Langues, culture gaélique, enluminures
Dans le cadre d'un jumelage, cette séquence marque par plusieurs étapes : l'écriture de lettres dans le cadre de correspondance scolaire, la découverte du gaélique et des évangéliaires en Ecosse, la relation établie entre les enluminures et les mandalas, le coloriage des enluminures. L'ensemble de cette activité permet, entre autres, à des élèves d'être éveillés au sens de la beauté. Pour des élèves de 5ème.
Objectifs :
- Préparer et évaluer des activités dans le cadre d'un jumelage,
- S'approprier la langue étrangère comme moyen de communication,
- Éduquer à la tolérance.

Destinataires : Enseignants d'Anglais et de Mathématiques, classe de Cinquième.

Supports :
- Documents sur la culture gaélique.
- Enluminures des Évangéliaires Book of Kells, Book of Durrow.

Source : Programmes scolaires et culture religieuse, partage d'expériences, Enseignement catholique d'Auvergne et du Limousin, Limoges, 1996.

La sensibilisation à la dimension religieuse de la culture n'est pas toujours le fait d'une activité programmée d'avance dans l'année. Cette séquence démontre qu'un simple échange de correspondance avec des élèves d'un autre pays peut être l'occasion d'une découverte inattendue : la langue gaélique, les évangéliaires et leurs enluminures. Les principes de réalisation de ces enluminures vont provoquer une implication du professeur de mathématiques qui initie ses élèves aux correspondances entre les dessins géométriques et les mandalas.

Le déroulement même de cette séquence exige curiosité, souplesse et rigueur pour effectuer des transitions intelligibles entre une langue étrangère (le gaélique), une tradition particulière du christianisme (le monachisme irlandais et écossais), un mode d'expression de la foi (les évangéliaires et les enluminures), un domaine des mathématiques (la géométrie) et des images organisées autour d'un point central (les mandalas).

DESCRIPTION DE L'ACTIVITE
Cette séquence a été marquée par plusieurs étapes : l'écriture de lettres dans le cadre de correspondance scolaire, la découverte du gaélique et des évangéliaires en Ecosse, la relation établie entre les enluminures et les mandalas, le coloriage des enluminures. L'ensemble de cette activité a permis, entre autres, à des élèves d'être éveillés au sens de la beauté.

L'ÉCRITURE DES LETTRES
Cette expérience a été faite en classe de cinquième dans le cadre d'un échange de courrier avec une classe du même âge de la ville d'Inverness au Nord de l'Ecosse. Cet échange s'est fait sur toute l'année scolaire à raison en moyenne de deux courriers par trimestre. La lettre est une lettre de groupe écrite par une classe à l'autre classe à partir d'une grille de thèmes d'échanges, décidée au départ entre les deux professeurs.

La méthode : le thème de la lettre à écrire est donné par le professeur. Les élèves discutent de différents aspects du thème, et se répartissent le courrier à faire soit individuellement soit par groupes.
Par exemple, pour la première lettre le thème fut la vie scolaire, un élève fit une belle grille d'emploi du temps, un autre le remplit, un autre écrivit quelques lignes sur le cours de gymnastique, d'autres choisirent un exemple d'exercice de mathématiques à envoyer, quelques lignes d'un beau texte en français etc.
Sont à chercher aussi quelques photos, coupures de presse sur la rentrée en France et la photo de l'établissement...

LA DECOUVERTE DU GAELIQUE ET DES EVANGELIAIRES
Première lettre reçue d'Ecosse : les emplois du temps. Les élèves français découvrent que leurs correspondants ont des heures de cours de gaélic, comme ils ont des cours de français ou de maths.
Deuxième lettre envoyée : qu'est-ce que le "gaélic" ? Pourquoi en faites-vous ? Pouvez-vous nous envoyer des exemples ?
Deuxième lettre reçue : une lettre de noms et prénoms typiquement gaéliques, quelques mots d'usage courant... Nous devenons trilingue l'espace d'un instant. Le professeur d'anglais a bien besoin des quelques indications phonétiques fournies par sa collègue pour découvrir avec ses élèves la langue gaélique !

Les Écossais étonnés et contents de l'intérêt de leurs correspondants vont ainsi envoyer au fil de l'échange beaucoup de documents sur le renouveau de la langue et de la culture gaélique qui se développe sur les Hautes Terres d'Ecosse : photos de sculptures, croix, motifs décoratifs divers et enluminures tirés d'évangéliaires.

MATHEMATIQUES, ENLUMINURES ET MANDALAS
Les évangéliaires contiennent des enluminures superbes réalisées par les moines Irlandais et Écossais vers le IXème siècle à la période de l'âge d'or du gaélisme. Ces enluminures amènent alors à un travail conjoint avec le professeur de mathématiques. En effet, ces mêmes élèves de cinquième faisaient depuis la sixième, avec leur professeur de mathématiques, un travail sur les dessins géométriques et les mandalas.

