Le symbole religieux
Une séance pédagogique permettant une analyse progressive du concept du symbole en cours de philosophie avec des élèves de Terminale L.

Quelques symboles religieux
Ce texte est extrait de "Programmes scolaires et culture religieuse : partages d'expériences" Arpec Auvergne-Limousin Mai 1995 - Octobre 1996.

L'objectif de cette séquence pédagogique est de faire découvrir aux élèves la notion de symbole religieux :
- dans sa dimension spécifiquement humaine : l'homme invente et comprend les symboles, l'animal, non.
- et, en particulier, comme l'expression d'un certain rapport humain au divin, pouvant se diversifier selon les cultures : d'une religion à l'autre, les symboles diffèrent ; les symboles du catholicisme romain sont différents de ceux, plus sophistiqués, des religions romaines orthodoxes. C'est ainsi que l'on peut parler d'une symbolique musulmane, d'une symbolique israélite, d'une symbolique bouddhiste... renvoyant chacune à un rapport particulier de l'homme à l'univers et au divin.

Cet objectif général devait être atteint selon les trois exigences suivantes :
- découvrir un certain contenu religieux se diversifiant selon les cultures (savoir),
- savoir identifier, distinguer, reconnaître les symboles religieux (savoir-faire),
- acquérir ainsi le respect des représentations symboliques des autres cultures (savoir-être).

Il s’accompagne d’un objectif intermédiaire : étudier la signification humaine du symbole à travers ses différentes manifestations : affective, esthétique, ethnique, religieuse et d’une question : Pourquoi l'empereur Léon III l’Isaurien, en 726, détruit-il une image du Christ placée au-dessus de la porte du palais impérial de Constantinople, la Chaldée, pour la remplacer par une croix ?

MODALITES : un parcours en quatre séances (6 heures au total).

PREMIERE SEANCE : IDENTIFIER LE SYMBOLE - Durée : 1 heure

Support n° 1 : un tableau comportant différents symboles représentatifs d'une religion.
Objectif : compléter en indiquant le nom de chaque symbole, de la religion correspondante ainsi que le sens auquel le symbole est censé renvoyer
Ce tableau m'a permis de repérer les prérequis des élèves à propos de l'origine et du sens de quelques symboles à connotation religieuse.

J'avais conscience de l'arbitraire du choix des symboles qui pouvaient être plus ou moins représentatifs de la religion en question et du risque de leur réappropriation par un point de vue exclusivement chrétien. Mais l'expérience m'a paru intéressante. J'ai été surprise de constater que, si les élèves avaient du mal à situer les symboles dans leur religion (excepté la menorah, le yin et le yang, la croix ou le croissant de lune et l'étoile qu'ils sont parvenus à resituer dans leur contexte), s'ils avaient encore plus de mal à les nommer (à l'exception de la croix et du yin et du yang), les interprétations données s'avéraient souvent intéressantes, voire pertinentes, même si elles étaient parfois un peu intuitives.

Tous les élèves parvenaient à mettre en rapport le feu sacré et l'idée de purification, la croix et celle de résurrection, le portique de l'enceinte sacrée et celle de l'ouverture à la vie spirituelle. Du moins, ils se montraient particulièrement sensibles à la manière dont les différentes religions parviennent à afficher une certaine identité plus ou moins proche grâce à un support purement matériel et ils souhaitaient en général approfondir le contenu des différents messages religieux.

L'expérience s'annonçait plutôt favorablement. Manifestement, ils venaient de réaliser que le symbole ne se réduisait pas à un simple support matériel mais renvoyait à quelque chose d'autre. Ils disposaient également, avec cette dimension spirituelle, d'un critère fondamental pour différencier le symbole du signe, plus arbitraire. Je pouvais déjà, à partir de là, les initier au sens étymologique du terme (symbole : à l'origine, mise ensemble des parties d'un objet coupé en deux) et approfondir le concept philosophique (le symbole : ce qui comporte une part de sens brisé, ce qui inclut une certaine correspondance mathématique, littéraire, artistique..., le symbole : facteur d'unité, moyen de communication entre les hommes, entre les hommes et Dieu...).

