Petites histoires de calendriers
Chaldéen, hébreu, égyptien, romain etc... une histoire des calendriers.
Très tôt, pour répondre aux besoins des agriculteurs et pour des raisons liées à la vie sociale, les hommes ont eu besoin de fabriquer des calendriers qui leur servent de repère commun.
Le mot calendrier vient du mot latin calende qui désigne le premier jour du mois dans le calendrier romain. Calende dérive aussi du verbe latin calare qui signifie appeler. C'est en effet le premier jour du mois que les magistrats romains communiquaient à leurs concitoyens les informations importantes.
Les grecs n'utilisaient pas ce terme d'où l'expression "renvoyer aux calendes grecques" qui signifie repousser indéfiniment.

Les calendriers cherchent à s'ajuster, en déployant des trésors d'imagination et en tenant compte des rites et des croyances, sur les trois cycles naturels facilement observables :

- le jour solaire : durée moyenne séparant deux passages consécutifs du soleil au méridien,
- la lunaison : durée moyenne séparant deux phases identiques de la lune soit 29,530588 jours (29j 12h 44min 2,8s),
- l'année tropique : durée moyenne séparant deux passages consécutifs du soleil au point   soit  365,24219406 jours.

Les solutions empiriques des calendriers civils

1- Le calendrier Chaldéen
Le début du mois était proclamé lorsque le fin croissant de la lune était aperçu au coucher du soleil pour la première fois après la nouvelle lune. Évidemment, le mauvais temps avait des conséquences fâcheuses !
Les chaldéens associaient à chaque mois le lever héliaque de 2 ou 3 étoiles. On parle de lever héliaque d'une étoile quand celle ci se lève quelques instants avant que le soleil se lève à son tour.
Ce calendrier débutait en automne et contenait 12 mois de 29 ou 30 jours alternativement c'est à dire en relation approximative avec les lunaisons. L'année comportait donc 354 jours (12x29,5) soit un décalage de 11,25 jours sur l'année tropique. Lorsque le décalage, repéré grâce au lever héliaque, devenait trop grand, le souverain décidait de rajouter un mois. Cela arrivait tous les deux ou trois ans. Un mois de trente jours rajouté tous les trois ans aurait introduit 10 jours par an et il en fallait 11,25.

2- Le calendrier Hébreu
Après la sortie d'Égypte vers 1500 ans avant JC, les Hébreux empruntèrent leur calendrier aux Chaldéens en l'adaptant à leurs rites. Ainsi l'année commençait au printemps pour commémorer la fuite d'Égypte et le 13ème mois était institutionnalisé comme mois "embolistique" (en grec : intercalaire) décidé par le grand prêtre en liaison avec le rituel de la Pâque juive.

3- Le calendrier Égyptien

a) Le calendrier primitif
Ce calendrier comportait 12 mois de 30 jours soit une année de 360 jours.

b) Le calendrier "vague"
Cinq jours supplémentaires, les jours épagonèmes (intercalaires) sont ajoutés vers 4230 avant JC pour récupérer la plus grosse partie du décalage annuel avec l'année tropique.
Le premier jour de l'année devait en principe correspondre avec le début de la crue du Nil (donnée essentielle pour les agriculteurs) et avec le lever héliaque de Sirius qui se produit quelques jours avant le solstice d'été. Il annonçait le retour des grandes chaleurs : la constellation du Grand Chien (Canis Major) dans laquelle se situe Sirius a donné naissance au mot canicule.
Il restait 0,25 jour de décalage sur l'année tropique et avec le temps le lever héliaque de Sirius coïncidait de moins en moins bien avec le début de l'année du calendrier : 1 jour de décalage tous les 4 ans, soit 30 jours au bout de 120 ans, la coïncidence aurait été retrouvée au bout de 1461 ans...
Un sixième jour épagonème est alors introduit en -237 par Ptolémée III, ce sixième jour n'étant rajouté que tous les quatre ans, ce qui fait bien 0,25 jour par an.

A côté de ces calendriers civils, il existait un calendrier liturgique lunaire qui réglait les cérémonies religieuses. Les dates étaient comptées par rapport au début du règne de chaque pharaon.

