Les visages de Jésus (2ème partie)
Après avoir découvert les visages de Jésus au travers des quatre évangélistes, voici le Jésus des Actes des apôtres et chez Paul.
Sources : Sklerijenn, n° 42, mai 2007

Dans notre précédent numéro, nous avons découvert les visages du Christ tels que les quatre évangélistes nous les ont présentés dans leurs récits. Ils ont été les témoins de la vie publique de Jésus.
Ce que les Actes des apôtres nous relatent, et encore plus ce que Paul écrit dans ses lettres, ne se situe plus dans ce temps d’une présence physique du Christ.
Le Christ ressuscité n’est plus là physiquement. L’Eglise, au lendemain de la Pentecôte, vit ses premiers pas. Et même si les Actes des apôtres sont un récit de Luc, il n’empêche que l’auteur nous raconte la vie de cette communauté naissante. Le souvenir du visage de Jésus est présent pour les apôtres, mais ils vivent dans un nouveau type de relations avec lui : c’est la communauté des chrétiens qui le rend présent.

Le Jésus des Actes
Trois textes peuvent nous aider à dégager les grandes lignes du visage de Jésus dans le récit de Luc :
- La Pentecôte et le discours de Pierre (chapitre 2),
- La guérison de l’infirme à la Belle Porte du Temple de Jérusalem (chapitre 3),
- La rencontre de Pierre et du centurion Corneille (chapitre 10).

En ce jour de la Pentecôte, devant cette foule rassemblée et venant de tous horizons, Pierre prend la parole pour déclarer sans ambages : "Dieu l’a fait et Seigneur et Christ, ce Jésus que vous avez crucifié" (Actes 2, 14).

Ce sont donc ces deux noms de Christ et de Seigneur que Pierre utilise pour dire qui est ce Jésus cloué sur une croix au sommet du Golgotha quelques jours plus tôt. Le nom de Christ ou Messie renvoie à celui qui a reçu l’onction royale, celui sur qui repose l’esprit de Dieu. Et en le désignant comme Seigneur, Pierre indique clairement que ce Messie participe à la nature divine. Il a reçu pleinement le don de l’Esprit Saint et le pouvoir de le répandre à son tour.

Dans le texte nous relatant la guérison de l’infirme (Actes 3, 1-11), ce visage de Jésus Christ et Seigneur va se compléter.
Jésus est le Serviteur : référence explicite au serviteur souffrant d’Isaïe,
Jésus est le Saint : là encore nous sommes renvoyés au prophète Isaïe. Ce messie est bien celui annoncé par les prophètes. Oui, mais comment le reconnaître en ce Juste assassiné, autre nom que Pierre donne à Jésus.
Jésus est aussi le prince de la Vie, à la tête de ceux qui vont renaître après lui.
C’est enfin le Nom : nous retrouvons là encore une allusion au nom divin qu’on ne peut prononcer (Moïse au buisson ardent). Ce dernier aspect sera d’ailleurs développé par Pierre dans son discours devant le Sanhédrin (Actes 4, 9-12).

A l’Ascension, Jésus disparaît aux yeux de ses disciples. A la Pentecôte, ils ont reçu son Esprit. Désormais c’est cette communauté qui devient le visage de Jésus. Et quand Saül, le futur Paul, participe à la mort d’Etienne et est terrassé sur la route de Damas alors qu’il poursuivait les adeptes de la voie, il entend le Seigneur lui dire "Je suis Jésus, c’est moi que tu persécutes". En s’attaquant aux chrétiens, c’est au Christ lui-même que Saül s’attaque.

Un dernier texte est important dans le récit de Luc, celui de la rencontre entre Pierre et Corneille, l’officier romain (Actes 10, 1-11, 18). Une phrase se détache de ce récit : "Jésus est le b>Seigneur de tous les hommes". Dieu ne fait pas de différence entre les hommes : il accorde son salut à tous ceux qui croient en lui. Le livre des Actes qui relate ensuite les grands voyages apostoliques de Paul est le vivant témoignage de cette parole annoncée à tous les hommes. Pierre, en s’adressant à Corneille, est le premier à présenter le portrait du Seigneur à des païens, Paul va ensuite prendre le relais.

