Dossier : L'art contemporain
Le rapport de l’art moderne au religieux, qu’il soit explicite ou même implicite, nécessite une étude approfondie. Il met en jeu des notions anthropologiques et épistémologiques qui permet d’approcher l’histoire de l’art au travers de sa dimension religieuse contemporaine. Voilà quelques pistes de réflexions indispensables avant d’en aborder les concepts.
« Il apparait important de conduire une réflexion à la fois critique et analytique sur la référence au "sacré" quand il s'agit de désigner la valeur culturelle, les conditions de sa production et l'expérience que procure son partage. Sans expliciter toujours une relation qui reste très problématique, les théories de la laïcisation des sociétés modernes engendrent ou appuient un discours sur le "transfert de sacralité", notion qui recouvre en fait plusieurs aspects. On peut en retenir trois.
 
D'abord la mise en place de nouveaux dispositifs de sélection, de protection et de partage de la valeur, incarnée, le plus souvent, dans des sites, des objets, des pratiques considérés comme des biens collectifs inaliénables dans lesquels se trouve incarnés "l'esprit", les "fondements", l'"histoire" d'une collectivité particulière. Les institutions, les lois, les discours dominants et ordinaires tracent autour de ces biens, et grâce à eux, le périmètre de l'exceptionnel, tout comme les religions construisent l'espace qui détermine les relations à la transcendance.  
 
Il en découle le déploiement des modalités très particulières qui encadrent et orientent le contact avec ces nouveaux réceptacles de la valeur collective. Citons, par exemple, la monumentalité du cadre de leur présentation, la dramatisation de leur apparition, la "ritualisation" de leur approche; l'émergence de catégories de spécialistes, connaisseurs ou experts, qui se représentent comme une aristocratie de gardiens de la valeur. Et ici les métaphores du "temple" (pour désigner le musée, le théâtre...), de la "liturgie" (pour les formes du contact), des "prêtres" (pour les créateurs et les médiateurs) sont centrales et très largement partagées.

Enfin, la désignation du complexe, mal définissable, d'émotions qui saisit celui qui est admis à entrer en contact avec ces lieux et ces événements où la valeur culturelle se manifeste, emprunte massivement aux langages de la phénoménologie de l'expérience religieuse, jouant sur les transferts du langage de l'expérience mystique.

Donc le "sacré", pour conserver le terme le plus générique, est une référence très présente dès qu'il s'agit de désigner dans leur différence les réceptacles de la culture et les expériences, personnelles et collectives, que génère leur accès. Bien évidemment les discours et les pratiques qui visent à une "désacralisation" (voire au "sacrilège") au nom de la liberté absolue du créateur comme au nom du partage démocratique, non élitaire, des biens de culture, renforcent le caractère massif et non questionnable du sacré comme paradigme.
L'anthropologie et la sociologie des religions ont, aujourd'hui, pris, en général, leurs distances avec la notion de sacré en tant que telle. Ce qui n'empêche pas les acteurs culturels d'utiliser plus ou moins directement les travaux anthropologiques et sociologiques sur la religion et sur l'histoire récente de ses fonctions sociales afin d'argumenter leur conception de la différence des objets ou des actes de culture.

Devant cette situation passionnante car complexe il faut choisir une stratégie d'approche qui fasse dialoguer  des travaux qui prennent le "transfert de sacralité" comme un fait à interroger, appartenant à la modernité occidentale depuis la fin du XVIIIe siècle et d'autres qui, sur un plan plus immédiatement théorique, portent sur les conditions d'apparition, les contenus, les modalités d'usage et les effets - heuristiques ou non - de la catégorie de "sacré". L'intérêt de cette double approche réside dans la nécessaire prise de conscience que ces deux plans se révèlent pratiquement indissociables, les questions que posent les situations historiques suscitant des explications générales - comme le "transfert de sacralité" - qui sont aussitôt mises en œuvre dans le discours des acteurs et ainsi de suite.

Marcello Massenzio a proposé une réflexion sur la notion de sacré chez Lévi-Strauss. Ce choix est paradoxal voire incongru. En effet, Lévi-Strauss en s'attachant au repérage de " systèmes symboliques " à l'œuvre dans des sociétés particulières et dans la culture en général n'a-t-il pas tourné le dos à la notion de religion, entendue comme institution, et à celle de sacré compris comme univers séparé où se manifeste une transcendance. En fait, le dialogue sous-jacent entre Lévi-Strauss et l'un des principaux vulgarisateurs de la théorie du sacré, Mircea Eliade, n'a jamais cessé. De plus, la réflexion lévistraussienne sur la spécificité historique de la catégorie d'œuvre d'art utilise, à des fins problématiques, cette référence. Il affirme, par exemple, que "lorsque elles étaient situées dans l'enceinte de l'Eglise les œuvres d'art pouvaient se suffire d'être belles, maintenant qu'elles sont dans les musées elles sont devenues sacrées ". »

Extraits de la présentation d’un colloque du LAHIC (Laboratoire d'Anthropologie et d'Histoire de l'Institution de la Culture, CNRS-Ministère de la Culture).15 mai 2003.

SITES À VISITER
. L'art contemporain et le christianisme
. Bible et art contemporain
. Un peintre et l'art sacré contemporain
. L'art sacré contemporain (wikepedia)

LES MUSÉES
. Centre art sacré contemporain de Lille
. Le musée d'art sacré contemporain Saint-Hugues de Chartreuse

LES ÉGLISES
. l'Unité d'Art Sacré Contemporain en l'église Saint-Léger de Gosnay
. Les regardeurs de lumière

DOCUMENTAIRES EN VIDÉOS SUR L'ART CONTEMPORAIN
. Arcabas à Saint-Hugues de Chartreuse
. Traces du sacré
 
Créé le 15/11/2011
Modifié le 15/11/2011