Le bestiaire de l'?vangile
Une exploration des vitraux des églises à la découverte des animaux symboliques des Évangiles.

Extrait d'un vitrail
de la cathédrale de Chartres
Nous connaissons l’intérêt des élèves pour les animaux, préhistoriques ou non.
Une visite d’église est l’occasion de découvrir que sur les vitraux, les retables ou les peintures, ou en bien d’autres endroits, des animaux sont représentés. Lesquels et pourquoi sont-ils donc là ?

Notre approche va se limiter aux animaux que l’on rencontre au long des quatre évangiles et qui sont devenus d’une manière ou d’une autre des symboles dans la religion chrétienne.

1er temps : la découverte avec les élèves

- Visiter une église avec comme consigne le repérage des animaux représentés et l’endroit où on les trouve (agneau sur le devant de l’autel, poisson sur le tabernacle, etc.).
- Compléter cette découverte, si nécessaire, par l’observation de quelques oeuvres d’art représentant le baptême du Christ (présence de la colombe), l’entrée de Jésus à Jérusalem sur le dos d’un âne, le reniement de Pierre (avant le chant du coq) ou encore la pêche miraculeuse…

2e temps : les apports des élèves et les références dans l’Évangile

- Dans cette phase du travail, on recueille auprès des élèves tout ce qu’ils ont découvert et les hypothèses sur le pourquoi de la présence de ces représentations d’animaux dans l’église (les oeuvres d’art fournies doivent les y aider).
- Un apport complémentaire : quelques textes d’Évangile en lien avec ces animaux
Le baptême de Jésus (Matthieu 3, 13-17)
La pêche miraculeuse (Luc 5, 1-11)
Le reniement de Pierre (Marc 14, 66-72)
L’entrée du Christ à Jérusalem (Marc 11, 1-11)

3e temps : les apports de l’enseignant en fonction des découvertes faites

Voici quelques repères sur ce bestiaire de l’Évangile et surtout sur la signification que revêt chacun.

L’ÂNE

Pour saisir sa place dans la Bible, il faut se référer à la place qui était la sienne dans les sociétés rurales anciennes tout autour de la Méditerranée.
Aujourd’hui encore celui qui voyage en Jordanie ou en Israël découvre cette présence importante de l’âne.

L’âne est un animal sobre, rustique, d’une patience à toute épreuve, d’une longévité précieuse (40 ans). Il est là pour les travaux des champs mais aussi pour se déplacer. C’était aussi dans les temps plus reculés un signe de richesse (les 500 ânesses de Job). Avant d’être remplacé par le cheval, c’était une monture de guerre, ce qui explique qu’on l’associe à la royauté : "Voici que ton roi vient, humble, monté sur un âne." (Zacharie 9, 9)

Dans leur évangile, Matthieu et Jean rappellent justement cet oracle : l’âne prend sa place dans le récit de la passion du Christ. C’est même un élément clé qui porte tout le quiproquo messianique : le Messie vient, monté sur un âne. La foule attend en effet un roi qui la libère politiquement et militairement et elle se souvient du lien entre âne et royauté. Elle oublie que, depuis des lustres, le roi ne vient plus sur un âne mais sur un cheval. Ce Messie qui vient n’est pas un guerrier, sa royauté est d’un autre ordre. D’ailleurs, nous dit Luc, l’âne de Jésus est celui que personne n’a encore monté, signifiant par là l’annonce d’une royauté d’une nouveauté absolue. L’âne symbolise la royauté humble de Dieu.

LE POISSON

Le métier de pêcheurs des disciples de Jésus fait que le poisson apparaît souvent dans les épisodes relatés dans les évangiles (Marc 1, 17 ; Matthieu 17, 27 ou 13, 47-50, etc.).

Dans l’antiquité païenne, le poisson symbolisait l’eau, élément où ne peut subsister l’homme, et on l’associait donc à l’idée de mort (voir le livre de Jonas) ; aussi figurait-il au menu des repas funéraires auprès des tombes. Mais les premiers chrétiens donnèrent au poisson un tout autre sens : en effet dans le mot grec "ichthus", signifiant poisson, ils ont lu les initiales de Iésous Christos Théou Yios Sôter (Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur). Le poisson est devenu ainsi le moyen de représenter le Christ, en particulier lors des premières persécutions, et dès lors la résurrection. Le poisson est devenu ainsi un symbole baptismal et eucharistique : le baptême des premiers chrétiens se faisant par immersion, le nouveau chrétien sort engendré par les eaux ; quant au symbole du poisson associé au pain et au vin de l’eucharistie, on le trouve chez saint Augustin et aussi dans des oeuvres telles que la mosaïque de Tabga au bord du lac de Tibériade.

