7 étapes pour une démarche qui associe corps et fait religieux
Comment articuler outils et démarches pour envisager la prise en compte du corps dans l'enseignement du fait religieux.
Ces sept étapes s'inscrivent dans un processus qui consiste à envisager l'enseignement du fait religieux comme une entreprise suffisamment sérieuse pour ne pas l'instrumentaliser, la déshumaniser et la décorporaliser. Prendre le temps de s'interroger sur les actes contenus dans cet enseignement, c'est l'occasion de rappeler que l'acte d'enseigner est une activité humaine qui s'adresse à des personnes en développement, tant dans leurs existences, corporelles, psychologiques que culturelles. De l'exigence, de la cohérence, de la pertinence, de l'expertise et de l'espérance sont donc des préalables nécessaires à toute démarche qui souhaite s'intéresser aux faits religieux qui émergent d'un vécu humain dont le creuset possède une double contenance : celle d'une culture et celle d'un corps.


Première Etape :
Ce qui différencie une démarche d'un outil

Chaque formateur, éducateur, instructeur et enseignant est amené à associer dans ses pratiques professionnelles des connaissances, des techniques et des théories. Or celles-ci, sont rarement suffisantes pour donner à une pratique professionnelle une efficience consistante. "Autre Chose" est convoquée sur la scène d'une pratique professionnelle. Cette "Autre Chose", c'est peut-être ce qui différencie la démarche d'un outil, l'efficacité d'une efficience, l'acte d'une action. Quelques éléments sont proposés ici pour préciser ces différences. Elles ne prétendent pas représenter la totalité des différences. A chaque formateur, éducateur, instructeur et enseignant de repérer les différences essentielles qui relient au sein d'une pratique professionnelle une démarche et des outils…

Tableau 1 : De quelques différences entre démarche et outil.

Synthèse : Dans la mesure où le CORPS a une parole à faire entendre dans l'enseignement du fait religieux, l'articulation entre des outils et une démarche est à rechercher pour éviter d'instrumentaliser d'une part un acte d'enseignement et d'autre part le CORPS, objet de controverses et sujet complexe.


Deuxième Etape :
Définir et contextualiser les thèmes qui convoquent sur la même scène
Le CORPS et les FAITS RELIGIEUX

L'enseignement du fait religieux dans le contexte scolaire mobilise des discours et des pratiques, des théories et des idéologies qui nécessitent d'être définis au sein d'une communauté humaine. Un a priori n'a pas de place s'il empêche la créativité humaine de se révéler. Un a priori a toute sa place s'il permet à la créativité humaine de s'inscrire dans un cadre culturel reconnu et identifié.


Troisième  Etape :
Structurer une séance en trois temps

 
Un enseignement du fait religieux qui s'intéresse à la vie scolaire s'inscrit dans une temporalité adaptée aux contingences scolaires (le rythme d'enseignement doit-il respecter le temps d'une année scolaire ou d'un trimestre scolaire ? Le rythme d'enseignement doit-il être massé ou distribué ?). Il s'inscrit également dans une temporalité qui tient compte des caractéristiques culturelles, physiologiques et psychologiques des personnes à qui s'adresse l'enseignement (Une séquence d'enseignement doit-elle durer 20', 45', 90', 180', ... ?).
Quoiqu'il en soit, chaque séquence d'enseignement est en soi une aventure qui a besoin de cadres pour se vivre. Trois cadres temporels semblent banalement essentiels pour structurer ce qui advient au sein d'une aventure.

1. Le temps d'échauffement : un engagement corporel, une implication personnelle, une reconnaissance culturelle.
L'enseignement du fait religieux qui s'intéresse à la place du CORPS dans la VIE SCOLAIRE suppose un temps au cours duquel chaque personne concernée va s'autoriser à s'ouvrir à ce qui fonde son intériorité et ce qui structure l'intériorité de sa culture d'appartenance. Cette ouverture nécessite une ambiance, une confiance et un cadre où le corps va aussi s'autoriser à devenir un trait d'union entre des images mentales singulières et des symboles sociaux significativement partagés. Un temps "d'échauffement" est nécessaire pour qu'une personne focalise son attention sur ce trait d'union. Cette personne, c'est celui qui reçoit l'enseignement. Cette personne c'est aussi celle qui la dispense.

