L'enseignement des valeurs
Pierre Dussère analyse un trait commun des nouveaux programmes : « des valeurs à enseigner » Quel lien avec les religions ?

I. Les valeurs, républicaines, démocratiques, éthiques … une référence bien partagée dans les programmes 

On a beaucoup critiqué à une époque, notamment en lettres, le caractère excessivement technique des programmes scolaires. Aujourd’hui, à l’inverse, on trouve partout mis en exergue un enseignement soucieux d’éducation aux valeurs, sans compter les compétences visées qui sont aussi de l’ordre des valeurs ou y renvoient, telles l’appropriation d’une culture, l’acquisition de repères, l’esprit critique, la créativité et d’autres encore.
 
Florilège :
- Dans l’introduction commune à la culture scientifique et technologique au collège[1] : « Peu à peu s’introduit l’interrogation majeure de l’éthique dont l’éducation commence tôt : qu’est-il juste ou non de faire ? Et selon quels critères raisonnés et partageables ? (…) mieux se connaître soi-même, à comprendre l’importance de la relation à l’autre et à traduire concrètement des valeurs éthiques partagées.
- En E.P.S.[2] : « L’acquisition de compétences et de valeurs permet au collégien de se situer au sein d’une culture contemporaine ».
- Les Langues vivantes  sont censées « former (...) à la diversité des langues mais aussi à la complémentarité des points de vue pour l’amener à la construction de valeurs universellement reconnues »
- Histoire [3]: transmettre aux élèves des références culturelles (…) qui leur permettent de mieux se situer (…) dans un système de valeurs démocratiques (…). Réflexion sur la consistance et la compatibilité des valeurs et des principes entre eux
- Parmi les objets d’étude du programme de latin (collège)[4]: Le citoyen romain, repères et valeurs ; la virtus sous la république, l’art au service des valeurs.
- Dans le préambule des programmes du 1er degré[5], on ne trouve pas le mot « valeur » mais elles sont explicitées. Ainsi « l’école primaire développe le respect et la tolérance qui fondent les droits de l’homme et qui se traduisent au quotidien par le respect des règles de civilité et de politesse ».
 
Au-delà de ces intentions affichées avec une certaine détermination, il serait intéressant de s’interroger aussi sur leurs applications : comment les différents programmes envisagent-ils la mise en œuvre de cette éducation aux valeurs ? Mais il est vrai qu’on parle déjà d’une refonte totale de tous les programmes à brève échéance.
Notons aussi qu’avec l’insistance nouvelle sur un « enseignement laïque de la morale », ce besoin de clarifier les rapports entre « valeurs » et religions se fait plus exigeant.
 
II. « Les valeurs » : un fait social

Ce mot ne fait guère partie du vocabulaire des élèves pour qui il évoque sans doute plutôt la valeur d’un travail, l’évaluation… Pour tout un chacun, ce peut être d’abord très concret, par exemple, en jouant sur les mots : quelle place faites-vous aux valeurs boursières dans votre échelle de valeurs personnelles ?

