De la structuration chrétienne de l'espace d'hier à la présence du Religieux dans l'Espace sécularisé d'aujourd'hui
Nicolas Champ, maître de conférence à l’Université Bordeaux III, recherche les empreintes du religieux dans l’espace public en France du XIXème siècle jusque dans les années 1950 où Il observe plus une sécularisation qu’une "déchristianisation".

Basilique
de Saint Laurent-sur-Sèvre

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Dans la France contemporaine, la structuration chrétienne n’est pas exclusivement catholique ; les Églises issues de la Réforme peuvent aussi jouer un rôle. Au XIXe siècle, l’intervention de la force publique dans le domaine religieux est encore une règle. C’est ce que rappelle le premier article de la convention passée entre le gouvernement français et le Saint-Siège reprise dans la loi de germinal an X (8 avril 1802). Il précise que « la religion catholique, apostolique et romaine sera librement exercée en France, son culte sera public en se conformant aux règlements de police que le gouvernement jugera nécessaire pour la tranquillité publique ». De surcroît, cette loi réorganise les cultes catholiques et protestants en imposant un contrôle policier de l’exercice du culte. Il y a des contreparties avantageuses : jusqu’en 1905, le financement du culte peut être assuré par l’État et par les collectivités territoriales. Cette configuration n’exclut pas la possibilité d’un changement en profondeur, la sécularisation, qui se traduit par une différenciation progressive des espaces profanes et religieux, par le retrait du fait religieux de l’espace public. Ce dernier peut se définir comme un espace partagé, accessible et visible par tous, clercs et laïcs, fidèles et incroyants.
Les espaces qui nous intéresseront seront d’une part les espaces territoriaux des Églises dans leur matérialisation, leur délimitation par des murs, des lieux et des frontières et d’autre part, la part du religieux dans des espaces sur lesquels peuvent s’exercer une autorité autre que celle de l’institution ecclésiastique. Des écoles aux cimetières en passant par la rue, les différentes facettes de l’espace communautaire doivent être envisagées de cette manière, dans le cadre d’une temporalité longue, celle du XIXe siècle et du premier XXe siècle.
 
Églises et croyants : les équilibres humains
Dans le cadre français, jusqu’au XVIe siècle, seul le catholicisme structure l’espace public ; les communautés villageoises, encore à l’époque moderne, se rassemblent autour d’un lieu unique, l’église et le cimetière qui l’entoure. Fruit d’une très ancienne christianisation, la France est la « fille aînée de l’Église ». Après l’introduction de la Réforme au XVIe siècle, les effectifs protestants ont été considérablement réduits par les effets de la politique royale et par la réussite de la Contre-Réforme. À partir de 1685, la clandestinité dans laquelle entrent les Églises réformées est aussi un facteur expliquant la réduction des effectifs protestants. Ceux-ci se retrouvent principalement dans les Cévennes et de part et d’autre du Rhône ; dans la France de l’Ouest, le Poitou domine démographiquement. La présence protestante en Alsace est plus singulière car majoritairement luthérienne. Quant aux communautés israélites, leur présence est extrêmement minoritaire.
Un autre élément explique l’inégale structuration chrétienne du paysage communautaire : la profondeur de la foi. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’abbé Fernand Boulard différenciait ainsi les pays chrétiens ou de pratique majoritaire, les pays indifférents à traditions chrétiennes ou de pratique minoritaire et enfin les pays de mission ou à minorité détachée du catholicisme. Dans le sud-ouest, se retrouvent les deux cas extrêmes : Basses-Pyrénées et Chalosse landaise incarnent le premier pôle tandis que le Nontronnais (Dordogne) ou la région de Saint-Jean-d’Angély (Charente-Inférieure) sont des pays de mission. À l’échelle nationale, les principales « chrétientés » sont la Bretagne, le sud du Massif central, la France du Nord-Est (Alsace et Franche-Comté). Ces régions religieuses ne vont pas sans influencer les comportements religieux des villes qui s’y situent, vues trop rapidement comme des pôles déchristianisées. 
 