2. Le corps de la séance : un instant où se révèle une Parole à l'insu de la personne.
Chaque personne concernée par un enseignement du fait religieux qui s'intéresse à la place du CORPS dans la VIE SCOLAIRE, qu'elle soit formatrice ou éducatrice, formée ou éduquée se doit de s'engager dans un processus où des connaissances théoriques ne peuvent se révéler qu'au contact d'impressions qui prendront la forme d'expressions et d'implications qui se métamorphoseront en explications. Dans le corps d'une séance, l'imprévu et l'incertitude sont au rendez-vous d'une Parole qui se révèle

3. Le retour au calme : une distanciation corporelle, une explication personnelle, une reconnaissance culturelle.
Entre la fin d'une séance et le passage vers une autre activité scolaire ou extra-scolaire, un temps de re-création et de ré-appropriation de ce qui c'est vécu lors de la séance n'est jamais de trop. Ce temps de retour au calme authentifie un vécu sans que celui-ci reste pensé. Une trace lisible, audible, visible et sensible est à penser. C'est cette trace lisible, audible, visible et sensible qui donne de l'assise à une Personne reconnue dans ses dimensions corporelles et culturelles.  Donner Sens à la Vie suppose aussi de donner Vie à un Sens.


Quatrième  Etape :
Articuler 7 regards différents
pour appréhender le fait religieux comme une polyphonie du sensible et du raisonnable

L'hypothèse qui consiste à concevoir le vécu corporel comme une porte d'accès vers le fait religieux suppose une vision élargie de ce qui se trouve au-delà de cette porte d'accès. Pour accompagner cette vision élargie, sept regards méritent constamment d'être convoqués. C'est la présence conjointe de ces sept regards qui permet au vécu corporel d'accéder à une profondeur existentielle où l'histoire d'un individu est reliée est toujours relié à l'HISTOIRE d'un plus grand que Soi. Des mémoires, des histoires et des mythes favorisent cette relation entre ce qui fonde un fait vécu et ce qui fonde un fait religieux

Tableau n° 2 : 7 regards pour "VOIR" le fait religieux

Cinquième  Etape :
Les textes officiels de l'Education Nationale,
Une autorité qui autorise l'enseignement du fait religieux

L'inscription du fait religieux dans une démarche d'enseignement s'inscrit dans un contexte institutionnel précis qui organise les agissements de ses acteurs à partir de directives minimales. La connaissance de celles-ci est nécessaire afin de ne pas se trouver hors d'un cadre réglementaire qui mettrait l'enseignement du fait religieux hors la loi. La connaissance de ces directives est également utile afin de ne pas se retrancher vers une autorité hypothétique qui légitimerait un refus de s'autoriser à inscrire le fait religieux dans une démarche d'enseignement.
Faire autorité et s'autoriser sont deux dimensions proches qui ne peuvent être absentes d'une motivation à enseigner le fait religieux au sein du contexte scolaire.


Sixième  Etape :
Entre transmission, médiation et accompagnement,
L'enseignement du fait religieux va-t-il au-delà de l'acte d'enseigner ?

L'inscription du fait religieux dans une démarche d'enseignement est un merveilleux prétexte pour interroger des pratiques professionnelles qui s'intéressent à l'éducation des jeunes générations.
Entre transmission, médiation et accompagnement, que deviennent les processus mis en jeu dans l'acte d'éduquer, de former, d'instruire et d'enseigner ? Au-delà de l'enseignement du fait religieux, cette question permet aux différents acteurs qui composent une communauté éducative de re-donner du Sens à leurs Vies professionnelles.
La façon dont est enseigné le fait religieux dans le contexte scolaire permet à des discours et des pratiques de mettre en résonances l'implicite d'une organisation sociale avec ce qu'elle explicite de ses missions.


Septième  Etape :
Lorsque la reconnaissance du fait religieux
favorise l'émergence de l'Universel

La septième étape marque à la fois un aboutissement et un nouveau départ. En effet, l'inscription du corps dans le fait religieux relève d'une aventure humaine où un chemin se construit pas à pas. L'aboutissement de ce chemin n'est jamais connu à l'avance. Il n'est donc pas aisé de connaître l'issue d'une trajectoire, d'un cheminement, d'une démarche.
L'apocalypse est le vecteur de cette septième étape. Elle est aussi le moment où se révèle l'Universel. Allez-y voir vous-même, si vous ne voulez pas me croire !

Gilles Lecoq
Enseignant-chercheur
Ileps
 
Créé le 22/11/2011
Modifié le 21/11/2012