Dossier : Les religions africaines
L’Afrique est le continent des origines de l’humanité. C’est aussi le continent où les diversités, les métissages ethniques et culturels sont d’un grand intérêt pour une approche anthropologique. Un dossier qui nous emmène au cœur des faits religieux tout en nous permettant une analyse plus contemporaine.

Masque mulwalwa,
du XIXe siècle
Royaume Kuba
GÉNÉRALITÉS SUR LES RELIGIONS AFRICAINES
 
La diversité des religions pratiquées dans l'Afrique contemporaine apparaît comme le reflet des vicissitudes historiques de ce continent. Au nord de la ceinture soudanaise, l'Afrique est presque entièrement musulmane, avec la seule exception de la minorité copte d'Égypte. De même, la corne de l'Afrique et la côte orientale jusqu'au Mozambique septentrional, au sud, sont également musulmanes, excepté l'Éthiopie centrale, une autre Église ancienne, étroitement liée à l'Église copte d'Égypte. Au sud et à l'est de ces zones presque complètement islamiques, les musulmans sont souvent majoritaires ou fortement minoritaires. Au Nigeria occidental et en Tanzanie, les populations rurales sont largement islamisées, tandis qu'à travers tout le continent, dans les villes petites et grandes, les musulmans forment des minorités influentes.

Traiter des religions africaines dans une perspective historique est une tâche ardue, ce qui ne veut pas dire qu'elles ont été complètement statiques ou que les croyances d'un groupe n'influencent et ne modifient pas celles d'autres groupes. Mais l'absence de documents écrits, la rareté des sanctuaires et de temples construits en dur, ne permettent pas d'en suivre l'évolution sur une longue période. Dans la plupart des cas, les seuls documents de référence dont on dispose sont des textes relativement récents.

Hors de ces zones dominées par l'islam, des groupes, généralement ethniques, plus ou moins attachés aux religions traditionnelles, coexistent avec des minorités chrétiennes d'importance variable. Les statistiques sont difficiles à établir et peu fiables, mais il est à peu près certain que les chrétiens sont majoritaires dans un certain nombre de régions, comme par exemple au Nigeria oriental, en Ouganda, dans le Lesotho et dans certaines parties de l'Afrique du Sud. Parmi eux, quelques-uns sont des chrétiens de première génération, les autres des convertis de longue date, leur adhésion au christianisme remontant parfois au XIXe siècle.

En règle générale, on peut dire que le christianisme et l'islam sont les religions des villes, mais il y a de nombreuses exceptions. Il est évident en tous cas qu'il n'est pas facile pour les habitants des villes de pratiquer à distance un culte étroitement lié à une localité, à ses autels et à une communauté. L'une des forces des deux grandes religions révélées est d'avoir réussi à unir des peuples de cultures très différentes. L'une et l'autre sont même parvenues dans certains cas à devenir en l'espace de quelques générations la religion "populaire" d'une zone rurale. L'Afrique, comme les autres régions du globe, compte un nombre croissant d'hommes et de femmes qui rejettent la religion et se définissent eux-mêmes comme des agnostiques ou des athées. Les jeunes qui ont reçu une éducation de type occidental appartiennent souvent à cette catégorie. Mais, parce que les Africains ont été et sont encore profondément religieux, les athées sont moins nombreux qu'on pourrait s'y attendre.

Les croyances et les rites de chaque société traditionnelle variant dans le détail, les spécialistes ont recherché un principe universel qui leur permette de parler de "religion africaine" au singulier plutôt qu'au pluriel. Pour de nombreux Européens du XIXe siècle, ce principe était l'animisme, c'est-à-dire la croyance qu'une infinité d'esprits habitaient le monde matériel, mais il y avait aussi le culte des ancêtres. Les africanistes actuels préfèrent éviter de fonder leurs études sur ces principes qui sont cependant à eux deux très représentatifs de certains aspects des croyances africaines.

D'autres termes, tels que magie noire, juju, fétichisme, sont trompeurs et témoignent d'une totale incompréhension de ce qu'ils prétendent décrire.
Un spécialiste de la religion africaine a parlé plus récemment de la "force vitale" qui unit les mondes animé et inanimé. Ce concept, comme celui de l'animisme, aujourd'hui abandonné, exprime une croyance profonde en un monde où les objets matériels possèdent ou sont associés à une âme ou un esprit vivant. Cet esprit - qui peut être celui d'un ancêtre mort depuis un temps plus ou moins long et devenu une divinité, ou encore un esprit de la nature - est doté du pouvoir d'influer en bien comme en mal sur les vivants. Cette croyance, très profondément enracinée, est liée à ce que l'on appelle le culte des ancêtres, que l'on pourrait plus justement définir comme le respect pour les morts-vivants. Les membres morts du clan restent proches des vivants: ils sont nommément invoqués par les leurs pendant deux ou trois générations et reçoivent des offrandes sur les autels familiaux où sont parfois conservés leurs ossements. Lorsque les hommes se réunissent pour boire ensemble, ils versent un peu de bière à leur intention et leur rapportent toutes les nouvelles concernant le clan. Et si la maladie ou le malheur frappe, un "prêtre" est aussitôt consulté pour déterminer lequel des morts-vivants, se sentant négligé, manifesterait ainsi son courroux.

