Qu'est-ce qu'une religion ? Peut-on comparer les religions monothéistes ?
Une séance en deux étapes pour clarifier les idées reçues sur les religions : 1ère étape : la religion, les religions. Polythéisme et monothéisme 2ème étape : les fondements des trois monothéismes.
Cette séquence est extraite du mémoire de Brigitte Macabray intitulé Le fait religieux de 1850 à nos jours, réalisée dans le cadre du diplôme Sciences et Enseignement des religions de l'IFER-CUCDB.

1ère étape : la religion, les religions. Polythéisme et monothéisme

Toutes les sociétés humaines ont cherché depuis leurs origines à expliquer l'inexplicable. On rencontre ainsi des mythes racontant la création du monde (cosmogonies) et fondant des pratiques sacrées (rite). Les religions monothéistes ont pris une place prépondérante". "Accompagnement des programmes.

1 – OBJECTIFS

Cette première séance répond aux besoins spécifiques et aux centres d'intérêts du groupe classe, exprimés dans l'enquête préliminaire : des connaissances et des interrogations.
Elle vise aussi une certaine clarification des idées reçues. Les religions, aujourd'hui, sont souvent jugées au prisme d'une actualité violente exclusivement : revenons donc aux sources pour vraiment construire le concept de RELIGION, employer à bon escient : monothéisme, croyance, rite, foi, pratique, rappeler les affirmations fondamentales qui structurent la foi juive, la foi chrétienne et la foi musulmane.
Il sera alors possible de mesurer et d'apprécier les points communs et les différences entre elles, touchant les origines, les croyances et les rites.
Une comparaison s'impose donc pour éviter tout syncrétisme, dans une période où on a tendance à considérer que tout se vaut y compris les religions.
Après avoir établi le concept de religion, les élèves, s'ils le désirent, pourront aborder la question des sectes.

2 - PRESENTATION DE LA SEANCE

Une séance en deux temps :
- 1ère étape : La religion, les religions. Polythéisme et monothéisme.
- 2ème étape ; Fondements des trois monothéismes
Une séance associant oral et écrit, travail collectif et travail individuel.
Une séance abordant la forme et le fond, allant jusqu'à la question du sens.
Une séance privilégiant comme supports, les textes fondateurs, extraits de la Bible, de l'Evangile et du Coran.

3 - DEROULEMENT DE LA SEANCE

3.1) 1ère étape : La religion, les religions

a) Définir religion
(échange oral)
Il s'agit de s'interroger sur les religions, de formuler quelques questions métaphysiques auxquelles elles tentent de répondre, pour aboutir à une première définition.
Y-a-t-il une vie après la mort ? Si oui, laquelle ? Est-il possible de communiquer avec les morts ? La vie terrestre a-t-elle une influence sur la vie dans l'au-delà ? Dieu existe-t-il ? Quel est le rapport entre Dieu et les croyants ? D'où viennent les pratiques religieuses ? Voilà l'essentiel des interrogations formulées.
Un rappel du sens étymologique du mot RELIGION (religere = recueillir et religare = relier) permet d'affirmer que le terme désigne à la fois un recueil de formules et de pratiques religieuses et le lien entre l'homme et la divinité. Nous pourrons donc, dans un premier temps, écrire que "les religions ont une face visible : les rites, et une face cachée : la spiritualité, c'est à dire la prière, les efforts sur soi." Nous ajouterons avec Jean Delumeau que "l'homme se définit comme un homme religieux qui s'interroge sur le sens, la finitude, la mort."