Un maillage paroissial recomposé
La structuration de l’espace public passe par le renforcement de la densité paroissiale tout au long du XIXe siècle. Le réseau paroissial ainsi mis en place demeure le cadre de référence pour toute l’action catholique, pratiquement jusqu’aux débuts des Trente Glorieuses. La Révolution française provoqua une réduction très forte du nombre de communes et de paroisses. En 1803, il ne resterait qu’entre 27 000 et 30 000 paroisses contre 40 000 en 1790. À partir de 1819-1820, un mouvement de créations de paroisses s’engage. De 1825 à 1875, plus de 5 000 paroisses ont été établies. En 1875, il y aurait 35 000 paroisses, soit presque autant que de communes. Tous les diocèses ne sont pas touchés avec la même profondeur par ce mouvement. Les diocèses de Bayonne et de Bordeaux sont représentatifs d’un rattrapage tardif mais qui porte inégalement ses fruits : dans le cas de Bordeaux, la croissance du réseau paroissial est insuffisante par rapport à la croissance démographique. Bayonne, par contre, désormais, fait partie des contrées connaissant à la fois une forte pratique religieuse et un encadrement paroissial satisfaisant.
Par-delà le cadre paroissial, la permanence d’un lieu de culte est tout aussi indispensable. Certes, les églises sont avant tout l’héritage matériel le plus visible de cette christianisation paysagère antérieure. Pour autant, le XIXe siècle a été un grand siècle restaurateur, bâtisseur. Certains diocèses se couvrent littéralement d’édifices neufs qui illustrent tout autant l’intensité de la reconquête catholique que la fierté communale de disposer d’une belle et grande église. Si l’Isère a 288 églises du XIXe siècle, d’autres régions plus détachées du catholicisme font preuve de moins de zèle : les départements limousins de la Creuse et de la Haute-Vienne ne comptent que quarante-cinq constructions d’églises. Les différences d’emprise religieuse sont perceptibles au sein même du diocèse : l’ouest du diocèse de Sées (Orne), fervent, voit plus de nouvelles églises s’élever que l’est, assez tiède. L’architecture utilisée est symptomatique des goûts du temps : le premier XIXe siècle goûte particulièrement l’architecture néo-classique telle qu’elle se retrouve dans la parisienne Notre-Dame-de-Lorette. Le milieu du siècle voit triompher pour longtemps « le Moyen Âge retrouvé », celui des temps roman et surtout gothique. Cette mythification du Moyen Âge chrétien est aussi perceptible dans les restaurations entreprises : la façade de l’église bordelaise Sainte-Croix, apparemment romane, est une restauration-création du futur architecte du Sacré-Cœur parisien, Paul Abadie. Ce vaste mouvement de constructions d’édifices religieuses concerne aussi les minorités confessionnelles qui, de surcroît, ne bénéficient pratiquement pas de constructions datant de périodes antérieures. La très grande majorité des temples réformés encore aujourd’hui en exercice datent du XIXe siècle. Si pendant la première moitié du siècle, la forme de ce lieu de culte est très modeste ; elle devient plus élaborée à compter de 1850. L’original temple octogonal de Clairac (Lot-et-Garonne), dessiné par un architecte parisien, en est l’une des plus belles illustrations. Au XXe siècle, le nombre de nouveaux lieux de culte se réduit. Il y eut une importante relance de chantiers dans les périphéries urbaines dans l’entre-deux-guerres ; les derniers feux du mouvement s’éteignent à la fin des années 1960.
 
