Autorités locales et relations interreligieuses
Jacques Palard est directeur de recherche émérite au Centre National de la Recherche Scientifique, et membre de l’Institut d’études politiques de Bordeaux. Ses travaux, conduits en France et au Canada, portent principalement sur deux domaines : les rapports entre religion et politique, et les transformations de la gouvernance territoriale.

Au cours des deux dernières décennies, il s’est opéré, et pas seulement en France, une profonde transformation de l’entrelacement de la sphère politique et de la sphère religieuse. On peut noter trois formes de cette évolution :
- une plus nette transnationalisation des confessions religieuses ;
- la place croissante qu’occupent les attributs religieux dans les identités collectives ;
- une capacité inédite tout à la fois des acteurs religieux et des acteurs politiques à développer une capacité d’écoute et de dialogue.
 
Le propos de cette présentation est double :
 
1. Dégager les deux principales conditions du dialogue interreligieux :
Passer de l’antagonisme entre systèmes de croyances à la quête d’une égale dignité, comme y invitent, entre autres :
- le rapport mondial de l’UNESCO de 2010 : Investir dans la diversité culturelle et le dialogue interculturel ;
- la déclaration Nostra oetate (1965) du Concile Vatican II sur le dialogue interreligieux, singulièrement avec les juifs et les musulmans.
Collaborer entre confessions religieuses différentes sur la base de valeurs communes : en particulier la paix, la lutte contre la pauvreté, le respect des droits fondamentaux, l’affirmation du droit des religions à exister dans l’espace public…
 
2. L’émergence de nouveaux enjeux sociopolitiques :
L’observateur est frappé par l’importance inédite accordée désormais par un nombre croissant de représentants de la puissance publique locale aux enjeux religieux et aux formes de « ré enchantement du monde ».
Du colloque de Poissy (1561) aux Conférences interreligieuses et citoyennes de Bordeaux (2010-2014)… : les dynamiques d’arrangements.
 
Réuni en 1561 à l’instigation de Catherine de Médicis et de Michel de l’Hospital, le colloque de Poissy a pour but de rapprocher les points de vus catholique et protestant afin de rétablir l’unité religieuse du royaume. Selon Michel de l’Hospital, « il faut rétablir l’ordre et l’unité par la douceur ; pour le royaume, la paix est plus importante que le dogme ».
 
 
 
L’absence d’accord entraîne un long cycle de guerres de religion, marquées entre autres par la Saint-Barthélemy, 11 ans plus tard. Ce cycle sera clos durablement mais non définitivement en 1598 par Henri IV et son Édit de Nantes.
 
Changement total de décor… : changement aussi de politique ? La photo suivante présente les acteurs bordelais du dialogue interreligieux lors de la Conférence interreligieuse et citoyenne qui s’est tenue le 21 janvier 2014 à l’Athénée municipal, dans la salle Joseph-Wrezinski, où se tient la présente session de FORMIRIS. Comment regarder et interpréter cette photo, prise avant le débat, qui a pour thème : « La laïcité aujourd’hui : regard des religions » ? La mise en scène se distingue fondamentalement du tableau du Colloque de Poissy sur au moins trois plans points : la présence du public, témoin du débat ; une bien plus grande diversité du paysage religieux ; enfin, l’absence de tension ou d’opposition.
 

Mais les deux représentations, à trois siècles et demi d’intervalle, présentent aussi des points communs. Le premier magistrat de la Ville, Alain Juppé, occupe une position manifestement centrale, qui remplit une fonction légitimatrice sinon fondatrice, et qui va sans doute au-delà d’un simple rôle de « facilitateur » ; il occupe une position pivot de la rencontre.
Le développement du dialogue interreligieux au niveau local
L’attention prêtée par les autorités locales à l’établissement de relations avec les confessions religieuses tient à des raisons qui ont à voir avec les conditions de construction du lien social, les modalités de la régulation politique via la gestion de la diversité et les formes adoptées par une pratique délibérément pragmatique. Quatre cas, parmi d’autres, illustrent clairement cette orientation : Marseille-Espérance, Roubaix-Espérance, le Centre civique d’étude du fait religieux de Montreuil et Concorde et Solidarité à Lyon.
 
En 1955, André Malraux a écrit dans un journal suédois : « Je pense que la tâche du prochain siècle [le nôtre…], en face de la plus terrible menace qu’ait connue l’humanité, va être d’y réintégrer les dieux »…

 
Jacques PALARD
Directeur de recherche émérite
Institut d’études politiques de Bordeaux

Conférence du 2 avril 2014
Session nationale de l'Enseignement catholique à Bordeaux
Empreintes du religieux dans l'espace public.
 
Créé le 27/08/2014
Modifié le 09/09/2014