qui produit des chefs-d'œuvre, qui tire de la terre. L'homme est tiré de la terre et reçoit de Dieu le souffle créateur, l'Esprit. Cette image s'oppose au modèle mésopotamien modelant l'homme en mélangeant le sol et le sang d'un dieu immolé.
- Le chirurgien qui prend une côte à l'homme. Dieu ne veut pas que l'homme soit seul. Il y a les animaux mais inférieurs à l'homme, non accordés (un mot qui vient de cœur !). Pendant le sommeil (l'homme n'a donc pas pouvoir sur la femme !), Dieu crée la femme pour qu'ils vivent tous les deux " côte à côte ".

Le message du récit :
- Dieu créateur de tout ce qui existe
- Dieu source de vie
- Dieu veut le bonheur de l'homme. Homme et femme sont égaux.
- Dieu nous veut responsables de notre bonheur.

Le récit sacerdotal (Gn 1,1-2,4)
C'est un hymne liturgique pour célébrer, au cours du Sabbat, les merveilles de Dieu, créateur de l'univers. On l'appelle souvent le poème de la création. La création se fait en six jours : elle n'est donc pas achevée. Le chiffre 7 désigne la perfection, l'achèvement (N'oublions pas l'importance de la symbolique des nombres dans la Bible). Cette création aboutit au sabbat : il s'agit donc d'une organisation liturgique et non scientifique pour fonder l'importance du sabbat. L'homme est invité à consacrer ce septième jour à Dieu. L'expression " Dieu dit :… " revient dix fois. Dix paroles qui font référence aux dix commandements (encore la symbolique des nombres). Dieu crée le monde comme il a créé son peuple au Sinaï. C'est une parole qui nomme, qui fait exister, qui met en ordre, qui sépare ce qui est informe. On notera aussi qu'on ne parle pas du soleil et de la lune mais des deux luminaires. Ce mot " luminaire " fait partie du vocabulaire des prêtres : il désigne les lampes qui brûlent dans le Temple. Soleil et lune ne sont pas des dieux comme à Babylone, mais des signes chargés d'indiquer une présence. L'homme est créé à la fin, comme sommet de la création. Et Dieu vit que cela était bon : l'homme a été créé pour son épanouissement et son bonheur et non comme conséquence fortuite d'un dispute entre les dieux comme l'imaginaient les mythes mésopotamiens.

Pour aller au plus loin
Ces quelques repères ne vous donnent pas toute la richesse de ces récits de la création. Les notes de la Bible sont des indications précieuses pour découvrir toute la richesse du texte biblique. Mais il existe aussi des ouvrages pour approfondir les messages de ces trois premiers chapitres de la Genèse. En voici quatre.

" Genèse " d'Agnès Rosenstiehl (Ed. Autrement Jeunesse - 1999)
Voici le récit des 7 jours de la création du monde suivi de celui de la création de l'Homme et de la façon dont Adam et Eve furent chassés du Paradis que Dieu leur avait créé. A chaque épisode de la genèse est associé le détail d'un tableau qui illustre ce passage (texte page de gauche, tableau page de droite). Ce sont des tableaux de la Renaissance mais aussi du 19ème siècle.
Ce principe de lien entre texte et tableau est le bienvenu ; on peut regretter dans le texte certains mots pas toujours adaptés aux enfants.
C'est un très bon livre, agréable, de qualité, à utiliser aussi bien pour la découverte des récits de la création mais aussi pour une approche artistique.

" Le livre de la création " de Pierre-Marie Beaude, illustré par George Lemoine (Ed. Centurion-Okapi -1987)
L'auteur imagine, environ cinq siècles avant Jésus-Christ (date du plus récent récit de la création), un berger et son fils dans le désert. L'enfant se pose de nombreuses questions sur l'origine du monde, de l'homme. Pierre-Marie Beaude réinvente un texte qui s'appuie aussi bien sur le récit biblique que sur les traditions orales juives et chrétiennes. Les admirables illustrations de George Lemoine font de cet ouvrage un magnifique poème de la création.

" Au commencement " illustré par Jane Ray (Ed. Gautier-Langereau- 1997)
Ce livre qui s'adresse aux plus grands enfants de nos écoles adapte trois texte de la Bible : la création du monde, de l'homme et de la femme, le déluge et Noé, la naissance de Jésus. Ces récits sont mis à la portée des enfants en un langage simple, dépouillée des archaïsmes qui pourraient en rendre la compréhension difficile. Texte et image s'articulent avec beaucoup d'invention et d'esthétisme.

" Quand Big Mama a créé le monde " de Phyllis Root, illustré par Helen Oxenbury (Ed. Père castor Flammarion-2002)
C'est une histoire autour de la création du monde : Big et Mama et son bébé doivent en 7 jours créer le monde. Pour commencer, il y avait l'eau et chaque jour cette grosse bonne femme doit accomplir une tâche. Vient la lumière et le noir, pis le ciel, le soleil, la lune et les étoiles. Au quatrième jour apparaissent les plantes, au cinquième les animaux. Se sentant seule, au sixième jour, Big Mama crée les hommes à nos images. Le jour suivant, elle peut enfin se reposer et observer les hommes. Elle n'hésite pas à leur rappeler qu'il faut garder un peu d'ordre.

Yvon Garel
Secrétaire Général
DDEC Côtes d'Armor
Créé le 28/11/2011
Modifié le 28/11/2011