On lit au mot « valeur » dans le petit Larousse illustré, dictionnaire dont disposent les élèves : « ce qui est posé comme vrai, beau, bien, selon des critères personnels ou sociaux, et sert de référence, de principe moral ». C’est, bien sûr, ce qui structure la philosophie : l’éthique traite du bien, l’esthétique réfléchit sur le beau, la métaphysique, la logique et la philosophie des sciences travaillent sur le vrai. Mais nous nous en tiendrons ici à l’approche sociologique qui est celle des programmes scolaires et de l’actualité.
Sans doute peut-on en effet expliquer en classe qu’il y a des principes sur lesquels se fondent nos actes et auxquels on se réfère. « Ces valeurs relèvent de la conscience de l’homme et lui dictent ses comportements[6] »; tout à la fois on les reçoit et on les construit, c’est un choix de liberté qui permet de mettre à distance et de maitriser les poussées finalement contraignantes des instincts et des désirs du moment : voilà bien tout un volet de nos projets éducatifs qui se trouve en même temps constituer une composante insistante des nouveaux programmes… Salutaire rencontre ou télescopage ?
Il conviendrait ici de faire au moins brièvement appel à l’apport de la Sociologie. Normes sociales et rôle du sacré, quelle origine aux « valeurs » d’une société… les questions sont complexes. Pour tenter de les clarifier et dans une perspective pédagogique (que convient-il d’enseigner aux élèves ?) tout en essayant d’être le moins réducteur possible, nous nous proposons de retenir ici trois regards :
- Pour Emile Durkheim, les valeurs sont une création de la société nécessaire à sa survie. Elles dépassent totalement les individus qui la composent et la société se fait un devoir de les transmettre en particulier par l’école. Elle agit comme une force qui élève l’homme au-dessus de lui-même. Si la religion, le sacré et les normes sociales fonctionnent de manière comparable, c’est parce que, précisément, « Dieu, c’est la société[7] » : « Dieu, disait Durkheim, c’est la société écrite en majuscule dans l’esprit de ses membres » écrit Georges Baum[8]. Dans cette perspective, la société ne cesse de produire du religieux et si, dans le monde actuel, c’est à dire pour Durkheim au début du 20ème siècle, les religions traditionnelles semblent s’effacer, on peut penser que il va en surgir une nouvelle, une sorte de « religion républicaine ». Elle constituerait le fondement d’une « morale laïque » dont les maîtres seraient en quelque sorte les prêtres.
- Max Weber prend davantage en compte le caractère personnel et intime de l’expérience religieuse. C’est un long processus de libération de la soumission à l‘instinct qui commence par l’invention de la magie et sa volonté d’échapper aux contraintes du réel. La religion, avec les explications qu’elle donne, constitue une autre étape de ce processus de rationalisation que Weber nomme le désenchantement du monde : en fin de parcours, c’est à dire de nos jours, le comportement du citoyen n’est plus alors déterminé par l’adhésion à des valeurs mais éclaté selon les motivations de chacun, rationalité subjective, pourrait-on dire. Dans cette perspective, on comprend que les valeurs ne soient plus que des principes pour permettre de gérer les modalités du vivre ensemble et qu’elles soient donc déterminées selon un processus démocratique. « Les valeurs qui sont susceptibles de donner du sens et de guider l’action sont en effet prises dans le processus de désenchantement, c’est à dire perdent leur autorité. Elles ne peuvent plus s’imposer d’en haut comme des pouvoirs infaillibles, car ce sont les groupes sociaux et les individus qui donnent de la réalité et de l’effectivité en les adoptant et en les défendant. » (Jean Marie Vincent[9]).
- Plus près de nous, Régis Debray, dans Les communions humaines, pour en finir avec  « la religion[10], » croise en quelque sorte les deux regards : comme Durkheim il voit dans la religion le ferment essentiel qui permet aux membres d’une société de tenir ensemble. Comme Weber, il voit le sacré comme une dimension irrépressible en l’homme : « il n’existe pas d’être humain, aussi fruste soit-il, sans un ange plus ou moins subtil sur son épaule[11], » et, un peu plus loin : « Que l’homme passe infiniment l’homme, leitmotiv pascalien infiniment repris, cela relève d’un constat de bon sens que peuvent admettre, quand il lui arrive de déposer des chrysanthèmes sur une tombe, le Président de l’Union rationaliste tout comme celui de la Conférence épiscopale.
 
Quel que soit son lien discuté aux religions, cette éducation aux valeurs relève donc bien d’abord du fait social, ou, plus exactement, de l’articulation entre l’individuel et le social, la personne et son intimité, en lien avec la communauté où elle est insérée.
Retenons ici en écho cette référence de l’encyclopédie « Théo » à Malraux dans Les voix du silence : « Les vraies valeurs sont celles pour lesquelles l’homme accepte la misère, la dérision et parfois la mort. Vivre selon des valeurs impose donc des choix parfois difficiles, qui n’excluent pas d’aller jusqu’à l’héroïsme…il y a en effet matière à illustrer cela en cours d’histoire.
Retenons déjà ce premier point essentiel :
En rendant les enseignants redevables de la promotion des valeurs, les programmes les invitent donc à ne pas se limiter au seul domaine de la transmission des savoirs, pour leur confier une mission d’éducation de la personnequi vise son intégration à la vie sociale.
 
III. Les valeurs, quel lien aux religions ?

En cette rentrée 2013, La Charte de la laïcité qui s’affiche dans les écoles de France est très explicite, en particulier dans son article 13 :
Nul ne peut se prévaloir de son appartenance religieuse pour refuser de se conformer aux règles applicables dans l’École de la République.
 
