Lettres seconde professionnelle : le héros, l'écrivain et les valeurs...
La littérature  a connu de nombreux exemples de censure du pouvoir, pour des raisons politiques mais aussi pour des raisons morales : ainsi, Le Barbier de Séville, Madame Bovary, ou Les Fleurs du mal furent-ils interdits en leurs temps, par le roi ou par la loi.
PARLON-EN

L’enseignement des lettres offre de multiples entrées qui peuvent ouvrir des questionnements pour la formation morale. Les romans ou les pièces de théâtre mettent en scène des personnages dont les mœurs, les aspirations, les convictions… peuvent porter à la réflexion morale.
Ainsi,dans le programme de seconde professionnelle, on doit répondre à la problématique suivante : « Les valeurs qu’incarne le personnage étudié sont-elles celles  de l’auteur, celles d’une époque ? » Les  attitudes à développer sont de « se laisser interroger par les valeurs incarnées dans un personnage » dans le champ littéraire du romantisme et du réalisme. Ce travail interroge aussi la notion de héros, dans la littérature, et dans de nombreuses autres productions culturelles. Qu’est-ce qu’un héros, au sens commun du terme ? Les antihéros sont-ils immoraux ou amoraux ?
       
ENJEUX, ÉCLAIRAGES

a) Le moral, l’immoral, l’amoral : définir pour réfléchir
 
La plongée dans la littérature d’une époque passée permet précisément de mesurer comment la relation à la morale peut évoluer au fil des sociétés. S’intéresser à l’époque réaliste ou romantique nous transporte dans une société où la morale était essentiellement en conformité à des principes. Une personne immorale a une conduite contraire aux principes de la morale. L’adjectif est, dans ce cas, synonyme de corrompu, cynique, débauché, dépravé, dévergondée, dévoyé, impur, vicieux. Ce peut être aussi ce qui est contraire à la morale ou aux bonnes mœurs. L’adjectif est alors synonyme de déréglé, dissolu, honteux, inconvenant, indécent, licencieux, malsain, obscène.
 
C’est d’ailleurs au nom de cette conception de l’immoralité que des œuvres littéraires seront condamnées. L’année 1857 est marquée par des procès intentés à la littérature : à quelques mois d’intervalle, Flaubert et Baudelaire comparaissent devant la sixième chambre du tribunal correctionnel de la Seine, sous le chef d’inculpation d’outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs. Madame Bovary  est acquitté et Les Fleurs du mal condamné, mais dans les jugements se trouvent identiquement le blâme pour excès de réalisme.
 
De nos jours, la formation morale ne peut se résumer à la conformité à des principes. Le texte d’orientation voté par la Commission permanente précise les deux champs à la formation morale : « la transmission d’une vision large du bonheur qui réponde à l’aspiration humaine à construire la paix et la fraternité sans exclusive, et la formation des jeunes au sens de la loi en leur donnant des repères indispensables au vivre ensemble ». Ainsi l’étude de textes plus anciens peut permettre, à la fois, de repérer des constantes dans les exigences sociales nécessaires pour le vivre ensemble, et les évolutions dans l’échelle des valeurs, au fil des époques.
 
b) Le héros et l’antihéros
 
Le personnage littéraire est souvent nommé le « héros », et certains, en effet, de caractérisent par des vertus manifestement héroïques. Mais le littérature et le cinéma peuvent aussi mettre en scène des héros plus ordinaires, permettant d’appréhender que le comportement moral est à portée de chacun. Ceci doit en tout état de cause permettre d’ouvrir un débat sur comportement moral est à portée de chacun. Ceci doit en tout état de cause permettre d’ouvrir un débat sur comportement moral et perfection, comportement moral et héroïsme, comportement moral et vie quotidienne…
 
L’étude des héros est une bonne entrée pour réfléchir aux valeurs véhiculées par les époques successives :
  • Achille : le demi-dieu, héros de l’Antiquité.,  et de l’Iliade d’Homère. Il est un héros de cinéma (Brad Pitt lui prête ses traits dans Troie) ;
  • Héraclès, Hercule,  a traversé les temps et les productions artistiques ;
  • Thor est une correspondance germanique d’Hercule : tous deux ont donné lieu à des réécritures sous forme de comic books ;
  • Les super-héros portent des valeurs morales, développées d’abord dans les comics, puis au cinéma dans des blockbusters ;
  • Ils ont, comme au théâtre, avec Lorenzaccio ou Cyrano de Bergerac, leur antihéros : « gros nuls » maladroits, laids, immoraux en apparence, ils révèlent des trésors de force, de courage et d’altruisme (Hancock, par exemple, super-héros alcoolique joué par Will Smith).
PISTES DE TRAVAIL, ÉTUDE D'ŒUVRES 
  • Les super-héros au cinéma : « des grands pouvoirs impliquent de grandes responsabilités », dit  l’oncle de Peter Parker, alias Spiderman, juste avant son assassinat.
  • Lorenzaccio : le portrait « j’étais pur comme un lys et pourtant je n’ai pas reculé devant cette tâche » Acte III, scène 3.
  • Balzac : avant-propos de la Comédie Humaine, portrait moral de Vautrin
  • Zola et Flaubert : l’alcoolisme, le suicide d’Emma
  • Être un héros de guerre : Joyeux Noël, de Christian Carion et les Paroles de Poilus
POUR ALLER PLUS LOIN

En ce temps de célébration de la Première Guerre mondiale :
Formation morale et sainteté :
  • La Vie, n°3587, du 29 mai au 4 juin 2014, « super héros, les nouveaux saints », p 16 à 22, où on retrouve l’image de François « Super Pape ».

Anne Martin-Brunet
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Créé le 11/03/2015
Modifié le 23/04/2015