Les visages de Jésus (1ère partie)
Le visage de Jésus selon les quatre Evangiles.

Une représentation de Jésus
Sources : Sklerijenn, n° 41, janvier 2007

Lorsque nous lisons les Evangiles, nous savons bien que nous sommes devant quatre approches différentes de Jésus et que chacun des évangélistes nous offrent ainsi un visage différent du Messie, Christ Sauveur

Et pourquoi cela ? D’abord parce que chacun d’entre eux a du s’adapter à l’auditoire auquel il s’adressait et qu’en plus chacun l’a fait avec sa culture, ce qu’il était et ce qui le faisait lui-même. Mais c’est là toute la richesse de la découverte que nous pouvons faire du Christ et de son message. Nous sommes comme devant une galerie de portraits : c’est le même personnage mais sous des angles différents. C’est la contemplation de ces différents portraits qui fait toute la richesse du Christ des Evangiles.

Il est important d’en tenir compte dans notre approche des évangiles et dans ce que nous proposons à nos élèves. Il nous faut goûter la saveur particulière de chaque évangile. Chacun a sa propre opinion sur Jésus et chacun d’entre eux en parle à sa manière, mettant plus particulièrement en valeur une des facettes du mystère de Jésus-Christ.

LE JESUS DE MATTHIEU
Jésus est le maître qui enseigne et qui forme ses disciples ; il guérit et annonce le Règne des cieux. Jésus est le nouveau Moïse. Il est le Messie annoncé par les prophètes.

Le lien avec l’Ancien Testament est clairement montré par Matthieu qui fait de Jésus le nouveau Moïse. Son Evangile est truffé de citations de l’Ancien Testament introduites par des formules du type : " Il est écrit… ", " Il a été dit… ".

L’évangile de Matthieu s’inscrit entre deux affirmations : celle du premier chapitre où Matthieu cite Isaïe "La Vierge enfantera un Fils, Emmanuel, Dieu avec nous" et celle du dernier où Jésus ressuscité dit : " Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ". Dieu est avec nous, en la personne de Jésus.

Il est le maître qui enseigne : c’est par un discours qu’il lance son activité avec ses disciples en faisant clairement apparaître qu’il vient accomplir la Loi. Et une charte inédite lance ce discours : les Béatitudes, chantre du Royaume des Cieux.
Mais Jésus ne se contente pas de parler : il guérit associant même les Douze à son pouvoir de guérison. Parole et action ne vont pas l’un sans l’autre.
Le Royaume des Cieux, thème central de son annonce et ses paraboles nous fournissent des comparaisons très parlantes : le bon grain, le levain, la graine de moutarde. Les disciples sont invités à devenir comme des enfants pour entrer dans ce Royaume de Cieux. Il s’agit bien du Royaume des Cieux et non de Dieu : les premiers lecteurs de Matthieu sont des chrétiens d’origine juive qui répugnent à prononcer le nom de  Dieu.

Quant à la relation avec ses disciples, elle est très privilégiée par Matthieu. Quand il se met à enseigner, les disciples s’approchent de lui ; ils sont certes " des hommes de peu de foi " mais Matthieu n’insiste pas sur leur incompréhension des choses. Il les forme pour transmettre la Bonne Nouvelle en leur promettant de rester avec eux.

LE JESUS DE MARC
C’est un Jésus déroutant et mystérieux. Nous sommes ici au cœur de ce qu’on appelle le " secret messianique " : Jésus est Christ, Fils bien-aimé de Dieu (c’est la proclamation de Dieu le Père au baptême de Jésus au bord du Jourdain) et Jésus s’évertue à cacher cette identité. Alors que faut-il en penser ?

Les Juifs attendaient un messie mais pas celui qui leur est présenté à travers ce Jésus, fils du charpentier, issu de Nazareth (" Que peut-il sortir de bon de Nazareth ? "), pas ce messie qui établira le Royaume de Dieu par la souffrance et par la mort. Non, ils attendaient un Messie glorieux, triomphant. Alors pour ne pas entraîner les foules sur une fausse piste, il faut attendre sa mort et sa résurrection pour comprendre le titre de Messie. C’est l’officier romain qui s’exclame devant ce Christ mort sur la croix : " Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! "

C’est d’ailleurs cette révélation de Jésus comme Messie souffrant qui va faire monter petit à petit l’opposition des chefs juifs contre lui. Ils ne peuvent se reconnaître dans ce Messie. L’officier qui révélera sa vraie nature est d’ailleurs un païen.

