Dossier Laïcité
La laïcité à la française pensée depuis la fin du XIXème siècle interroge la posture de l'enseignement en classe. Chaque génération repose depuis la question de la neutralité face à la mission éducative de l'école.
Illu Blaise Dehonin La Libre, 14.05.13 
La laïcité - que l’on peut considérer comme l’expression de la neutralité de l'État - implique-t-elle un silence total sur le fait religieux dans le cadre de renseignement, ou bien signifie-t-elle que le fait religieux doit être traité à l’école, avec un maximum d'objectivité, quel que soit l'enseignant et quels que soient les élèves ? Dans le premier cas, le silence donc, on se placera dans un cadre bien connu : l'incompétence radicale de l’État pour parler de ces choses-là en particulier en raison de l’absence de caractère scientifique, de certitude, sur la question. Dans le second cas, parce que la religion est une question disputée, l’État l'abordera dans le respect des consciences. On voit bien que selon le statut que l’on fait à la laïcité, selon l’idée même que l’on s'en fait, les choses sont, ou peuvent être, très différentes s’agissant de l’enseignement du fait religieux. Or la conception même de la laïcité a considérablement évolué en France (où, d'ailleurs, elle n’a jamais eu le caractère absolu dont on l'affuble) et ceci notamment sous l’influence de la Convention et de la Cour européennes des droits de l’homme . Cette situation, à son tour, retentit sur la réponse à donner à la question posée - faut-il enseigner, comment enseigner le fait religieux à l’école ?
 
Longtemps, en France, il a existé, sous prétexte de laïcité, une véritable discrimination à l'égard de l’enseignement du fait religieux. Celui-ci concerne un grand nombre de personnes, il revêt des manifestations à la fois internes et externes fort nombreuses qu’il s'agisse d'opinions, de rituels, de cérémonies, d'édifices, d'éléments du paysage urbain ou rural, de prises de position dans les domaines les plus divers, etc. Par ailleurs, la religion infuse nombre de secteurs comme la littérature, l'alimentation, le cinéma, l’art, la sexualité, la morale, la politique, l’économie... 
Pourtant on a, depuis un siècle, éprouvé beaucoup de réticences à voir traiter ces questions à l’école sous l’angle de leur analyse religieuse.Qu'enseigner le fait religieux n’est pas un exercice facile, tout le monde en conviendra. Encore faut-il bien prendre l’exacte mesure de la difficulté et de ses motifs. Tout d'abord, c'est un enseignement qui se situe dans un cadre fortement connoté, ensuite le matériau "religieux" ne s'offre pas de la même manière que d'autres matériaux, à l’action pédagogique de l’enseignant. 
Le cadre de référence de cet enseignement est doublement connoté : par la notion même de laïcité et par la prégnance encore forte du catholicisme. On a pris conscience, à l'époque récente, d'un fait jusqu'alors laissé largement dans l'ombre par ignorance. La conception d'un État laïque, c'est-à-dire d'un système politique dans lequel il existe un espace authentiquement légitime pour le politique et un espace authentiquement légitime pour le religieux, est en réalité une conception chrétienne. C’est le christianisme (et aujourd'hui encore il est à peu près seul à l’avoir fait) qui a, à la fois, distingué politique et spirituel, vu dans ces deux entités les composantes suprêmes de tout corps social et posé en axiome leur égale légitimité. 
 
Enfin le "matériau" que constitue la religion place l'enseignant en face de plusieurs difficultés : de quoi va-t-on parler ? Comment va-t-on en parler ?  Il y a tout d'abord la difficulté d'un traitement à peu près égalitaire des religions et c'est à égard qu’il convient de ne pas commettre une erreur. La tentation est grande de dire un peu sur chacun des cultes afin de mettre un terme à l’ignorance des élèves. Cependant, une telle attitude n’est pas aussi judicieuse que cela pourrait le paraître de prime abord. Il y a, enfin, la manière d'enseigner. C'est là tout un art bien difficile en vérité. Comment exposer à des enfants un récit biblique (le déluge, la traversée de la mer rouge, la multiplication des pains, la guérison du paralytique...) sans risquer l’un des deux écueils suivants :
1) prendre tellement à cœur le récit, y entrer si complètement que l’on va faire croire à l'enfant que c'est là une vérité puisque le maître – ce savant – y croit lui-même ?
2) Ou bien, par souci de distanciation, et d'une certaine neutralité, rester très froid à l'égard du récit, voire dubitatif, au risque, cette fois, de blesser les enfants et de susciter des réactions, parfois violentes, des familles. Imaginons un enfant rentrant dans sa famille, très croyante, après la classe et disant à ses parents que son enseignant a dit que le récit de la Création du monde en sept jours n'était pas à prendre au pied de la lettre, que c'est une image, une façon toute sémitique de dire les choses, etc. ? La tâche est d'autant plus difficile que l'on ne peut pas espérer s'en tirer en adoptant l'une de ces trois attitudes, différentes certes mais contestables : soit passer purement et simplement sous silence ces situations, ne pas les traiter, soit, par une pirouette, dire qu'il y a du bien un peu partout, que tout le monde a un peu raison, soit, enfin, susciter le doute en montrant surtout les contradictions.