Une christianisation du paysage ordinaire
L’empreinte matérielle de la religion n’est pas seulement perceptible au travers des lieux de culte mais aussi, par d’autres symboles. Croix de mission, calvaires, statues mariales sont autant de signes d’une volonté de christianisation de l’espace quotidien des communautés d’habitants. Les croix monumentales sont un vecteur particulièrement privilégié par l’Église catholique, même sous la Troisième République, au moment où son emprise est la plus contestée par l’État. Commémorant le passage de missionnaires, installées sur des terrains privés mais vues de tous, ces croix rappellent avec force la réussite des missions intérieures et la réelle christianisation des populations.
Un territoire illustre la sensibilité des appartenances confessionnelles : le cimetière. Avant la Révolution française, le cimetière communautaire était le cimetière paroissial. Ceux qui n’étaient pas catholiques étaient rejetés à l’extérieur de celui-ci. Napoléon Bonaparte reconfigure l’espace du cimetière. Une loi de 1804 qui reste en vigueur jusqu’en 1881 précise que « dans les communes où l’on professe plusieurs cultes, chaque culte doit avoir un lieu d’inhumation particulier ; et, dans le cas où il n’y aurait qu’un seul cimetière, on le partagera par des murs, haies ou fossés, en autant de parties qu’il y a de cultes différents, avec une entrée particulière pour chacune et en proportionnant cet espace au nombre d’habitants de chaque culte ». Il peut y avoir séparation complète des cimetières catholique et protestant comme on l’observe à Bordeaux ou à Nîmes. Nombre de localités font cependant le choix d’un cimetière commun aux cultes avec une séparation intérieure – c’est par exemple le cas à Saint-Affrique (Aveyron). Au sein du cimetière, les appartenances religieuses apparaissent avec clarté. Curés et desservants se retrouvent le plus souvent à l’ombre de la croix centrale, voire même leur tombe sert de croix centrale au cimetière. Les protestants recourent très fréquemment à des versets testamentaires et font surmonter leurs tombes d’une Bible ouverte. Pour autant, les cimetières protestants familiaux, au milieu des champs, restent un signal identitaire fort, participent de la « ponctuation protestante du paysage ». Ils sont très présents dans les campagnes du sud des Deux-Sèvres.
La neutralisation confessionnelle réclamée par la loi en 1881 se fait inégalement. Bien des cimetières ouverts après cette loi continuent à disposer d’une croix centrale. Après la Première Guerre mondiale, la dénomination « protestante » des cimetières persiste dans des communes où les réformés sont devenus rares : ainsi, la municipalité de Cornus (Aveyron) comme celle de Saint-Avit-du-Moiron (Gironde) distinguent toujours cimetières protestant et catholique dans les années 1920.
Enfin, il convient de signaler, surtout en milieu urbain, les « tempêtes autour des petites plaques bleues ». La toponymie, le nom des rues reflètent les débats autour de la religion. À Rochefort (Charente-Maritime), les changements de noms sont nombreux sous la Troisième République : aux noms de saints se substituent des figures du panthéon républicain. De manière encore plus clochemerlesque, au début du XXe siècle, une commune de la banlieue bordelaise dénomme la rue menant à une maison religieuse, anciennement école primaire, rue Émile Combes, du nom de celui qui interdit en 1904 aux congrégations d’enseigner et qui est l’un des responsables de la séparation des Églises et de l’État.
 
