Dossier Novembre 2013 : Observatoire des programmes et des manuels scolaires
Un groupe d'experts coordonné par Pierre Dussère apporte un éclairage sur le traitement explicite ou implicite du fait religieux dans les programmes et les manuels scolaires.
Le fait religieux : qu’est-ce que c’est ?

L’expression s’est imposée rapidement au sein de l’institution scolaire. Ainsi un dossier du manuel Hachette 2004 est titré le fait religieux en France depuis 1945. Pour le sociologue Durkheim, le fait religieux relève du fait social, il s’agit d’un sujet de connaissances du passé et du présent.
L’expression a quelque chose de rassurant à tout le moins dépassionne l’approche des religions. Un fait a trois caractéristiques :
- Il est observable et s’impose à tous.
- Il ne préjuge ni de sa nature, ni du statut à lui accorder.
- Un fait est englobant : il ne s’agit pas d’analyser une religion particulière mais toutes les religions.

Le fait religieux n’est pas une opinion. Il se réduirait sinon à une simple démarche individuelle, une recherche du bien être intérieur. Mais se serait oublié sa dimension structurante et collective, son rôle dans l’organisation des sociétés du passé comme dans celles du présent. Or c’est cette dimension structurante qui lui donne toute légitimité comme objet d’étude au sein de l’enseignement.

D’évidence, mais il est bon de le rappeler, l’enseignement du fait religieux ne peut être un enseignement confessionnel. Ni catéchisme, ni théologie. Mais de la même manière il ne faut pas tomber dans un enseignement contre, qui réduirait le fait religieux à un fait de croyance obscurantiste relevant du passé et dont il faut se défaire pour avancer sur la voie du progrès (mais quel progrès ?). La première difficulté à laquelle est confronté l’enseignant, avant même d’aborder la question des manuels, est celle de sa neutralité.

Comme le rappelle Régis Debray, il faut éclairer de manière circonstanciée les incidences du fait religieux sur l’aventure humaine. Aussi, dans cette optique l’approche du fait religieux est-elle pluridisciplinaire : histoire, géographie, anthropologie, sociologie, analyse littéraire, le fait religieux ne s’appréhende pas par un unique point de vue. C’est bien là la difficulté que l’expression ne réussit pas à contourner totalement. En effet, si le fait est facile à appréhender, définir le terme religieux est sans doute plus complexe.

Le religieux est impossible à séparer des grands enjeux socio-politiques, identitaires, symboliques, existentialistes. Du reste, en circonscrivant le religieux à des pratiques culturelles ou sociales l’enseignant risque d’oublier ce qui fait sa spécificité : la foi . Or la difficulté réside bien dans l’approche de la foi, si personnelle. Pour autant, étudier une église ou une mosquée sans évoquer ce pourquoi ces monuments ont été bâtis et ce que font les fidèles à l’intérieur, c’est les dévitaliser, c’est aborder un contenu sans apporter le sens qu’il revêt. Les églises ou les mosquées qui abondent dans les manuels de 6e, de 5e et de seconde révèlent aussi un dernier aspect qui complique encore l’approche du religieux. La difficulté est constituée par l’interaction longue durée-modernité du religieux et de tout ce qu’on peut lui attacher. Eglises et mosquées ne sont pas que des monuments du passé. Ils sont des lieux de culte pour des millions d’êtres humains au début du XXIe siècle, ce qui n’est pas le cas des vestiges des temples gréco-latins…

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Créé le 25/10/2013
Modifié le 06/11/2013