Les repas dans la bible et dans les religions
Le repas tel qu'il était vécu dans l'Ancien puis dans le Nouveau Testament et ce qu'il en est aujourd'hui dans les principales religions.
Sources : Sklerijenn, n° 36, juin 2005.

Une occasion de redécouvrir certaines réalités de la Bible et de ce qui se vit dans les religions. Nous vous proposons de nous arrêter sur le repas tel qu'il était vécu dans l'Ancien puis dans le Nouveau Testament et aussi ce qu'il en est aujourd'hui dans les principales religions.

Dans l'Ancien Testament…
Le lieu privilégié de la joie de vivre, c'est la table. "Je fais l'éloge de la joie, car il n'y a pour l'homme sous le soleil rien de bon, sinon de manger, de boire, de se réjouir. Et cela l'accompagne dans son travail durant les jours d'existence que Dieu lui donne sous le soleil". (Ecclésiale 8, 15).
Nous sommes au cour d'un peuple qui vit modestement dans une région où la vie dépend des pluies : le sol est ingrat, s'il y a sécheresse, il y a famine.
Alors le rêve de tout homme : un repas fastueux. Ne nous étonnons pas de voir Isaïe annoncer les temps messianiques sous l'image d' "un festin de viandes grasses et de vins vieux, de viandes grasses succulentes et de vins vieux décantés" (Isaïe 25, 6). Parce que manger permet à l'individu et au groupe de subsister, cet acte a une signification qui dépasse sa portée biologique. Tout repas a une dimension métaphysique et une valeur religieuse.
Au quotidien, il y a dans le repas une dimension familiale : on se retrouve accroupi sur une natte ou une peau de bête, autour d'un plat commun où chacun se sert avec ses doigts.
Les céréales constituent l'aliment de base : le pain d'orge ou de blé, mais aussi de millet. Les autres aliments sont les légumes (oignons, melons, pastèques, …), les fruits (raisins, figues, dattes, …), la viande et aussi le poisson.
Repas de famille mais aussi du partage : les règles de la bienséance exigent d'accueillir l'étranger, le voyageur de passage, le pauvre…
Et, comme encore aujourd'hui, il existait, dans le monde juif de l'Ancien Testament, quelques interdits alimentaires.

Dans le Nouveau Testament…
Les évangélistes nous rapportent un grand nombre de récits de repas qui attestent la proximité de Jésus avec les hommes et qui sont autant d'occasions d'enseignements. Le repas est le moment où on se rassemble, où on parle, où on se réjouit.
Les repas les plus marquants chez Marc et Matthieu :
- Le repas chez Matthieu-Lévi (Marc 2, 15-16 ; Mat 9, 10-11) : la communauté de vie ne trouve pas de meilleure expression que la communauté de table.
- Les multiplications des pains (Marc 6 et 8 ; Mat. 14 et 15) : le Christ qui accepte la nourriture des pêcheurs est aussi celui qui donne à manger en organisant le repas messianique.
- L'onction à Béthanie (Marc 14, 3-9 ; Mat. 26, 6-13) : Jésus se laisse honorer comme le Pauvre au cours de ce repas.

Chez Luc, les repas, très nombreux, rejoignent trois préoccupations de jésus :
- Faire communauté avec les hommes : les pêcheurs, Lévi, Zachée, les pharisiens…
- Vivre la joie des retrouvailles et le service des autres
- Voir à travers le repas l'image de ceux qui veillent et attendent le retour messianique.

Chez Jean, les années de prédication de Jésus sont encadrées par deux repas : celui des noces de Cana et celui de la dernière Cène.

Dans la religion chrétienne
Il n'y a pas de prescriptions particulières, hormis l'abstinence du vendredi. "Faire maigre le vendredi" dit-on encore de nos jours. Cela veut dire "ne pas manger de viande ce jour-là". En effet les catholiques, en pensant à Jésus mort sur la croix le vendredi saint se privaient de viande le vendredi. C'est une obligation qui a évolué et, aujourd'hui, l'Eglise invite les fidèles à choisir le type de privation qui les aide à se préparer à des fêtes religieuses et en particulier à la fête de Pâques en faisant abstinence les vendredis de carême.
Ajoutons également que jadis - et encore de nos jours dans certaines familles catholiques - on remerciait Dieu avant et après le repas : le "bénédicité" ("Bénis-nous, Seigneur, bénis ce repas") et les "grâces" (Merci). C'est aussi le cas chez nos frères protestants où, avant le déjeuner de midi (si celui-ci réunit toute la famille) et avant le dîner du soir, le père de famille récite une prière en demandant à Dieu de bénir le repas. Il y a dans ces gestes matière à réflexion sur nos attitudes d'aujourd'hui !!