 
Des œuvres polymorphes
En effet, pendant tout le XIXe siècle, l’un des moyens usés par les Églises pour imposer sa marque à l’espace et à la société fut leurs œuvres sociales. Celles-ci se traduisent aussi par une matérialisation physique.
L’œuvre qui fait le plus débat est probablement est l’enseignement, en particulier celui destiné aux garçons. Deux congrégations symbolisent durablement la pédagogie catholique : les Frères des Écoles chrétiennes et les Jésuites. Les premiers visent un public populaire, proposent un enseignement gratuit et concurrencent les écoles primaires laïques. Les seconds se destinent à éduquer un public d’élite. En 1880, à la veille de l’un de leurs départs de la France, ils ont 27 établissements regroupant 10 000 élèves, soit un cinquième des jeunes gens alors présents dans des établissements secondaires. Au total, les ordres masculins représentent en 1900 30 000 religieux et 3 000 établissements.
Le véritable changement, c’est l’expansion des congrégations féminines qui jouent de ce fait un rôle déterminant dans le renforcement de la visibilité de l’Église tout au long du XIXe siècle. De nombreuses congrégations religieuses naissent alors. Elles se retrouvent aussi bien dans des terres de chrétientés – la Bretagne, l’Anjou ou le Lyonnais – que dans des villes qui assument des rôles de capitale, régionale (Bordeaux) ou nationale (Paris). Au début du XXe siècle, la France connaît la plus forte densité religieuse des pays catholiques latins : 130 000 religieuses exercent leur apostolat dans 16 000 établissements. Une poignée de congrégations domine le monde religieux : les Filles de la Charité sont présentes sur l’ensemble du territoire ; les Filles de la Sagesse (Saint-Laurent-sur-Sèvre) se retrouvent surtout dans la France de l’Ouest. Des congrégations de dimension régionale existent à leurs côtés : c’est le cas des sœurs de Saint-Joseph de Lyon, de Bourg ou de Bordeaux qui rayonnent dans les espaces voisins.
Dans les petites villes, ces congrégations marquent très fortement l’espace. Gros bourg de moins de 1000 habitants Montlieu, en haute Saintonge, abrite la maison-mère d’une congrégation diocésaine : celle-ci a une forte influence locale et dynamise économiquement la cité. Ce diagnostic est encore plus vrai dans plusieurs villes vendéennes telles que Chavagnes-en-Paillers avec les Ursulines de Jésus ou Saint-Saint-Laurent-sur-Sèvre avec les Frères de Saint-Gabriel et les Filles de la Sagesse. La première moitié du XXe siècle connaît une recomposition de l’emprise congréganiste dans les diocèses : certes, les vocations restent abondantes dans les chrétientés bretonne et aveyronnaise, mais la nette chute des vocations et les faibles densités humaines de la « diagonale du vide » qui partage la France en deux expliquent le particulier effondrement des congrégations entre le Périgord et la Bourgogne.
Le dynamisme congréganiste du XIXe siècle s’explique par les multiples missions que les congrégations féminines prennent en charge ou qui leur sont déléguées. La charité, la visite des pauvres sont des éléments qui expliquent la formule « bonne sœur »… Les bureaux de bienfaisance municipaux chargent souvent les congrégations religieuses de la distribution des secours. Les Filles de la Charité assument un tel rôle à Bordeaux. Par ailleurs, au contraire de l’école, les hospices et les hôpitaux échappent largement à la vague de laïcisation des structures publiques des années 1880-1900. Les dernières Filles de la Charité sortent de l’hôpital bordelais Saint-André seulement en 1989.
Les congrégations féminines jouent un rôle déterminant dans des espaces éducatifs négligés par les pouvoirs publics : la petite enfance et les écoles de filles. Les salles d’asile, lointaines ancêtres des écoles maternelles, connaissent longtemps la prépondérance des Filles de la Charité. Dans le diocèse de Bayonne, les Filles de la Croix sont encore à la tête de 113 écoles de filles en 1900. La situation ne change lentement qu’à partir des lois Ferry qui laïcisent le personnel de l’enseignement primaire public mais qui permettent des accommodements pour les écoles de filles, faute d’institutrices laïques formées. Les lois de 1901 (loi sur les associations) et de 1904 (interdiction de l’enseignement aux congrégations) changent brutalement la donne et sont à l’origine d’un changement de modèle dans l’école catholique : la mutation de l’école congréganiste à l’école libre.
L’effort éducatif de l’Église catholique est partagé par les communautés minoritaires. Certains terroirs protestants voient un très fort investissement scolaire. Écoles protestantes de garçons mais surtout de filles sont nombreuses dans les paroisses protestantes du Dauphiné comme de la Saintonge. L’essentiel de ce réseau scolaire disparaît lorsque l’enseignement public est laïcisé et qu’il n’y a plus la crainte de voir ses enfants éduqués par des religieux ou des religieuses qui pourraient les inciter à se convertir.
Si l’école est un moindre enjeu pour les protestants à partir des années 1880-1900, elle demeure un domaine très investi par les catholiques. L’école libre est un trait distinctif des terres de catholicité. Ainsi, la Bretagne offre un exemple assez rare : la scolarisation dans les écoles libres catholiques se renforce entre 1913 et 1938. Cette situation se confirme bien après 1945 : les zones de forte scolarisation dans les écoles catholiques correspondent aux zones de forte pratique religieuse.
 