Il s’agit donc bien un lien de soumission des religions aux valeurs de la société sur lequel le ministre Vincent Peillon lui-même a insisté à de nombreuses reprises, par exemple déjà en 2012 dans une interview à l’Express :
« Je pense, comme Jules Ferry, qu'il y a une morale commune, qu'elle s'impose à la diversité des confessions religieuses, qu'elle ne doit blesser aucune conscience, aucun engagement privé, ni d'ordre religieux, ni d'ordre politique[12] ».
On peut en outre trouver écho à cette position dans l’article 6 d’une récente recommandation du Conseil de l’Europe[13] : Se fondant sur le caractère universel, indivisible et inaliénable des droits de l'Homme et soulignant leur primauté sur toute norme sociale ou religieuse qui leur serait contraire, et considérant comme contraire à ces principes le fait que certains responsables de religions estiment être les seuls habilités à dire ce que devraient être les droits de l'Homme, allant parfois jusqu’à affirmer que la théocratie est le meilleur régime .
Pas sûr pourtant qu’il en aille si simplement.
D’abord dans la conscience collective, les religions défendent des valeurs, c’est même sans doute aux yeux de certains - et depuis longtemps ! - leur seul intérêt : ainsi, nous le savons, outre la qualité supposée de l’enseignement et de la discipline, de nombreux parents inscrivent leur enfant dans l’enseignement catholique parce qu’ils pensent que là au moins il y aura une éducation aux valeurs, ce qu’en effet on trouvera d’ailleurs formulé sous diverses formes dans les projets éducatifs des établissements.
Il y a surtout la question du fondement de ces valeurs : où trouvent-elles leur justification ?
Dès la Mésopotamie ancienne, par exemple avec le souverain Hammourabi, s’affichait un fondement divin aux lois de la cité[14]. Plus tard, au moins dans l’iconographie de sa présentation, la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789 se réfère à un « Etre suprême » par un symbole où catholiques et Francs-Maçons peuvent se retrouver, tout comme les juifs reconnaissent la présentation en deux tables : …art du compromis !
Et si ce n’est pas Dieu ou un « Etre suprême », où faut-il chercher la source de la loi et la source des valeurs ? L’idéal républicain constitue-t-il une réponse suffisante ?
Pour l’Islam, la chose semble claire : seul Dieu fonde la loi, les droits et les devoirs. On lit en effet dans la Déclaration islamique universelle des droits de l’homme[15] :
« Les droits de l'Homme, dans l'Islam, sont fortement enracinés dans la conviction que Dieu, et Dieu seul, est l'Auteur de la Loi et la Source de tous les droits de l'Homme. Etant donnée leur origine divine, aucun dirigeant ni gouvernement, aucune assemblée ni autorité ne peut restreindre, abroger ni violer en aucune manière les droits de l'homme conférés par Dieu. De même, nul ne peut transiger avec eux ».
- Pour le Christianisme, conviendrait-il d’opposer, ou tout au moins de confronter des « valeurs chrétiennes » aux « valeurs de la République » ?
 
IV. La question des valeurs chrétiennes

L’expression « valeurs chrétiennes » est très souvent et spontanément employée, y compris par les autorités publiques. Les responsables d’Eglises aussi utilisent le terme. Ainsi la charte œcuménique d’avril 2001 parle de « la désaffection des valeurs chrétiennes[16]. Pourtant certains refusent d’associer l’adjectif « chrétienne au nom « valeur », pressentant une confusion des plans.
Mais de quoi parle-t-on ? Foi-Espérance – Charité, serait-on d’abord tenté de répondre, assimilant ainsi la notion de valeur à celle, plus traditionnelle et légèrement différente de « vertu ». De fait, il y a là une spécificité chrétienne et chacun sent bien qu’on n’est pas sur le même registre qu’avec Liberté, égalité Fraternité ». Pourtant la déclinaison de ces dernières, par exemple sous la forme de respect, justice, tolérance … peuvent apparaître et sont parfois dites « valeurs chrétiennes. Qu’en penser ? Que dire aux élèves ?
Sans doute cette distinction de base :
les valeurs sont les principes qui permettent d’orienter et de guider les relations et les actions humaines au sein de la société.
c’est la foi, la relation à Jésus Christ, non les valeurs, qui donne un cadre aux relations avec Dieu : on n’est pas au même niveau.
Certes dans la mesure où, pour un croyant, le chemin vers Dieu passe aussi par la relation aux autres on retrouve le terrain des valeurs et il n’est pas en soi faux de parler de valeurs chrétiennes mais il serait plus exact de dire : valeurs sociales dont le christianisme fait la promotion.
 