LE COQ

Le coq est le symbole de l’intelligence venue de Dieu : ne distingue-t-il pas la fin de la nuit de l’arrivée du jour ? Dans la tradition chrétienne, il devient rapidement le symbole de la résurrection. Et de même que le coq annonce le jour nouveau, de même le chrétien attend le jour où le Christ reviendra. Bien sûr, dans l’Évangile, son chant est associé au reniement de Pierre dans la nuit de la passion de jésus (Matthieu 26, 74-75).

Au Moyen Âge, le coq symbolise le prédicateur qui doit réveiller ceux qui sont endormis. Il occupe à partir du IXe siècle une place de choix sur le clocher des églises. Est-ce pour rappeler notre faiblesse à l’image de celle de Pierre ?

LA COLOMBE

La colombe vole à travers toute la Bible. Elle est d’ailleurs un symbole commun à l’Orient et à la Bible : on le retrouve dans l’Égypte ancienne, le monde juif et le monde chrétien. On sait que dans certains cultes orientaux la colombe revêtait un caractère sacré : ainsi, pour les Syriens, "de tous les oiseaux, la colombe est celui qui paraît la chose la plus sainte." Elle en était devenue le symbole de l’amour.

Dans la Bible, on retrouve cet oiseau qui peut être offert en sacrifice, surtout par les pauvres.

Dans le livre de la Genèse, l’esprit planait sur les eaux comme une colombe au-dessus de ses petits. Noé, lors du déluge, l’envoie par trois fois. La deuxième fois, la colombe revient avec le rameau d’olivier dans son bec, marquant la fin de l’inondation et le début d’une ère nouvelle : elle devient le symbole de la paix. Dans le Cantique des cantiques, la colombe est le symbole de la beauté, de l’innocence, de la pureté : "Tes yeux sont des colombes… Ouvre-moi, ma colombe, ma parfaite…fais-moi entendre ta voix".

Dans les évangiles, cette colombe apparaît au baptême de Jésus. Elle est le symbole de l’inauguration d’une ère nouvelle (comme au déluge), de l’investiture prophétique de Jésus et représente symboliquement sa mission (en hébreu colombe se dit "yonâh", allusion au prophète Jonas, messager de la conversion et du pardon des païens, demeuré trois jours dans le ventre du poisson). A la suite, pour les chrétiens, l’image de la colombe est liée à la présence de l’Esprit Saint. Les Méditerranéens savent qu’une colombe familière peut vous avoir accompagné silencieusement et être là alors qu’on ne s’en doute pas. C’est à cette origine qu’il faut rattacher la "colombe eucharistique" utilisée comme tabernacle.

L’AGNEAU

L’agneau est un animal que l’on trouve fréquemment dans l’art religieux.
Souvent, il illustre le thème du Christ, bon pasteur qui prend soin de ses brebis, les fidèles. Mais on retrouve aussi cet animal en lien avec la crucifixion, tenant dans une patte repliée l’étendard de la victoire. Du sang s’échappe de sa poitrine et coule dans un calice.
L’agneau désigne alors le Christ.

C’est en particulier dans l’évangile de Jean que l’image de l’agneau est fortement exprimée. Ainsi Jean-Baptiste dit de Jésus : "Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde." Cette image s’appuie sur deux figures de l’Ancien Testament : le serviteur souffrant dont parle Isaïe – "sans beauté, sans éclat, il n’ouvrait pas la bouche, comme l’agneau qui se laisse mener à l’abattoir, il offrait sa vie en sacrifice expiatoire" (Isaïe 53, 1-12) – et l’agneau sacrifié lors de la Pâque juive (livre de l’Exode). C’est le rappel de ce départ précipité d’Égypte où, pour sauver les premiers-nés que Pharaon menaçait d’exterminer, le Seigneur avait prescrit à son peuple de marquer le linteau et les montants des portes des maisons du sang d’un agneau.
Pourquoi avoir choisi l’agneau ? Parce que c’est l’animal le plus courant de ce monde d’éleveurs nomades, celui dont on mange le plus volontiers la chair.
L’agneau est donc devenu le symbole de la passion et de la résurrection du Christ.

Yvon Garel
Sklerijenn n° 48
 
Créé le 28/11/2011
Modifié le 28/11/2011