b) Distinguer polythéisme et monothéisme.
Analyse de chronologies
Généralement le terme de polythéisme est connu des élèves (programme de 6ème). Ils sont capables de nommer plusieurs dieux des mythologies égyptiennes, grecques ou romaine ; capables aussi de citer leur fonction et de rappeler quelques rites. Par contre la datation pose problème, comme le passage du polythéisme au monothéisme. Par conséquent une analyse de chronologies, même si celles-ci ne sont pas complètes, peut faire avancer la compréhension du phénomène religieux. Il faut se demander s'il y a évolution chronologique du polythéisme vers le monothéisme, si les deux ont coexisté dans la même époque, dans la même société, se demander comment le monothéisme s'est imposé, tout en évitant une hiérarchie ou des jugements de valeur.
L'observation des chronologies situe "le champ d'action" des religions : 5 000 ans ! Les élèves, ensuite, soulignent de deux couleurs différentes, les références au polythéisme et les références aux trois monothéismes, sujets de l'étude. Ils dégagent ainsi une première période allant de -3000 à -1812 : le polythéisme règne en maître. Apparaissent ensuite des noms (personnages, peuples) que nous identifions en tant que juifs, chrétiens ou musulmans. Mais nous remarquons aussi que de nombreux siècles s'écoulent entre le premier nommé : ABRAHAM (sans aucun titre d'ailleurs) : -1852 et ESDRAS : -458, qui établit la Torah comme "autorité centrale de la vie juive". D'autre part, le terme "monothéisme" n'est jamais employé dans ces chronologies tirées de manuels scolaires.
Nous soulignons alors qu'il n'y a pas de preuves tangibles du passage du polythéisme au monothéisme. L'histoire du monothéisme est complexe, lente à s'imposer dans la Bible et chez les Hébreux. Abraham, considéré comme le PERE des trois grandes religions monothéistes, était en contact (vers 1800 avant J.C.) avec de multiples peuples dont chacun avait ses dieux et sa religion, chacun aussi un dieu particulier, c'est à dire privilégié. On peut dans ce cas parler de monolâtrie plutôt que de monothéisme. Pour les Hébreux, ce dieu privilégié est Yahvé, avec lequel ils ont fait alliance. Moïse et les prophètes qui suivront, transmettront la révélation de son message, dénonceront l'idolâtrie et annonceront le monothéisme. Ce n'est qu'au IVème siècle avant notre ère que le peuple juif affirme nettement que Yahvé est le dieu de tous les hommes, qu'il habite tous les cœurs, toutes les âmes, qu'il est un dieu universel. La monolâtrie a définitivement cédé la place au monothéisme. On voit se dégager avec force la notion de foi.

c) Constater les origines communes aux trois monothéismes

ORAL
Origines géographiques : la lecture des chronologies fait apparaître les noms suivants : Jérusalem, Canaan, Israël, Bethléem, Nicée, Constantinople, La Mecque. Le berceau des trois religions se situe d'évidence au Moyen-Orient.
Origines textuelles : juifs, chrétiens et musulmans font tous référence à la Bible.
Origines humaines et historiques : comme nous l'avons dit précédemment, les trois religions étudiées se réclament d'Abraham. La Bible raconte ainsi son destin : "Quitte ton pays, ton peuple et la maison de ton père pour le pays que je te montrerai. Je ferai de toi un grand peuple", "abandonne les dieux de la Mésopotamie et n'en suit qu'un, en route vers la terre promise, un lieu pour le peuple élu, le peuple du dieu unique".

ECRIT
"Toute religion a ses faits fondateurs. Pour les enseigner, on peut mettre les élèves en questionnement, selon la méthode dite QQQOCF (quoi, quand, qui, où, comment, pourquoi)".
J'emprunte cette affirmation et la méthode à Mohamed Cherif Ferjani, dans Les voies de l'Islam. Approche laïque des faits islamiques" (Collection Histoire des religions - Editions du cerf et CRDP Franche-Comté, 1996).  Proposée pour l'islam, je l'étends au judaïsme et au christianisme.
La trace écrite sera une schématisation complétée collectivement, grâce aux pré-requis, aux réflexions précédentes et aux documents du manuel.

d) Rappeler les fondements des religions monothéistes
L'étude de quelques textes fondateurs va compléter cette première séance, permettant d'approfondir le concept de religion. Nous chercherons à dépasser les clichés sur les rites, présentés trop souvent de façon caricaturale dans les médias, pour souligner les croyances fondamentales. II s'agira également de relever les points communs entre les trois grandes religions étudiées, mais aussi les différences touchant aux origines ou aux croyances.
Nous essaierons d'aller un peu plus loin que l'observance stricte du document accompagnant les programmes, qui préconise "un tableau comparatif des prescriptions, des rites et des calendriers" pour aborder la question du sens. Rappelons que la plupart des élèves de 1ère Bac Pro ont 18 ans. Certains ont rejeté toute religion. Cette séance est l'occasion de revenir aux sources écrites dans un cadre laïque, une occasion aussi de faire dialoguer philosophie et religion : toutes deux préconisent une morale, mais la première débat de l'existence de Dieu, tandis que la deuxième croit en l'existence d'un Dieu créateur et lui attribue la révélation de lois morales.

