Le cinéma, expression de fait religieux ?
Une présentation de Monique Foket (1) de l'Université de Louvain. Le cinéma est un objet langagier complexe qui englobe des langages différents : le verbe, l’image, le message, le son (bruitage, paroles, musique), la technique, sans oublier l’aspect économique. Ce dernier point n’est pas abordé ici bien qu’il occupe dans la réalité une place considérable. Faire droit à cet art interdisciplinaire par essence conduit loin du discours dominant qui a tendance à réduire le cinéma à une simple distraction populaire. Bien au contraire, son approche réclame une attitude similaire à n’importe quelle recherche critique et scientifique. Le plus difficile est sans doute l’initiation à l’image, qui nécessite du recul et suffisamment de temps.
“Passer un film” pendant un cours apparaît chez beaucoup d’enseignant(e)s comme une perte de temps même si les fonctions d’illustration et, éventuellement, de vulgarisation du savoir du cinéma sont reconnues par la plupart. La “bonne” utilisation du film a donc souvent consisté à lui adjoindre un discours qui oriente le regard et prend aussi en charge le “non vu”, l’“ailleurs” de l’image pour en déterminer le sens (signification). Qui n’a pas vécu de ciné-forum où l’image est “gommée” au profit d’un texte ? Par exemple le beau film de Bresson, Le journal d’un curé de campagne, est discuté de la même manière que le livre de G. Bernanos. Or, c’est l’écart entre les deux langages, et donc la spécificité du cinéma qui devrait être la matière du débat avec les conséquences qui en découlent pour la compréhension du message devenu film. En effet, l’image n’est pas un reflet de la réalité considérée. Elle fabrique un objet nouveau en nature et en signification. Dans le domaine de la religion, le cinéma occupe une position délicate : il suffit de songer aux réactions, parfois violentes par exemple de certains milieux chrétiens par rapport à des films sur Jésus. Des auteurs excluent le cinéma de l’expression de la foi car, à leurs yeux, l’image est purement utilitaire et source d’idolâtrie (2).

Cette réflexion se veut le partage d’une conviction moins comme “spécialiste” du cinéma qu’en tant que “spectatrice” assidue : le cinéma est un langage possible du vécu religieux. Tant l’enseignement des religions que celui de la théologie s’enrichiraient et se renouvelleraient s’ils apprenaient davantage à “voir des idées en images” et pas seulement en "concepts".

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Monique Foket
Professeur à Louvain
Ifer
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(1) Cette contribution est une reprise allégée, légèrement remaniée et revue, de mon article publié dans la revue Lumen Vitae, Cinéma, langage pour la foi chrétienne, vol. LV n° 4 - 2000 (pp. 385-402). Je remercie H. Derroitte , le directeur de la revue, pour l'aimable autorisation accordée.

(2) C’est la position du réformé français, J. Ellul, et d’auteurs anglophones comme M. Muggeridge, journaliste chrétien militant anglais, Neil Postman, théoricien de la communication et professeur à l’Université de New York et Stem Owens, active dans divers magazines religieux et auteure, entre autre, d’un livre sur les chrétiens et les médias. Dans son ouvrage Médias et foi chrétienne. L’image à l’épreuve de l’idolâtrie, Ottawa, Canada, Novalis, 1998, G. Marchessault s’insurge contre ces positions et démontre, qu’à certaines conditions – comme pour tout autre langage –, l’image peut servir de vecteur à la foi chrétienne. 4 Cette partie s’inspire largement de l’exposé du professeur Jacques Polet (UCL) invité comme expert.
Créé le 15/11/2011
Modifié le 04/12/2014