L'image dans les trois religions
Quelle place occupe l'image dans les trois grandes religions monothéistes ?
Sources : Sklerijenn, n° 41, janvier 2007

Les évènements récents provoqués par les caricatures de Mahomet ont porté notre regard sur la place qu’occupe l’image dans la religion musulmane. Dieu avec sa barbe blanche, le diable aux cornes acérées sont également des images que nous véhiculons les uns et les autres lorsque nous évoquons la religion chrétienne. Et si on situait cet enjeu dans chacune des trois grandes religions monothéistes !

L’IMAGE DANS L’ISLAM
Pour l’islam, l’interdiction formelle de la représentation des êtres animés découle d’un verset du Coran qui estime que les faiseurs d’images veulent rivaliser avec Dieu, seul créateur et insuffleur de vie. La personne de Mahomet est l’objet d’une révérence qui s’exprime notamment par l’interdiction de la représentation de sa personne comme d’ailleurs de tous les autres personnages importants de l’histoire du salut (Noé, Abraham, Moïse, Jésus, etc.). Cette interdiction s‘applique strictement au Coran et aux ouvrages des hadiths. Dans les mosquées, il y a absence totale de représentations figurées : seuls sont tolérés les motifs végétaux et géométriques. Cependant, on peut retrouver des représentations du prophète et de sa famille dans d’autres écrits que le Coran.
Une conséquence de cette interdiction est le développement de la calligraphie et d’une ornementation des textes basée sur la géométrie et l’arabesque.

L’IMAGE DANS LE JUDAÏSME
«Tu ne feras point d’idole, ni une image quelconque de ce qui est en haut dans le ciel ou en bas sur la terre ou dans les eaux au-dessous de la terre». Le second des dix commandements pose clairement la position du judaïsme de l’origine. Au moment où ces commandements sont formulés, nous sommes en effet dans un monde aux nombreuses divinités dans lequel on voit apparaître la croyance en un Dieu unique échappant à toute représentation. Cet interdit s’applique à la représentation du Créateur : on l’entend, mais on ne le voit pas et son nom, YHWH, devient imprononçable (Moïse dans l’épisode du buisson ardent). Mais là ne s’arrête pas l’interdit, il s’applique aussi à la création (Moïse et le veau d’or).

Certes avec le temps, cet interdit va évoluer : on voit apparaître des enluminures dans les manuscrits hébreux médiévaux ou encore des fresques sur  des pavements de synagogues, mais pas dans le rouleau liturgique de la Torah. Un peu comme pour l’islam, pour détourner l’interdit, les copistes vont alors développer l’art de la calligraphie et surtout de la micrographie, l’écriture minuscule qui dessine des formes (animaux, objets, personnages) avec l’écrit. Cette ornementation s’appuie sur la «massore», système de règles grammaticales et syntaxique élaboré du VIème au IXème siècle pour les copistes. Pour donner de la beauté au texte, les copistes vont exploiter toutes les fantaisies que permet la micrographie.

L’IMAGE DANS LE CHRISTIANISME
A ses débuts, l’interdit de la représentation divine n’a pas été repris par le christianisme. Très vite, au IVème siècle, le christianisme, devenu religion d’Etat, va déployer la représentation de Dieu : figuration symbolique (inspirée de l’art juif), figuration d’un Dieu patriarche, omnipotent ou encore figuration du Christ crucifié ou en majesté. A partir de là, on assiste à un culte envers les images et surtout au débat doctrinal et théologique qui ne pouvait manquer de naître.

De façon habituelle, le christianisme a été favorable à l’image mais il est nécessaire de noter les nuances. En Orient, au VIème siècle, naît l’art de l’icône conférant à l’image une dimension sacrée : l’icône est une fenêtre ouverte sur l’invisible qui manifeste la sainteté de la présence divine. Pour les orthodoxes, elle est l’expression de la Parole de Dieu comme l’est le livre de la Bible.

En Occident, on peut donner à l’image une triple fonction :
- spirituelle : incitation à la prière et au recueillement. Le développement des peintures, des statues dans les églises et chapelles en témoignent.
- esthétique : il s’agit de célébrer la magnificence de Dieu et de sa création
- pédagogique : l’image illustre les épisodes bibliques ou les récits hagiographiques

Cependant on ne peut nier que, si le culte des images est très fort dans la religion catholique, il est en suspicion chez les protestants.

Les icônes
Le mot vient du grec signifiant image : c’est une image peinte représentant le Christ, la Vierge ou les saints. Dans la religion orthodoxe, l’icône tient une place importante. Dieu a pris en Jésus-Christ corps et figure humains, en un lieu, en un temps de l’histoire humaine ; l’homme est l’image du Christ. Alors il est possible de tenter de représenter l’image du Christ dans un authentique geste de foi et d’amour. Les auteurs d’icônes sont le plus souvent des moines ou des moniales : la réalisation d’une icône peut leur demander des années de travail dans un esprit de prière et de contemplation.

Quelle en est la technique ? La planche de bois séché par les années est d’abord creusée : on ne peint pas la surface des choses mais un visage «intérieur». Sur ce support est calée une toile de lin qui recevra huit couches successives d’enduit préparé avec de la colle de peau ; la dernière couche est soigneusement poncée. Ce support figure la matière dans laquelle pénètre la lumière du Christ. Ensuite l’artiste dessine au crayon, puis grave, les grandes lignes de son œuvre ; il applique une matière qui attire l’or (le «bol d’Arménie») et pose les feuilles d’or servant de fond à l’image ; l’or symbolise la lumière divine qui rayonne de l’icône. L’artiste va alors appliquer les couleurs faites de terres délayées dans une émulsion d’œuf. Il commence par les plus sombres pour finir par les plus claires. Tout ceci a une valeur symbolique : nous sommes appelés des ténèbres à la lumière. La peinture achevée, l’icône est imprégnée d’huile de lin, vernie et bénie.

Comme pour sa confection, le croyant contemple l’icône dans ce même esprit de foi et d’amour. «L’icône est un témoignage visible tant de l’abaissement de Dieu vers l’homme que de l’élan de l’homme vers Dieu.»

Yvon Garel
Secrétaire général
DDEC Côtes d'Armor
 
 
Créé le 24/11/2011
Modifié le 24/11/2011