3.2) 2ème étape : Fondements des trois monothéismes

a) Démarche pédagogique
Le travail d'analyse et de comparaison se fera à partir d'un dossier distribué à chaque élève, complément du manuel Foucher (édition 2000 - pages 46 et 47).
Tout corpus de textes, a fortiori dans un cadre temporel restreint, nécessite des choix douloureux et forcément contestables. Celui-ci ne fait pas exception, bien au contraire, tant la Bible et le Coran offrent une multitude de textes importants. Ont été privilégiés des extraits de faible longueur, compréhensibles, mais surtout contenant les croyances majeures de chaque religion.
L'objectif principal, nous l'avons précisé plus haut, reste la clarification, la compréhension de l'essentiel, plutôt que la somme de connaissances.

Pour répondre au mieux à cet objectif et aux contraintes de temps, la réalisation d'un tableau comparatif semble la solution la plus appropriée.
Présenté vierge aux élèves, il sera complété au fur et à mesure de l'étude du dossier. Tout d'abord collectivement pour bien amorcer le travail, tant dans le fond (expression d'idée) que dans la forme (formulations courtes, vocabulaire précis...), nous dégagerons ce que les hommes disent de Dieu.

D'ans un deuxième temps, pour aboutir à un résultat efficace, la classe sera partagée en trois groupes, chacun traitant une des religions. Ils chercheront à formuler le message de dieu aux hommes, en retenant cinq points essentiels, en les formulant clairement pour ensuite les présenter aux autres, au bout de 15 minutes.

Enfin, l'étude comparative se poursuivra par l'observation des rites, les principaux bien sûr, en les classant ainsi :
- l'étude des textes et la prière,
- les étapes de la vie du croyant,
- les prescriptions dans la vie quotidienne,
- les fêtes.

Le travail de groupe nécessite investissement de chacun et rigueur dans la répartition des tâches ainsi que dans l'échange pour éviter la dispersion.

II est possible que le temps manque pour réaliser cette dernière partie. Le professeur se réserve alors la possibilité de fournir un tableau préalablement complété sur les rites, pour maintenir le dialogue final, s'approprier réellement les notions de croyance, rite, religion, pratique... et surtout apprécier les nuances, les oppositions entre judaïsme, christianisme et islam.

Pour la séance suivante, les élèves feront une synthèse écrite mettant en valeur deux ressemblances et deux différences fondamentales entre les trois monothéismes.

b) Réflexion pédagogique

* Mieux connaître chacune des religions. Que retenir ? Que transmettre ?


LE JUDAÏSME
"A l'origine des deux autres religions monothéistes, il n'a pas connu leur développement, mais occupe une place importante dans la civilisation européenne". Accompagnement des programmes.
Les juifs affirment qu'il y a un dieu unique, qu'il est créateur du ciel, de la terre, de l'homme, qu'il a choisi un peuple et fait alliance avec lui, une alliance gravée sur les tables de la Loi, mais aussi dans les cœurs. Dieu a révélé ses préceptes à Moïse. Transmis dans la Bible, principalement dans l'Exode et le Deutéronome, les croyances, prescriptions, conseils, lignes de vie peuvent être brièvement résumées ainsi :
- Le peuple juif doit être lumière pour les nations.
- Les juifs doivent collaborer à l'œuvre divine en tentant de parfaire la création.
- L'obéissance du peuple juif à la Torah est la condition indispensable de l'harmonie universelle.
- La vie terrestre est tournée vers le spirituel, en adéquation avec l'au-delà.
- Les juifs attendent un Messie, un souverain juste choisi par Dieu pour gouverner le peuple d'Israël et le monde.