Le Jésus de Paul
Paul n’a pas connu Jésus de Nazareth. Il ne faisait pas partie de ces "hommes qui ont accompagné les apôtres durant tout le temps où le Seigneur Jésus a marché à leur tête". Nous l’avons vu : c’est le persécuteur de tous ceux qui suivent ce Seigneur Jésus. Et tout change avec cette rencontre sur le chemin de Damas.
Ce que nous laisse Paul, ce sont ses lettres aux diverses églises : Rome, Corinthe, Thessalonique, etc. Et ce qui est intéressant, c’est de retrouver à travers ces lettres comment il parle de Jésus. Il fait mention de Jésus 142 fois dans ces lettres, en accompagnant son nom du titre de Christ ou de Seigneur ou même des deux à la fois.

Ce qu’il dit de Jésus ? C’est bien un homme comme les autres ("né d’une femme et assujetti à la Loi") et un Juif avec un ancêtre illustre ("issu selon la chair de la lignée de David"). Mais il n’en dit pas plus de ses faits et gestes. Par contre, il fait plusieurs fois référence à sa façon d’être et de se comporter en mentionnant ses sentiments : douceur, humilité, amour, paix… Pas de citations non plus si ce n’est les paroles du dernier repas : "Ceci est mon corps qui est pour vous, faites cela en mémoire de moi. Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, faites cela, toutes les fois que vous en boirez en mémoire de moi" (1 Cor 11, 23-25). On voit donc qu’il ne cherche pas à raconter la vie terrestre de Jésus. Ce qui l’intéresse c’est ce Seigneur ressuscité qui l’a foudroyé sur le chemin de Damas.

Pour Paul, c’est le Messie crucifié. Dire cela devant les juifs c’est provoquer un scandale, le dire aux païens c’est être pris pour un fou. Et pourtant Paul persiste et signe : Jésus est bien ce Messie attendu et qui est venu sauver son peuple en mourant cloué sur le bois d’une croix.

C’est aussi le Serviteur de Dieu. Paul connaît bien les écritures, et l’image du serviteur souffrant d’Isaïe (52-53) s’impose à son esprit et, en un hymne merveilleux écrit aux Philippiens (chapitre 2 de cette lettre), il célèbre l’amour fou de ce Seigneur.
L’autre aspect souligné par Paul porte sur la résurrection de Jésus : il va faire appel à de multiples formules pour exprimer cet événement hors du commun. "Il est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures ; il est apparu à Céphas, puis aux Douze, puis à beaucoup d’autres… ; il est désormais à la droite de Dieu…"
Enfin il fait appel à l’expression "Seigneur Jésus", expression qui est une confession de foi, porte du salut : "Si de ta bouche tu confesses que Jésus est Seigneur, et si dans ton cœur que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé." (Romains 10, 9).
La clé du mystère de Jésus, c’est l’amour. Paul en est convaincu et, en écrivant son hymne à la charité de la première épître aux Corinthiens (chapitre 13), il nous trace le portrait de Jésus lui-même.
En définitive, Paul ne raconte pas Jésus de Nazareth. Il ne parle que du Christ ressuscité qui l’a saisi sur le chemin de Damas. Il en parle comme d’un vivant qu’il connaît de la meilleure connaissance qui soit, celle de l’amour.

Pour aller plus loin avec nos élèves…
Et si on s’arrêtait sur les noms de Jésus…
Nous venons de le voir dans cette analyse rapide des visages de Jésus tant dans les quatre évangiles que dans les Actes ou chez Paul, les noms donnés à Jésus ne manquent pas. Chacun dit quelque chose de lui. Avec les enfants, il peut être intéressant d’aller à la découverte de ces noms.