DEUXIEME SEANCE : COMPRENDRE LE SYMBOLE - Durée : 1 heure

Support n° 2 : permettant de passer des prérequis à une analyse plus philosophique du fonctionnement du symbole religieux : l'extrait de l'ouvrage de M. Eliade : Traité d'histoire des religions : «Tout est signe. Tout devient symbole.»
Objectif : analyser comment l'arbre s'érige en symbole dans certaines croyances religieuses.

L'objectif de la séance consiste ici à déterminer le rapport entre le symbole lui-même, en l'occurrence l'arbre, et son sens, à savoir : ce qu'il symbolise pour une conscience religieuse à travers les âges.
En particulier, on avait à se demander si, à travers cette symbolique, c'était l'arbre lui-même qui était vénéré ou autre chose qui le dépassait, «une réalité extra-humaine», par exemple : l'Univers pour la conscience archaïque. Ce qu'il importait, c'était de retrouver l'idée que ce qu'un symbole représente ou signifie déborde toujours ce dernier et, par là, de nouveau, l'étymologie : «sens brisé, correspondance» ; car le symbole met en relation, tout comme il constitue un moyen de communication entre les hommes et le divin. Cela, les élèves l'ont assez vite compris. L'extrait leur avait surtout permis d'approfondir la distinction entre le signe et le symbole et d'illustrer, par un exemple concret, la notion même de symbole religieux... mais aussi de prendre conscience de la richesse symbolique de l'arbre, symbole foisonnant de la culture religieuse comme en témoignent ses diverses manifestations : arbre de vie, arbre de mort, arbre de la science, arbre généalogique... au point que nous regrettions momentanément de ne pas nous être limités au seul symbole de l'arbre pour le traitement de notre question au choix.

TROISIEME SEANCE : DEFINIR LE SYMBOLE - Durée : 2 heures

Support n° 3 : un petit glossaire de la symbolique ne comportant que des définitions auxquelles il faut retrouver les termes correspondants.
Support n° 4 : un tableau présentant une liste de «représentations» à classer selon leur catégorie : signe - symbole - image - emblème - allégorie et selon leur registre : intellectuel - affectif- esthétique - religieux - politique - socio-culturel.
Objectif: amener les élèves à «fixer» le vocabulaire de la symbolique et à discerner les variantes à l'intérieur de ce champ afin de permettre une meilleure conceptualisation du symbole.

La plupart des élèves éprouvèrent des difficultés à utiliser les concepts adéquats avec rigueur et précision. Ils firent également preuve de beaucoup d'hésitation pour compléter le quatrième support qui était censé constituer en quelque sorte un exercice d'application par rapport au précédent. En effet, nombreuses représentations appartenaient à plusieurs registres, voire à plusieurs catégories à la fois et il n'était pas forcément facile de s'y retrouver. Malgré tout, l'exercice m'a paru positif par les efforts d'analyse et de comparaison qu'il a suscités.

QUATRIEME SEQUENCE : COMPARER LES SYMBOLES - Durée : 2 heures

Support n° 5
- une page tirée de la revue Textes et documents pour la classe n° 450 : La couleur, art et symbole, intitulée : La symbolique des couleurs.
- un extrait du livre de R. Delort, La vie au Moyen âge, tiré de la revue Textes et documents pour la classe n° 482 : L'invention des nombres.

Support n° 6
- des passages tirés de l'Introduction au chapitre Le fait religieux (chap. 27, p. 415 sq.) du manuel Philosophie, Hatier, terminales L :
* Mythe et mythologie, p. 416
* Le rite, p. 417
- et le texte 3, p. 422 : Mythe et symbole (extrait de Philosophie de la volonté de P. Ricoeur) dans le même manuel.

Pour accéder à l'ensemble des supports, cliquez ici

Objectifs :
- à partir d'une étude comparative des textes proposés, saisir deux processus différents de symbolisation sur le plan religieux, à propos de la symbolique des couleurs et de la symbolique des chiffres.
- comparer les représentations symboliques que constituent le mythe et le rite religieux.

A propos du cinquième support, les élèves devaient, entre autres, réaliser que les couleurs, en tant qu'elles agissent sur l'âme, peuvent véhiculer des émotions d'ordre à la fois physique et spirituel, que, pour d'autres raisons, les nombres, en tant que principes immatériels, peuvent s'ériger en symboles religieux.