LE CHRISTIANISME
De ce Dieu unique proclamé dans l'ancien testament, Jésus, au début de notre ère, se dit le fïls, le dernier des prophètes, envoyé par son père auprès des hommes. Il en est l'image devenue visible. Le Père et le Fils, pour les chrétiens, sont un seul dieu, unis par l'Esprit qui est amour (Trinité).
L'Evangile ou nouveau testament regroupe les textes propres au christianisme, écrits après la mort de Jésus par ses disciples :
- Charité : "tu aimeras le Seigneur ton dieu de tout ton cœur, de toute ta vie et de tout ton esprit", "Tu aimeras ton prochain comme toi-même."
- Conversion ; c'est à dire effort constant sur soi-même pour agir en conformité avec ses croyances.
- Salut : après les épreuves de l'existence terrestre, Dieu propose à chacun une vie éternelle de bonheur. Nos manquements compromettent ce salut, mais l'infinie bonté de Dieu peut tout pardonner et racheter nos défaillances (Rédemption).
Voilà l'essentiel du message de Jésus-Christ.

L'ISLAM
Mahomet, fondateur de l'islam, s'est revendiqué comme "le sceau des prophètes" venu "sceller" la révélation de la Torah et des Evangiles, "falsifiés par Moïse et Jésus".
Pour les musulmans, l'ultime parole de Dieu à tous les hommes est directement descendue en langue arabe sur un simple mortel, Mahomet, par l'intermédiaire de l'ange Gabriel. Le Coran qui rassemble les messages d'Allah est considéré comme la parole unique donnée à un homme unique. Dieu, pour les musulmans est "inconnaissable", impénétrable, mais il entretient une relation personnelle.
Le musulman se soumet à Dieu, se remet confiant entre ses mains, apprend à le connaître par l'adoration. Il sera jugé sur ses actes, dont il est le seul responsable. L'islam affirme qu'il y aura résurrection de tous les hommes devant Dieu à la fin des temps.

* Peut-on comparer les trois monothéismes ?
OUI, mais en faisant attention à plusieurs points :
- Respecter les spécificités de chaque religion.
- Comparer ce qui est comparable, sans anachronismes.
- Eviter les simplifications, toujours réductrices ou le syncrétisme.

J'ajouterai que l'objectif de cet exercice final est de susciter la recherche des élèves et non de faire une analyse théologique approfondie. Ils seront sûrement capables de reconnaître que judaïsme, christianisme et islam sont toutes trois des religions révélées, qu'elles prônent la fidélité à une parole, qu'elles ont mis en place une liturgie, des lieux de culte, qu'elles proposent une morale, même si celle-ci est plus ou moins directive selon les religions.

En dehors de ces similitudes, les différences sont notoires. Il sera bien précisé aux élèves, que, même si ces trois religions sont souvent associées dans une appellation commune : "religions du livre", le rapport aux textes n'est pas le même, la référence fondamentale non plus puisque pour les musulmans, c'est le Coran, pour les juifs, c'est la Torah alors que pour les chrétiens, c'est le Christ.

D'autre part, dans la perspective biblique, l'alliance entre Dieu et les hommes passe d'une relation de maître à serviteur, à une relation d'amour. Perspective étrangère à la vision musulmane qui conçoit les relations entre Dieu et les hommes comme un pacte conclu entre deux partenaires, dont l'un est suzerain et l'autre vassal.
Les chrétiens croient en un dieu unique mais trinitaire ; ils reçoivent des sacrements ; font partie d'une Eglise, avec un clergé hiérarchisé. Ces données les distinguent des juifs et des musulmans.

Chacune des religions n'accorde pas non plus la même fonction aux lieux de culte, aux rassemblements des fidèles, n'interrogent pas les textes fondateurs de la même façon, cherchent à convertir (christianisme et islam) ou ne le cherche pas (judaïsme).

Ces quelques points montreront aux élèves, que, tant du point de vue théologique que du point de vue rituel, les trois monothéismes se différencient ; néanmoins cette dimension d'altérité ne pousse pas fondamentalement à l'affrontement entre elles.

A lire aussi sur Enseignement et Religions :
- Quelle est l'évolution des trois monothéismes depuis 1850 ?

Brigitte Macabrey
Professeur de lettres et histoire
Créé le 22/11/2011
Modifié le 27/09/2012