Première étape : se donner un temps pour que chacun apporte ce qu’il connaît à partir de son expérience. Il y a d’abord le nom de Jésus connu de tous, mais aussi sans doute Christ ou encore Emmanuel, Agneau de Dieu… Tout va dépendre de ce que chaque enfant vit dans ce domaine…
Seconde étape : à partir d’une fiche sur laquelle on a repris quelques textes des Evangiles, inviter les élèves à relever les noms donnés à Jésus.
Troisième étape : un temps de partage des découvertes avec un apport pour mieux faire comprendre le sens de ces noms (il importe que l’animateur reste très simple dans ce qu’il fournit comme élément).
Quatrième étape : et si chacun tentait soit d’illustrer l’un de ces noms par un dessin soit d’écrire une ou deux phrases en guise de prière.

Pour situer les noms de Jésus
- Jésus : c’est l’ange qui indique à Joseph et Marie comment appeler l’enfant qui va naître et à l’époque c’est un prénom très répandu en Israël. Il signifie "Dieu sauve". Faire le lien avec le choix des prénoms bretons dans notre région !
- Fils de David : par cette appellation, Jésus s’inscrit dans une famille humaine, celle de son père légal : Joseph. Il est aisé de faire le lien avec les prénoms choisis pour les enfants également lorsqu’il s’agit du prénom d’un ancêtre ; si ce n’est par le premier prénom, souvent on ajoute un autre prénom qui est celui du grand-père ou de la grand-mère…
- Christ ou Messie : c’est celui qui a reçu l’onction, qui a été choisi, celui sur qui repose l’esprit de Dieu.
- Fils de Dieu : ici il faut faire référence à l’Ancien Testament : c’est le titre donné au roi au moment de l’onction royale.
- Le Seigneur : c’est une appellation souvent entendue. C’est après la résurrection que ce titre a été donné par les chrétiens. C’est une traduction du tétragramme imprononçable "YHWH" (Yahvé).
- Roi des Juifs : on peut faire le lien avec l’inscription que les élèves ont peut-être vue sur une croix : "Jésus le Nazaréen, le roi des juifs" (INRI). Ce titre donné à Jésus au moment de sa passion porte une connotation politique.
- Emmanuel : un prénom qui se traduit «Dieu avec nous».
- Agneau de Dieu : c’est un nom issu de la tradition biblique. On y retrouve l’idée de l’agneau en tête du troupeau, mais aussi l’idée de l’agneau sacrifié sur l’autel (voir Abraham), de l’agneau immolé pour les fêtes de Pâques.
- D’autre noms, plus faciles à comprendre, peuvent être proposés par les enfants : sauveur du monde, lumière du monde, le bon berger ou le bon pasteur…

Textes de l’Evangile qui peuvent servir à Elaborer la fiche de recherche
"Voici que la jeune fille est enceinte et va enfanter un fils qu’elle appellera Emmanuel, un nom qui se traduit «Dieu avec nous" (Matthieu 1, 23)

Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix : il portait cette inscription : "Jésus le Nazaréen, le roi des Juifs". (Jean 19, 19)

Un ange apparut en songe à Joseph et lui dit : "Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint, et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés." (Matthieu 1, 20-21)

Jésus annonce sa passion à ses disciples. Il commença à leur enseigner qu’il fallait que "le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit mis à mort et que trois jours après il ressuscite.» (Marc 8, 31)

Au cours du dernier repas, il dit à ses disciples : "Vous m’appelez Maître et Seigneur et vous dites bien car je le suis…" (Jean 13, 13)

Jésus interroge ses disciples : "Au dire des hommes, qui est le Fils de l’homme ?" … Simon-Pierre répondit : "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant." (Matthieu 16, 13…16)

«Je suis le bon berger : le bon berger donne sa vie pour ses brebis» (Jean 10, 11)

A lire aussi sur Enseignement et Religions :
- Les visages de Jésus (1ère partie)


Yvon Garel
Secrétaire Général
DDEC Côtes d'Armor
Créé le 22/11/2011
Modifié le 21/11/2012