Extérioriser le culte catholique
Enfin, il convient de s’arrêter plus rapidement sur une christianisation éphémère de l’espace social, celle pratiquée par des cérémonies religieuses ou des mobilisations religieuses qui s’extériorisent au-delà du lieu du culte, qui partent à la conquête des rues des villages et des villes.
Phénomène de masse, les pèlerinages connaissent un essor sans précédent au cours du XIXe siècle. Bénéficiant de la révolution ferroviaire, Lourdes ne doit pas masquer la forêt des pèlerinages mariaux plus modestes. Dans un diocèse aussi peu pratiquant que le diocèse de Dijon, de nombreux pèlerinages sont relancés, « inventés » au XIXe siècle : y sont fréquentés douze lieux de pèlerinages mariaux et dix-sept voués à des saints. Très rares sont les diocèses qui ne cherchent pas à mettre en avant « son » pèlerinage marial susceptible d’attirer les foules catholiques et de proposer de nouvelles formes de religiosité plus rigoureusement encadrées que ne l’étaient les pèlerinages d’Ancien Régime.
Les processions catholiques dessinent, quant à elles, les contours d’un christianisme éphémère qui ne dépasse pas les limites de la paroisse, de la cité. La Fête-Dieu est ainsi l’occasion d’une forte émulation entre les fidèles pour rivaliser quant à la décoration de leur rue ou pour édifier les reposoirs les plus somptueux. La procession générale de la Fête-Dieu s’arrête ainsi à Bayonne à cinq reposoirs. Dans le calendrier de chaque paroisse, ces processions de la Fête-Dieu sont l’un des moments les plus mobilisateurs mais aussi les plus contestés. Au fur et à mesure que nous avançons dans le XIXe siècle, une féminisation de la procession se développe tandis que les confréries masculines disparaissent du cortège. Au XIXe siècle, la cérémonie se célèbre les deuxième et troisième dimanches après la Pentecôte, c’est-à-dire, fin mai, courant juin. Au cours de ces processions, l’hostie consacrée (corpus Christi) était présentée à l’adoration des fidèles. Pour les réformés, les honneurs rendus au Corpus christi sont inacceptables car ils ne reconnaissent pas la présence réelle, c’est-à-dire la présence du corps et du sang du Christ dans le sacrement de l’Eucharistie. C’est celle qui aussi étant donnée l’importance du dogme en jeu qui déchaine le plus de passions anticléricales. Cela a pu être démontré pour la France du Centre-Ouest : sous la Troisième République, le Limousin déchristianisé voit se multiplier les interdictions de processions.
La réduction des cérémonies extérieures du culte n’empêche pas la mise en place de manifestations alternatives : à partir des années 1900, les défilés de sociétés de gymnastique catholiques rythment le calendrier festif de nombre de villes, petites ou grandes. Au cours des années 1920, à la frontière du politique et du religieux, les grandes manifestations de masse de la Fédération nationale catholique sont aussi particulièrement investies par la hiérarchie catholique : les cortèges, les manifestations remplacent les processions.
Christianisation et sécularisation des espaces publics n’apparaissent pas comme des phénomènes linéaires : à une christianisation datant d’une « France, fille aînée de l’Église » ne s’est pas substituée après 1789 une déchristianisation, une sécularisation qui aurait été un mouvement continu. Des flux et des reflux sont aussi observables dans l’espace public et ces mouvements ne touchent pas au même rythme toutes les dimensions de l’espace public français. Le XIXe siècle fut le temps d’un nouveau « blanc manteau d’églises » ; une large part des œuvres sociales et éducatives demeure un apanage des Églises. Pour autant, il ne faut pas négliger la diversité des configurations régionales : la structuration du paysage par le fait religieux s’observe de manière radicalement différente entre la peu fervente Beauce et les chrétiennes hautes terres d’Auvergne.
 
Nicolas Champ
(Université Bordeaux-Montaigne)
Conférence du 31 mars 2014
Session nationale de l'Enseignement catholique à Bordeaux
Empreintes du religieux dans l'espace public.

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Créé le 27/08/2014
Modifié le 09/09/2014