4- Le calendrier Romain

a) Le calendrier primitif
L'année comptait 10 mois de 29 ou 30 jours alternativement.
Le premier jour du mois s'appelait les calendes. Le milieu du mois s'appelait les ides : c'était l'époque de la pleine Lune. La durée du mois était approximativement celle de la lunaison. Le début de l'année se situait aux calendes de Mars (1er mars).
On avait donc la succession suivante : Mars, Aprilis, Maia, Junionus, Quintilis, Sextilis, September (sept, septième mois), October (octo, huitième mois), November (nov, neuvième mois), Décember (dec, dixième mois).
L'année comprenait donc 295 jours (5x29+5x30) soit un décalage de 67, 25 jours par rapport à l'année tropique.

b) Le calendrier dit de Numa Pompilius
Pour résorber ce décalage important deux mois supplémentaires sont introduits :
- Januarius, consacré au dieu Janus. C'est le dieu qui garde la porte de Rome, surveillant les entrées et les sorties on le représente avec deux visages.
- Februarus, consacré à Februo, dieu des morts.
Par ailleurs, le nombre de jours par mois est modifié pour tenir compte des croyances : les mois comportant un nombre de jours impair sont dits favorables et consacrés aux dieux bienfaiteurs ("numero deus impare gaudet" dit Virgile ; la divinité se réjouit du nombre impair), les mois comportant un nombre  de jours pair sont associés aux dieux infernaux.
Quatre mois ont 31 jours : Mars, Maia, Quintilus, October ; Sept mois ont 29 jours : Aprilis, Junionus, Sextilis, September, November, Décember, Januarius ; Un seul mois est néfaste, Februarus, mois des dieux infernaux qui comporte 28 jours.
Ce qui fait un total de 355 jours et introduit donc un décalage de 15,25 jours par an. Les Pontifes rajoutent le mois Mercedonius d'une durée de 22 ou 23 jours tous les deux ou trois ans pour compenser ce décalage. Curieusement ce mois était intercalé entre le 6 ème et le 7ème jour avant les calandes de mars, c'est à dire entre le 23 et le 24 février. Ce choix s'explique par le fait que le 23 février débutaient les fêtes de fin d'année, l'année débutant comme nous l'avons dit le 1 Mars.
En fait Suétone et Cicéron rapportent que le collège des Pontifes abusaient de leurs prérogatives, ils manipulaient les dates et la chronologie à des fins personnelles, afin de percevoir plus d'impôts ou prolonger une magistrature. Ce mois rajouté ainsi de façon fantaisiste, sans souci de maintenir un ajustement avec l'année tropique, conduisit à un décalage très important entre le calendrier civil et les saisons, les vendanges et les semailles se faisaient à des mois différents selon les années.
C'est Jules César qui, en grand que Grand Pontife rétablira l'ordre en l'an 708 de la fondation de Rome (46 ans avant JC).

4 - Le calendrier Julien : premier pas vers la rigueur
Malgré de nombreuses tentatives les Romains n'avaient pas pu accorder le calendrier civil avec le déroulement des saisons. Par ailleurs l'état voulait mettre un terme aux abus des pontifes qui trafiquaient le calendrier de façon à prolonger la magistrature de leurs amis ou modifier la date de perception des impôts.
En l'an 708 après la fondation de Rome (46 ans avant JC) Jules César convoque l'astronome Egyptien Sosigène qui habitait à Alexandrie et lui demande de proposer une solution définitive pour remédier à la dérive des saisons.
Sosigène édicte trois règles :
- l'année doit être solaire et l'équinoxe de printemps doit tomber le 25 mars,
- à trois années de 365 jours succède une quatrième année de 366 jours, dite bissextile,
- l'année commence le 1er janvier et non plus aux calendes de mars.
Les Romains auraient pu comme à notre époque ajouter un jour tous les 4 ans au mois de février mais ce mois devait rester consacré aux dieux infernaux ; porter le mois de février de 28 à 29 jours rendait impair le nombre de jours de ce mois ce qui  déplaisait à ces dieux.
Aussi pour ne pas choquer ses concitoyens, Jules César décide de doubler le 24 ème jour de février c'est à dire le 6 ème jour avant les calendes de mars. Les dieux infernaux seront ainsi calmés et l'honneur restera sauf.
Le mot bissextile vient du latin " bis sextus calendas martias" qui signifie doublement du 6ème jour avant les calendes de mars.

