Évolution et création
Billet d'humeur appelant au dialogue entre foi et raison suite à la diffusion de l'Atlas des religions récemment envoyé aux établissements scolaires français par un auteur turc créationniste.
"On croirait volontiers que la science évolue dans la paix de l'objectivité ; il n'en est rien, au moins sur un point. Pour un certain nombre d'esprits, les mots de création et d'évolution seront toujours en conflit.

Il y a, depuis longtemps, aux USA, un groupe d'états irréductibles qui militent pour affirmer l'immutabilité des espèces, depuis les origines, jusqu'à nos jours. Ils le font à partir d'une lecture de la Genèse prise au pied de la lettre où l'on dit que Dieu créa le monde en sept jours ; les végétaux, chacun selon son espèce, les animaux qui peuplent les eaux, la terre et les airs, tels que nous les avons sous les yeux. Puisque la Bible dit la Vérité, au nom de Dieu, il faut s'y tenir absolument.

Nous trouvons ici, une application du fameux rapport foi et raison, cher au pape actuel, et qui fit couler l'encre dans la récente controverse de Ratisbonne. Tous  ceux qui considèrent  la création comme une fabrication ne pourront jamais, sur ce point, se sortir des ornières du fondamentalisme. Il faut bien en effet, que Dieu ait fabriqué les animaux tels qu'ils sont. Mais alors, ce langage qui se donne pour celui de la foi, se heurte à la démarche rationnelle des sciences qui accumule, depuis le 18ème siècle, une multitude de preuves, de plus en plus subtiles. Elles montrent, sans contestation sérieuse  possible, comment la réalité  actuelle est le fruit  de mécanismes d'évolution complexes et époustouflants. A partir du moment où l'on a bien compris que l'idée de création ne signifie pas fabrication,  mais relation, tout de vient plus limpide. Le langage de la foi veut seulement affirmer que toute la réalité existe dans la dépendance de Dieu et que, sans lui, rien n'existerait. Mais il n'a aucune prétention à définir comment on en est arrivé là.

Si, faisant un usage correct de ma raison, j'en arrive à conclure que l'origine de l'univers est une gerbe d'énergie ; que, durant l'infime instant initial, elle est tellement dense qu'elle en demeure obscure et  inaccessible,  puis  se déploie, s'organise et se complexifie jusqu'à produire la matière, et enfin des assemblages aptes à porter la vie ; cela ne me détournera pas de croire en la puissance créatrice de Dieu. J'admirerai le processus déjà éblouissant, et encore en pleine exploration. Simplement, je saurai qu'il faut, sans scrupules, se défaire de toute naïveté sur un sujet aussi fondamental. C'est légitime pour un esprit chrétien. Mais voici que débarque une nouvelle offensive venue d'un autre horizon. Un luxueux ouvrage, distribué à tous vents, prétend, au nom d'une autre croyance, que tout cela est faux, et veut en asséner les preuves. Il serait, au passage, inquiétant que les dollars du pétrole servent à ce genre d'entreprise. Ni les croyances, ni les idéologies, comme naguère le marxisme, ne doivent inspirer la science.

Inutile de reprendre un à un les arguments avancés : le problème n'est pas là. Il ne suffit pas de reprendre, dans un autre univers de pensée, l'idée de création, en croyant maîtriser correctement son sens. Il faut la replacer dans son milieu nourricier spirituel et philosophique biblique, qui implique justement, un rapport particulier entre foi et raison. Sans quoi, on lui fera dire, contre l'évidence, des âneries ; et c'est le cas ici. La Bible ne tombe pas du ciel ; parole de Dieu en langage humain, elle appelle l'interprétation. Le Coran, lui, dicte des affirmations. Pas étonnant que leur dialogue avec la raison ne soit pas le même."

Ce texte a été lu lors de l'émission de radio "Parabole RCF" du 6 février 2007.

Christian Forster
Directeur du département de théologie au CUCDB (Université catholique de Lyon)
 
Créé le 15/11/2011
Modifié le 19/10/2012