Et la relation de Jésus avec ses disciples ? Pendant tout le récit, il est entouré de ses disciples, sauf en deux circonstances : lorsqu’il les envoie en mission (chapitre 6) et lors de son arrestation (chapitre 14) ; c’est seul qu’il s’enfonce dans sa passion. Autour de Jésus, il y a aussi la foule, qu’il aime même si elle ne comprend pas toujours. Et puis il y les adversaires et les chefs juifs. Dans les six premiers chapitres, ces groupes se mettent en place avant de vivre les affrontements du chapitre 11 au chapitre 16.

Marc apporte une dernière touche dans sa finale au portrait de Jésus et de ses disciples. Jésus est ressuscité, les femmes bouleversées sont invitées à se mettre en route vers la Galilée des païens : avec la résurrection, tout n’est pas achevé, tout commence.

LE JESUS DE LUC
C’est le visiteur et le sauveur : envoyé par le Père, Jésus vient visiter son peuple et inaugurer les temps nouveaux ; il est le Seigneur qui sauve. On appelle d’ailleurs l’évangile de Luc l’évangile de la miséricorde.

Nous assistons à une longue marche vers Jérusalem : le roi visite son Royaume inaugurant des temps nouveaux. Et ce Jésus qui est-il ? C’est le roi qui s’arrête aux portes de la ville pour écouter les doléances de ses sujets et leur rendre justice. Comme le fait l’aveugle de la porte de Jéricho, Luc nous transmet les premiers noms donnés à Jésus : Jésus le Nazôréeen… mais aussi le Fils de David, le Seigneur.
Jésus est celui qui brise les tabous en se faisant l’ami des pêcheurs, en intégrant des femmes dans son groupe de disciples.
Le salut est une nouvelle façon de vivre au contact de Jésus. Dieu rejoint les hommes ; par Jésus, Dieu visite et rassemble son peuple.

Le portrait de Jésus par Luc est plein de grâce et de beauté. La qualité de son enseignement et de son comportement séduisent : il marche en faisant le bien, il guérit, il calme, il apaise, réconcilie. Il annonce la paix, il apprend à chacun le pardon. Et ce salut rejoint les êtres humains dans le concret de leur vie, aujourd’hui.

LE JESUS DE JEAN
Nous sommes confrontés à un évangile dont le vocabulaire, la progression de la pensée peut nous dérouter. Le mot qui peut caractériser l’évangile de Jean : l’incarnation : " Le verbe s’est fait chair, il a habité parmi nous… "
Et page après page, Jean va nous montrer comment le Fils de Dieu est venu habiter parmi nous.

Il est Parole de Dieu, qui existe en Dieu avant le commencement du monde. Sa venue est aussi importante que la création du monde et elle nous invite à recréer le monde.
Il est maître du désir : " Qui cherchez-vous ? " Il sait débusquer le désir de ceux qu’il rencontre.
Pas de Jésus sans son Père : envoyé par le Père, il vit du lien qu’il entretient avec lui et ne fait rien que ce que dit le Père.
En même temps, sans témoins, Jésus est impuissant : il est présent à travers eux. En nous quittant, il nous donne l’Esprit. Il est vraiment incarné puisqu’il est présent par l’Esprit.

Alors que faire maintenant pour mieux goûter la saveur particulière de chaque évangile ?
D’abord lire l’évangile d’un bout à l’autre, en commençant par le début et en terminant par la fin ! Comme on lit n’importe quel texte littéraire. Cela donne une impression d’ensemble. Ne pas s’enfermer dans les commentaires qui nous font oublier le texte lui-même.
Reprendre ensuite la lecture en se munissant de quelques clés. Pour vous permettre de vous lancer voici par exemple ce qui peut guider la lecture de l’évangile de Luc.

Les visages de jésus (2ème partie)
  • L’évangéliste nous présente la vie de Jésus essentiellement sous la forme d’un voyage, d’une montée vers Jérusalem (Luc 9, 51). Jésus marche sans arrêt, entraînant ses disciples à sa suite. C’est la marche d’un roi précédé des ses messagers.

  • Avant même de commencer le récit, le but est fourni : " l ‘enlèvement " (9, 51). Toute la narration est baignée dans la lumière de la résurrection. Luc est un croyant qui communique sa foi.

  • La vie de Jésus est compréhensible grâce aux Ecritures, c’est-à-dire grâce à l’Ancien Testament. D’où les références constantes dans le récit.

  • Le récit porte la trace des premières communautés chrétiennes déjà en pleine activité. Ainsi la Samarie est déjà évangélisée.

  • Luc fait référence à des faits historiques : l’hostilité entre Juifs et Samaritains, l’incompréhension des disciples.

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Yvon Garel
Secrétaire Général
DDEC Côtes d'Armor
 
Créé le 22/11/2011
Modifié le 21/11/2012