Tout au long de sa vie, Jésus prend le temps de s'asseoir à notre table et de partager notre repas.
Tout au long de sa vie, Jésus prend le temps de se mettre à notre écoute, à notre service.
Attentif à nos soucis, à notre peine, il sait que le chemin parcouru ne l'a pas été sans difficulté.
Soucieux de nous redonner courage et espoir, au soir du Jeudi-Saint, il nous offre son pain.
Au soir de ce dernier repas, Jésus est à nos côtés. Il restera présent sur tous nos chemins où nous titubons parfois.
Il n'a qu'un souci : nous donner assez de force pour que nous puissions continuer sur la route.
A la Cène et chaque jour depuis, il nous présente le Pain pour la route : sa propre vie.


Chez les Juifs
Le repas de midi est précédé de la même prière que celui du matin et on se lave encore les mains. Ensuite, on remercie Dieu pour la nourriture reçue.
Il existe des règles alimentaires issues de la Torah. Ces règles, qui seraient considérées aujourd'hui comme une diététique spirituelle, s'appellent la casherout. Le juif mange casher, ce qui veut dire que certains aliments lui sont interdits.
Parmi les animaux à quatre pattes, il n'a pas le droit de manger la chair des mammifères qui n'ont pas le sabot fendu et qui ne sont pas des ruminants (exemple : porc, cheval…). Parmi les oiseaux, une liste cite le nom de ceux qui sont interdits ; dans l'ensemble, les volailles domestiques sont autorisées. Parmi les poissons, ne sont comestibles que les poissons ayant à la fois des nageoires et des écailles, ce qui élimine les crustacés, les fruits de mer… Il faut bien comprendre que derrière ces prescriptions casher, comme pour les musulmans, les conditions de conservation dans des pays chauds ont joué un grand rôle. On retrouve de semblables pratiques avec la vache sacrée en Inde : par souci écologique, les bouses de vache servant de combustible, on réduit l'abattage des forêts.
En ce qui concerne les recettes chez les Juifs, on doit suivre aussi certaines règles : la viande n'est bonne que si l'animal a été tué selon des règles précises qui ont pour but de ne pas faire souffrir la bête, puis de la vider entièrement de son sang. Cette viande doit ensuite subir un traitement : lavée, salée, ou bien purifiée par le feu, elle deviendra casher et pourra être cuisinée.
Quant aux menus, la famille qui mange casher ne pourra les composer n'importe comment. On dirait aujourd'hui qu'elle doit équilibrer les repas. Le principe de base vient d'une petite phrase, deux fois citée dans la Bible qui ordonne : "Tu ne feras pas cuire l'agneau dans le lait de sa mère." Donc pas de lait ou de laitages après la viande et pas de fromages ordinaires à la fin d'un repas casher au cours duquel la viande a été servie.

Chez les musulmans
Comme chez les Juifs, on ne pourra manger n'importe quoi. Si la famille est croyante, on ne verra jamais sur la table de la charcuterie de porc. On ne boit ni vin ni boissons alcoolisées.
C'est le Coran lui-même qui précise ces interdictions : "Ils t'interrogent sur le vin et les jeux de hasard ; dis-leur : dans les deux, il y a grand pêché, et quelques avantages, mais le pêché est plus grand que l'utilité".
Le porc n'est pas la seule viande interdite. Un musulman n'a pas le droit non plus de consommer la chair d'un animal qui n'a pas été égorgé de façon rituelle (les principes hallal), c'est-à-dire en évoquant le nom de Dieu : "Vous sont interdits la bête morte, et le sang, et la chair de porc, et ce sur quoi on a invoqué quoi que ce soit d'autre que Dieu, les animaux assommés ou tués d'une chute. Ceux qui ont été entamés par une bête féroce".

Yvon Garel
Secrétaire Général
DDEC Côtes d'Armor
 
Créé le 24/11/2011
Modifié le 24/11/2011