À l'origine, le mot sanscrit «mandala» signifie «cercle». On désigne, sous ce nom, des images organisées autour d'un point central mais qui peuvent contenir de multiples formes géométriques et symboliques. Le dessin peut en être très complexe - tels ceux que peignent les moines tibétains, ordonnés selon des règles strictes de composition et exprimant l'expérience intérieure - ou parfaitement simple : un point au milieu d'un cercle.

Les hommes ont créé des mandalas de toutes sortes, à toutes les époques e: en tous points de la planète : décoration des objets usuels et rituels, plans des temples et des villes, figures de danse, réalisations techniques (l'horloge, la roue, le moulin). Nous vivons dans une forêt de mandalas. Labyrinthes et rosaces l'illustrent bien dans les cathédrales.

DES ENLUMINURES A COLORIER
Initiés par ces travaux à l'esthétique des couleurs et des formes, au travail long et minutieux du coloriage, au silence pour le recentrage et la concentration, les élèves ont été sensibles aux enluminures gaéliques du IXème siècle, qui arrivaient à point nommé pour faire suite aux mandalas rosaces de nos vitraux de cathédrales. Les élèves sont passés facilement aux motifs entrelacés des lettres des évangiles des moines celtes.

Les enluminures à colorier ont été choisies dans les quatre évangiles. Un travail de groupe oral s'est fait sur les symboles attachés à chaque évangéliste : le lion de Marc, le taureau de Luc, l'ange de Matthieu et l'aigle de Jean. Chaque dessin portait le nom de l'évangile dont il était tiré. Les élèves donnaient d'autres exemples de ces symboles, en cherchaient autour d'eux, en rapportaient en classe (médaille, écusson, timbres).

Les motifs étaient photocopiés en noir et blanc et l'élève en choisissait un qu'il devait colorier pendant quelques minutes au début du cours. Le coloriage permit à l'élève de s'approprier le dessin par le choix des couleurs qu'il faisait, par le laps de temps qu'il lui fallait (une à plusieurs semaines) par la minutie qu'il déployait. Le simple coloriage de ces dessins est un exercice difficile qui n'a été possible que grâce à la progression du travail fait sur des motifs géométriques de plus en plus complexes depuis le début de la sixième.

LA DECOUVERTE DE LA BEAUTE
Les élèves ont apporté leurs dessins finis pour les afficher en classe. Exposés sous forme de frise ou de vitrail, l'effet fut saisissant : la beauté de chacun participait à l'harmonie du tout. Ce fut l'apprentissage du choix et de la difficile et nécessaire sélection : tel «artiste» estimait que son dessin ne serait pas affiché, qu'il allait en refaire un autre parce qu'il n'était pas satisfait de son œuvre. Ce fut aussi la découverte de l'impact de cet élément décoratif sur le lieu et sur ceux qui y travaillaient. En entrant dans la pièce beaucoup dirent : «C'est beau !» et certains ajoutèrent : «On est bien ici !».

[ Réflexion pédagogique ] Relier les détails pittoresques à une tradition
On a parfois l'impression que ce qui pique l'attention du grand public dans les religions aujourd'hui, c'est leur caractère étrange. Rites, costumes, coutumes seraient d'autant plus prisés qu'ils semblent complètement déconnectés des modes de vie qui sont les nôtres.

Il est donc facile d'étaler sa «culture» en s'attachant à mettre en relief des détails pittoresques ou énigmatiques. On pourrait facilement accumuler ainsi des connaissances, d'une manière encyclopédique, comme pour former des champions en vue de jeux du style trivial poursuit. Comment dès lors ne pas s'éparpiller dans des informations secondaires mais curieuses ? Or Dieu n'est pas bizarre écrit Jean-Noël Bezançon !

Il vaut la peine, si on souhaite piquer la curiosité, ou faire montre d'érudition, de relier les détails que l'on choisit de mettre en valeur, à une vision du monde, à un message, caractéristiques de la tradition dont on parle. Une connaissance n'a d'intérêt que si on peut la mettre en rapport avec un ensemble significatif.

Ce texte est extrait  de l'ouvrage "Enseigner les religions au collège et au lycée", publié par le CRDP de Besançon. Les auteurs sont :
- Jean Joncheray, Professeur honoraire à l'Institut catholique de Paris - Département de théologie pratique - faculté de théologie ICP et Membre du Conseil de rédaction des "Recherches de science religieuse",
- René Nouailhat, Responsable de la Mission Enseignement et Religions.

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Jean Joncheray et René Nouailhat
Créé le 14/11/2011
Modifié le 04/12/2014