La France se trouve désormais à un carrefour mais elle n'a pas le choix de sa route. Ce ne peut être que celle d'une laïcité positive, ouverte, c'est-à-dire qui accepte de voir le religieux jouer un rôle dans la sphère publique à l’instar de nombre d'autres phénomènes non politiques. Nos dirigeants doivent décider ou subir un certain retour du religieux comme fondement du régime démocratique. Jamais, peut-être, sur ce point du moins, la distance n’aura été aussi grande entre la République, qui peut encore ignorer les cultes, et la démocratie qui, selon la Cour EDH et l’Union européenne, trouve, dans la religion, l’un de ses éléments constitutifs majeurs. On mesure l’ampleur de l’enjeu !


 
I - HISTORIQUE
1905 et la pratique d'une laïcité de reconnaissance sociale des religions - Jean-Paul Willaime
 
II - REPÈRES
Laïcité Repères  - Textes de référence et documents d'actualité sur l'Église et la laïcité - Conférence des évêques de France
- Laïcité, faits religieux et école - IESR
Laïcité : principe et pédagogie – Eduscol
Laïcité et Gestion  du fait religieux dans les structures socio-éducatives - Site du gouvernement
L’Eglise catholique face au modèle français de laïcité. Philippe Portier - archives des sciences sociales et religions 2005
Alsace : les Sages ont conforté la laïcité au moins autant que le Concordat – Martine cerf – février 2013
Séminaire Enseigner les faits religieux dans une école laïque - Ecole et religion en France (XIXe-XXe siècles)- Philippe Portier – Eduscol
 
III - RÉFLEXIONS
L’État et la religion en France. Vers une laïcité de reconnaissance ? Philippe Portier – La documentation française
France : la laïcité s'affiche dans les écoles publiques – Radio Vatican – septembre 2013
‘Religions’, ’sécularisation’ et ‘laïcité’: des concepts en mouvement (DCIE) – Gunter Krause - Droits de cités (avec Vidéo  Discussion avec Emile Poulat + autres vidéos)
- « Où en est la laïcité à la française ? » Conférence -soirée d'éthique publique du Centre Sèvres. Paris le 5 février 2013
La laïcité à l'épreuve du multiculturel et du multireligieux– Jean-Claude Ricci
« La laïcité ne se résume pas à un rapport de méfiance »- Guy Coq
Toutes les croyances ne se valent pas. Vive la laïcité ! André Comte-Sponville
Laïcité - Pierre de Charentenay - Jésuite, Revue Etudes – Ceras novembre 2012
L’islam dans la laïcité - Ghaleb Bencheikh – Revue Projet
Laïcité, ignorance et reconnaissance – Pierre de Charantenay – Revues études
 
IV - ENJEUX
La laïcité, principe de la doctrine sociale de l’Eglise - Christian Mellon – Ceras décembre 2012
La laïcité : un enjeu de société - Guylain Chevrier – Cahiers d’Histoire - 2003
Les religions dans la société française : 2000-2015, quoi de nouveau ? - Cefrelco
 
V – LES PRINCIPAUX TEXTES OFFICIELS

Textes nationaux :
Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen du 26 août 1789 - Assemblée nationale
Constitution du 4 octobre 1958 - Légifrance
Loi du 15 mars 1850 sur les établissements scolaires du primaire et du secondaire dite « loi Falloux » - Légifrance
Loi du 12 juillet 1875 dite « loi Laboulaye » - Légifrance
Loi du 28 mars 1882 sur l'instruction publique obligatoire dite « loi Jules Ferry » - Assemblée nationale
Loi du 30 octobre 1886 sur l'organisation de l'enseignement primaire dite « loi Goblet » - Sénat
Loi du 9 décembre 1905 de séparation des Églises et de l'État - Légifrance
Loi du 2 janvier 1907 concernant l’exercice public des cultes - Légifrance
Loi du 31 décembre 1959 sur les rapports entre l'État et les établissements d'enseignement privés dite « loi Debré » - Légifrance
Loi du 26 janvier 1984 sur l'enseignement supérieur, dite « loi Savary » - Légifrance
Loi du 15 mars 2004 encadrant en application du principe de laïcité le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics - Légifrance
Loi du 29 octobre 2009 dite « loi Carle » - Légifrance
Loi du 11 octobre 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public – Légifrance

Textes européens
Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950
Traité sur le fonctionnement de l’Union européenne du 25 mars 1957
Directive européenne 2000/78/CE du 27 novembre 2000

Texte international :
Déclaration universelle des droits de l’Homme du 10 décembre 1948

Autres textes nationaux :
Circulaire de François Bayrou du 20 septembre 1994 - Assemblée nationale
Circulaire de François Fillon du 18 mai 2004 - Légifrance
Circulaire du 2 février 2005 sur la laïcité dans les établissements de santé – Santé gouvernement
Circulaire du 20 décembre 2006 relative aux aumôniers des établissements hospitaliers – Santé gouvernement
Circulaire du 19 décembre 2008 relative aux lieux de sépultures - Légifrance
Circulaire du 16 août 2011 relative aux cantines scolaires - Légifrance
Circulaire du 5 septembre 2011 relative à la charte des aumôneries dans les établissements hospitaliers - Légifrance
 
 Lire aussi sur le site Enseignement & Religions :
Fait religieux et laïcité
Fait religieux et laïcité (des ressources du net pour enseigner la laïcité)
Religion et posture laïque : 100 ans après la loi 1905
Créé le 16/04/2014
Modifié le 16/06/2016