En fait, parler de valeurs chrétiennes présente au moins trois difficultés majeures :
des valeurs dites « chrétiennes » - honnêteté, respect, engagement au service des autres remontent à l’évidence bien en amont du Christianisme. Ainsi pour rester dans nos programmes scolaires avec un exemple classique des cours de latin Regulus, au 3ème siècle avant Jésus Christ, choisit de retourner à Carthage au-devant d’une mort certaine, parce qu’il l’a juré aux Carthaginois: valeur essentielle pour lui de la fidélité à la parole donnée, même à l’ennemi… On pourrait multiplier les exemples.
- Ensuite, on le sait bien, mettre en avant des « valeurs chrétiennes », c’est s’exposer à des débats inextricables avec ceux qui font remarquer que, si valeurs chrétiennes il y a, elles semblent bien souvent contredites dans l’histoire et jusqu’à aujourd’hui, par le comportement des Eglises en général et des chrétiens en particulier.
- Surtout, il y a une façon de se référer à des valeurs chrétiennes qui paraît induire nécessairement une société chrétienne qui les applique, même si on pourrait faire observer qu’il s’agirait là d’une confusion entre les valeurs religieuses  et les valeurs sociales. Et il devient alors inévitable d’entrer en comparaison sinon en conflit avec toutes les instances qui accolent un autre adjectif au mot de « valeurs » : va-t-on devoir confronter des valeurs chrétiennes à des valeurs humanistes, laïques, de gauche, de droite … ?
 
V. Pour une lecture chrétienne des valeurs d’une société

En résumé, parler de « valeurs chrétiennes, c’est donc poser le même type de questions que lorsqu’on invoque une culture chrétienne ou une société chrétienne ou même une politique chrétienne : cela engage fondamentalement la théologie des rapports Eglise/Monde.
Deux pistes pour sortir de cette difficulté[17] :
D’abord savoir adopter une attitude de mise à distance et de lecture critique clairement formulée par le Concile Vatican II dans la constitution pastorale Gaudium et spes.
Retenons par exemple en 11, 1-2 :
« Mû par la foi, se sachant conduit par l’Esprit du Seigneur qui remplit l’univers, le Peuple de Dieu s’efforce de discerner dans les événements, les exigences et les requêtes de notre temps, auxquels il participe avec les autres hommes, quels sont les signes véritables de la présence ou du dessein de Dieu ».
Le Concile se propose avant tout de juger à cette lumière les valeurs les plus prisées par nos contemporains et de les relier à leur source divine. Car ces valeurs, dans la mesure où elles procèdent du génie humain, qui est un don de Dieu, sont fort bonnes (… ») :
Ainsi, si nous lisons bien, les valeurs procèdent du génie humain, elles ne sont donc pas imposées par Dieu (à la différence de ce qu’on a lu pour l’Islam) ; il importe pour le(s) Chrétien(s) de mener un travail de discernement pour les relier à la source de toute création et de tout amour.
- Nous voudrions renvoyer aussi à un document plus récent de la commission théologique internationale du Vatican qui s’avère très éclairant pour notre sujet, sous le titre :
A la recherche d’une éthique universelle, nouveau regard sur la loi naturelle[18].
L’objectif de ce texte est justement de s’interroger sur l’existence possible de « valeurs morales objectives capables d’unir les hommes [19]». L’intérêt de ces théologiens pour la loi naturelle vient de ce qu’elle « affirme en substance que les personnes et les communautés humaines sont capables, à la lumière de la raison, de discerner les orientations fondamentales d’un agir moral conforme à la nature même du sujet humain (…).
Fondée sur la raison commune à tous les hommes, la loi naturelle est la base de la collaboration entre tous les hommes de bonne volonté quelles que soient leurs convictions religieuses » (§9).
Il s’agit donc bien pour un chrétien de prendre en compte l’autonomie des choses temporelles, tout en sachant s’y tenir engagé selon l’impossible - mais si efficace- dialectique du concile de Chalcédoine traitant de la double nature du Christ, vrai Dieu et vrai homme, sans confusion ni séparation. Dans la même ligne en effet, le concile parle de « compénétration de la cité terrestre et de la cité céleste[20] ». On est sur une ligne de crête, avec la double tendance inverse : tantôt, si on parle de valeurs chrétiennes, risquer de se mettre en concurrence avec celles de la République, supposées donc non chrétiennes, tantôt se désengager complètement au nom d’une indépendance de la société dont on accepterait qu’elle confine la religion dans la sphère privée …
Par souci de clarté, ne parlons donc plus de valeurs chrétiennes, pas plus que de culture ou de politique chrétienne, mais considérons que les chrétiens sont engagés dans la société, la politique, culture … et ils ont dans leur mission de renvoyer clairement à la société un regard critique fondé sur les Evangiles et la réflexion en Eglise.