Origine du mot bissextile :

Jour de février     22    23    24    25    26    27    28    calendes
Avant les calendes      8     7     6     5     4     3     2           1

Pour une année bissextile on double le 24 ème jour de février c'est à dire le 6ème jour avant les calendes.
On remarque que dans ce système Romain, assez bizarrement, la veille du jour des calendes de mars porte le numéro 2 au lieu du numéro 1.

Ce calendrier est presque parfait, cependant il reste une petite différence :
En effet, l'année dans le calendrier de Jules César vaut exactement 365,25 jours ce qui est légèrement supérieur à l'année des saisons qui vaut 365,2422 jours. Il reste donc un écart de 0,0078 jour par an.
Cela semble bien faible, cependant au bout de 4 siècles le décalage est de 3 jours. En 325 après JC, la date de l'équinoxe de printemps qui avait été fixée par Sosigène au 25 mars tombait donc le 21 mars.
Dans tous les pays du monde, les autorités religieuses étudient de près le calendrier car il permet de fixer les dates des fêtes religieuses.
En ce qui concerne les catholiques, la date de Pâques est calculée à partir de la date de l'équinoxe de printemps. En 325 après JC, le concile de Nicée décide de fixer définitivement la date de l'équinoxe de printemps au 21 mars. Il ne s'agit que d'un recalage qui ne supprime pas la dérive.

5 - Le calendrier Grégorien : le calendrier actuel
Cependant malgré l'autorité pontificale le soleil continue à n'en faire qu'à sa tête et le calendrier à dériver. En 1582 l'équinoxe de printemps  tombe le 11 mars soit en avance de 10 jours par rapport aux décisions pontificales du concile de Nicée.
Afin de rétablir l'équilibre entre le calendrier et le mouvement du soleil le pape Grégoire XIII publie la bulle pontificale " inter gravissimas" le 24 février 1582. Dans ce texte il propose un nouveau calendrier pour rétablir l'équinoxe de printemps au 21 mars.
Il décide que l'année 1582 comportera 10 jours de moins. C'est ainsi que le jeudi 4 octobre sera suivi du vendredi 15 octobre.
Mais pour autant le problème n'est encore pas résolu car la dérive de l'équinoxe recommencera.

Aussi comme les astronomes du Vatican avaient observé qu'au bout de 400 ans le calendrier de Jules César était en avance de 3 jours sur le calendrier solaire, le pape Grégoire XIII décide subséquemment de supprimer 3 jours tous les 400 ans.
La nouvelle règle devient :
- les années  sont bissextiles de 4 ans en 4 ans comme avant,
- les années séculaires (celles qui se terminent par 00 comme 1800, 1900, 2000 ... et qui sont toutes bissextiles dans le calendrier Jules César) cessent d'être bissextiles sauf si le nombre d'années est divisible par 4.

Exemple : dans le calendrier Julien 1600,1700,1800,1900, 2000, 2100 sont toutes des années bissextiles ; 1600 et 2000 sont des nombres divisibles par 4 donc seuls 1600 et 2000 sont des années bissextiles dans le calendrier Grégorien actuel.

Cette réforme ne fut pas acceptée sans réticences surtout dans les pays protestants et orthodoxes.

Dates d'adoption du calendrier Grégorien :

Rome, Espagne, France, Pays Bas : 1582
Allemagne : 1700
Angleterre : 1752
Japon    : 1873
Chine    : 1912 et 1929
URSS    : 1918

Dans les pays protestants la résistance à la réforme du pape fut très grande. L'astronome Képler disait : " Les protestants aiment mieux être en désaccord avec le soleil qu'en accord avec le pape ".
En URSS le calendrier Grégorien fut adopté en 1918 : au 1 février 1918 succéda  le 14 février. Ainsi la fameuse révolution d'octobre 1917 contre le tsar a eu lieu en novembre 1917 dans le calendrier actuel.
Il subsiste malgré tout dans le calendrier actuel un très léger défaut. C'est ainsi que dans dix mille ans notre calendrier comptera trois jours de trop !!!
 Mais une course à plus de précision est illusoire car on sait que le mouvement de rotation de la terre n'est pas parfaitement régulier.
Par ailleurs, les travaux de Jacques Laskar et Philippe Robutel, du bureau des longitudes, ont montré que les orbites des planètes sont chaotiques ; il est donc vain de chercher une meilleure précision de l'année solaire.

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Christian Larcher
Professeur agrégé de sciences physiques
Lycée St Michel de Picpus - Paris 12ème
Créé le 15/11/2011
Modifié le 15/11/2011