La croyance dans un dieu supérieur, créateur de toutes choses, est quasi universelle en Afrique. Mais, dans de nombreuses religions traditionnelles, ce créateur inaccessible et nullement concerné par les affaires des hommes n'est jamais imploré; il a cependant des médiateurs: ce sont les esprits (manifestations surnaturelles majeures). Dans certains cas, les divinités intermédiaires manquent presque totalement; les sacrifices sont alors directement offerts au dieu supérieur. Les Africains seraient-ils donc monothéistes ? C'est difficile à dire, car il faudrait au préalable déterminer si les esprits sont des dieux. Il existe également en Afrique un petit nombre de sociétés qui, avec d'immenses panthéons de dieux, pourraient être qualifiées de polythéistes au sens occidental du terme. Ainsi, les Yoroubas du Nigeria occidental vénèrent des dieux comme Shango, divinité de la foudre et du tonnerre. La religion africaine est une affirmation de la vie et fait une faible part à l'ascétisme. Ses valeurs essentielles sont l'harmonie et l'union au sein de la famille et du clan, mais aussi avec les morts-vivants et les esprits. Elle est collective avant d'être individuelle, et les Africains qui se convertissent au christianisme ou à l'islam reportent ces valeurs dans leur nouvelle foi.

L'islam et le christianisme sont les deux religions vitales et en pleine expansion de l'Afrique contemporaine. En atteste le nombre de plus en plus élevé de représentants africains aux réunions internationales de croyants de ces deux confessions. Simultanément, les religions rituelles traditionnelles déclinent, bien que quelques jeunes universitaires prônent un retour délibéré aux cultures traditionnelles et à leurs rites religieux. Il est peu probable que la majorité des Africains réponde jamais à cet appel, car même lorsque un chef d'État a tenté d'imposer un retour aux sources (ainsi, au Zaïre, l'appel à l' "authenticité" ), il a échoué. Les valeurs traditionnelles africaines ne sont certes pas vouées à disparaître, mais elles se combineront de plus en plus avec celles de l'Occident moderne et industrialisé.

Les raisons politiques et sociologiques qui poussent l'Afrique vers l'islam ou le christianisme sont évidentes. Mais à ces raisons s'en ajoutent d'autres d'ordre profondément religieux. Peut-être l'attrait majeur de ces deux religions universelles réside-t-il dans le dogme de la puissance de Dieu. Les religions traditionnelles reposent, elles, sur la crainte des esprits et des ancêtres dotés du pouvoir de faire le mal et qui l'exercent arbitrairement, exigeant du croyant qu'il surveille constamment ses actions afin de ne pas les offenser involontairement et s'attirer leurs foudres. Elles reconnaissent un dieu suprême mais trop lointain et inaccessible aux humains, pour le bien comme pour le mal, alors que le dieu créateur des chrétiens et des musulmans est puissant mais concerné par les hommes et les femmes qui le révèrent : "Allah, le miséricordieux", "Dieu est amour". Christianisme et islam, en fait (malgré quelques regrettables échecs), réunissent leurs adeptes dans une fraternité supra-ethnique qui semble offrir de meilleures garanties pour l'avenir de nations souvent déchirées par des divisions internes.

Source :  Atlas des civilisations africaines

HISTOIRE
. La Religion traditionnelle est-elle une réalité du passé ?
. Les Saints d'Afrique
. Religion au Maghreb
. Les Religions en Afrique
. Religions traditionnelles africaines

RESSOURCES PÉDAGOGIQUES
. Regards croisés sur l'impérialisme culturel et religieux de l'Europe en Afrique noire
. La tête qui fume de l’église de Narga
. Anamorphoses d'Isis dans l'œuvre de Nerval"

RÉFLEXIONS
. Dieu dans la religion africaine
. Éducation, religion et colonisation en Afrique aux XIXe et XXe siècles
. La religion comme quête de l’ordre dans la société africaine traditionnelle
. Le Pape  et les Pygmées. À la recherche des religions premières

CROYANCES AFRICAINES
. Cultes de l’antiquité : Mythologie et religions en Afrique du Nord
. Les dogons
. Magie et Religion dans l'Afrique du Nord

L'ART SACRÉ EN AFRIQUE
. Fleuve Congo Arts d'Afrique centrale
. Le fil du temps
. Le masque en Afrique
. Les masques africains
. Du sacré au profane : arts et traditions d'Afrique
. L’art sénoufo

À LIRE
. De l’art sacré dans un cadre profane : le symbolisme religieux de l’art rupestre san au Sud de l’Afrique Revue Religions & Histoire n° 2 - juin 2005.
. Le Monde des religions n° 41 Mai-Juin 2010 p. 52 les chrétiens des Origines - Ethiopie
. Bibliographie Afrique

DOCUMENTAIRES EN VIDÉOS

. La religion chrétienne en Éthiopie

 

. Le système de divination Ifa
Le système de divination Ifa s'appuie sur un vaste corpus de textes et de formules mathématiques. Il est pratiqué par les communautés Yoruba et par la diaspora africaine des Amériques et des Caraïbes. Le mot Ifa désigne le personnage mystique dIfa ou Orunmila, considéré par les Yoruba comme la divinité de la sagesse et du développement intellectuel. La divination Ifa ne repose pas sur les pouvoirs oraculaires d'une personne. Elle se fonde sur un système de signes interprétés par un devin, le prêtre Ifa ou babalawo, littéralement "le père du prêtre".


. Le culte des ancêtres (3 vidéos) Arts du Mythe, Tête de reliquaire FANG
En Afrique centrale, un des plus importants aspects de la vie spirituelle est le culte des ancêtres, dont les ossements sont conservés dans un reliquaire.




RENCONTRE
Les pères coptes des paroisses de Chatenay-Malabry et Villejuif nous découvrent la ferveur des chrétiens égyptiens de la diaspora copte, leur attachement aux rites et à la transmission de la foi.
Créé le 25/11/2011
Modifié le 24/07/2012