VI. En conclusion, comment se situer comme enseignant et qu’enseigner ?

Les autorités de l’Etat sont dans leur rôle quand elles proposent l’enseignement des valeurs qui fondent et règlementent la communauté nationale.
- d’un point de vue aussi bien cognitif qu’éducatif, il entre dans la mission des enseignants d’introduire les  élèves à la spécificité offerte à l’être humain de se libérer des conduites instinctives et d’entrer dans la liberté d’un comportement choisi en fonction de valeurs partagées qui permettent la meilleure vie en commun possible (ce sont presque là les termes de certains programmes)
- sur ce terrain comme sur d’autres, aller jusqu’à la dimension religieuse des questions posées par l’enseignement des valeurs.
Pour ce faire, on se reportera avec profit à La déclaration déjà citée pour un nouveau regard sur la loi naturelle qui justement en traite.
- S’agissant du Christianisme sous sa forme prise dans le Catholicisme d’aujourd’hui, il s’agit d’éviter l’expression ambiguë de « valeurs chrétiennes » pour enseigner qu’il n’y a pas non plus de  société, a fortiori pas d’état chrétien, malgré les contingences au cours de l’histoire : on ne peut pas, dans l’Eglise de Vatican II, envisager de « République chrétienne » comme il existe des « Républiques Islamiques ». Il convient de souligner aux élèves, par contre, que les chrétiens, engagés personnellement de multiples façons dans la société, sont appelés à longueur de temps, à relire et réfléchir aux valeurs de leur société à la lumière des Ecritures et de la tradition de l’Eglise. Ils sont aussi dans leur rôle de chrétiens quand ils communiquent au grand jour à la société le regard qu’ils portent à ses valeurs
C’est ce qui est très clairement affirmé par la constitution Gaudium et spes déjà citée :
« Comme, de plus, de par sa mission et sa nature, l’Église n’est liée à aucune forme particulière de culture, ni à aucun système politique, économique ou social, par cette universalité même, l’Église peut être un lien très étroit entre les différentes communautés humaines et entre les différentes nations, pourvu qu’elles lui fassent confiance et lui reconnaissent en fait une authentique liberté pour l’accomplissement de sa mission » (§42, 4).
 
Pierre Dussère
Pilote du groupe OPM

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[1]B.O. spécial n°6 du 28 aout 2008
[2]ibid.
[3]ibid.
[4]B.O. N° 31 du 27 août 2009
[5]B.O. hors série n°3 du 19 juin 2008
[6]Encyclopédie Théo, édition Mame 2009, 820a
[7]In les formes élémentaires de la vie religieuse, 1912)
[8]« L’avenir de la religion : entre Durkheim et Weber » erudit@umontreal.ca
[9]In revue européenne des sciences sociales, tome XXXIII, 1995, n°101, p. 95
[10]Bibliothèque de culture religieuse, éd. Fayard, février 2005
[11]oc. p.110
[12]interview à l’Express, 2 sept. 2012
[13]Conférence des OING, commission droits de l’homme et religions, 27 juin 2013
[14]cf Code d’Hammourabi (1750 av. J.C.) (Musée du Louvre) rattachable à divers programmes (dont histoire 6ème)
[15]La Déclaration islamique universelle des droits de l'homme a été rédigée à l’initiative du  Conseil Islamique pour l’Europe, organisme ayant son siège à Londres. La Déclaration a été proclamée le 19 septembre 1981, à Paris, par SalemAzzam, secrétaire général du Conseil islamique, lors d'une réunion organisée au siège de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture [Unesco].
[16]Ratifiée par la Conférence des Églises Européennes (KEK) et le Conseil des Conférences Épiscopales d'Europe (CCEE)
[17]on pourrait bien sûr développer les références, par exemple avec  la lettre aux catholiques de France (1994), appelé « rapport Dagens », document qui a fait autorité et se montre toujours d’actualité, lire en particulier sa 2ème partie, ch. 5 et 6 : reconnaissance de la laïcité et du pluralisme de la société, refus de la marginalisation des Chrétiens.
[19]Introduction §1
[20]Gaudium et spes 40, 3
Créé le 20/05/2014
Modifié le 10/06/2014