La référence à des données aussi peu conceptuelles que les couleurs ainsi que leur association à des idées ou à des sentiments ont dérouté : comment justifier philosophiquement la logique de telles correspondances ?

A cet égard, l'extrait de Kandinsky apportait un éclairage intéressant. La lecture du passage de R. Delort sur la symbolique des chiffres bibliques rappela à un élève le lien établi entre les nombres et les mythes par certains peuples, en particulier les égyptiens et fit prendre conscience à tous de la dimension symbolique que revêtent les chiffres, par delà leur rationalité.

Le sixième support a permis aux élèves de déterminer dans quelle mesure le mythe et le rite participent du symbolisme religieux et en quoi consiste la fonction symbolique de chacun. La classe est alors amenée à chercher des exemples de mythes et de rites appartenant à des cultures religieuses différentes et cependant porteurs de la même signification religieuse ou exprimant un même événement primordial et significatif de l'existence humaine.

C'est avec un certain étonnement que les élèves ont découvert à cette occasion que, par delà la diversité des cultures, rites et mythes se correspondent souvent, symbolisant, à travers des manifestations religieuses différentes, la même réalité humaine et religieuse : l'âme exilée du Paradis, le désir de retrouver ses ancêtres, le voeu d'immortalité, le culte du souvenir...

Du sentiment d'étrangeté et de l'incompréhension vis-à-vis des symboles religieux appartenant aux autres cultures, les élèves sont ainsi parvenus à une prise de conscience fondamentale : que tout symbole religieux, quel qu'il soit, a pour finalité spirituelle de répondre à des besoins essentiels ou à des événements majeurs de l'humanité, de permettre à une communauté de signifier son identité et de nourrir sa propre mémoire. Ce, aussi bien le mythe qui raconte un événement primordial de l'existence que le rite qui peut préparer au changement (rite de passage, dans la plupart des religions).

LE BILAN
Le message, qui débouchait tout autant sur un savoir que sur une prise de conscience, issu à la fois d'une démarche philosophique et d'une investigation dans le domaine de la culture religieuse était, me semble-t-il, passé.

Je me contentais, au moins pour évaluer l'apport de ce travail, principalement sur le plan du savoir-être, de demander à chacun de mes cinq élèves de choisir un symbole religieux (représentatif ou non de sa religion personnelle) à partir de documents, images, photographies, objets... et de dégager, par écrit, le sens spirituel ou la dimension «extra-humaine» (M. Eliade) du symbole choisi.

Me furent alors proposés les symboles suivants :
- l'eau, symbole de purification du baptême chrétien (immersion qui, elle-même, symbolise l'insertion dans l'Eglise),
- l'encens, nouveau symbole de purification et objet d'offrande,
- la croix, symbole de souffrance ou de résurrection,
- une cuillère en or, du miel et du beurre, symboles de purification et de lumière dans la religion hindoue,
- le totem, symbole de l'ancêtre mythique, garant de l'identité du groupe social.

Leur présentation fut l'occasion pour chacun de rappeler le lien qui unit de tels symboles à leur communauté, en permettant de reconduire les coutumes et traditions et de déclencher les émotions et paroles qui accompagnent ces symboles sans qu'on ait à les interroger systématiquement sur la logique qui les sous-tend.

PROLONGEMENTS
Si l'objectif était atteint, beaucoup de questions subsistaient, ouvrant la perspective de nouvelles recherches ou de séances d'approfondissement dans des directions très diverses : - n'aurait-on pas pu trouver des symboles religieux au sein de la culture paléolithique elle-même?
- l'homme préhistorique pratiquait-il des rites religieux ? Qu'en était-il de la cosmologie africaine ?
- de l'interprétation symbolique des oeuvres d'art, celle, par exemple, d'un Panofsky analysant les oeuvres religieuses du Moyen-âge ?

Décidément, la notion de symbole constituait un champ d'investigation trop vaste et, si elle présentait l'avantage de susciter les interrogations, ce qui n'est pas peu en philosophie, il était difficile d'en faire l'étude exhaustive, voire de conclure. La question qu'on s'était posée à propos de la démarche de l'empereur Léon III recevait du moins cette réponse, admise par tous : la croix du Christ parlait mieux aux âmes que son image.

Christine Hartman
Enseignante en philosophie
 
Créé le 15/11/2011
Modifié le 11/01/2012