Dossier Février 2013 : Observatoire des Programmes et des Manuels scolaires
Un groupe d'experts coordonné par Pierre Dussère apporte un éclairage sur le traitement explicite ou implicite du fait religieux dans les programmes et les manuels scolaires.
Il était une fois la mosquée de Cordoue, le codex de l’apocalypse, la Sainte Chapelle, la Nativité de Giotto...
Toutes ces œuvres magnifiques nous racontent la prodigieuse inventivité des êtres humains, la richesse de leur imaginaire, les prouesses techniques dont ils sont capables pour les  exprimer. Que de splendides livres d’histoires... et d’Histoire !

Mais ces « il était une fois » sont aussi bien souvent des histoires de ... foi !

Pendant longtemps, l’école a voulu ignorer ce phénomène, au nom d’une laïcité trop étroitement comprise, voire « combattante ». C’était confondre un peu vite la religion et l’étude raisonnée du fait religieux. Reconnaissons que cette notion ne se laisse pas facilement cerner. Selon Régis Debray, le fait religieux « s’inscrit en profondeur dans l’histoire, la géographie, comme dans la littérature et le cinéma... ». Il est « partie intégrante de la réalité collective. Pour nous, élèves ou enseignants, son étude relève de la culture générale... ». Aujourd’hui les disciplines scientifiques sont aussi concernées  du fait des nouveaux enjeux bioéthiques mais aussi épistémologiques de ces enseignements.

Il s’agit donc de proposer aux élèves une approche historique et sociologique du phénomène religieux, dans toutes ses composantes, dans la mesure où l’un des rôles fondamentaux de l’école est de donner aux élèves ces repères culturels indispensables à la compréhension du monde dans lequel ils évoluent.

En effet, le silence de fait établi à l’école autour du phénomène religieux ne prive-t-il pas les élèves d’une importante clé de compréhension du monde ? Comment lire et comprendre une enluminure du Moyen-Age, une mosaïque de l’Alhambra, un tableau de Raphaël ou de Chagall sans cette dimension, au cœur même du projet de l’artiste qui en est l’auteur ? 

Ce moine, penché sur son écritoire, dans l’atelier de copie de son monastère, peut-on imaginer de l’étudier en faisant abstraction du contexte historique et culturel qui donne sens à son entreprise ? Et qui fera donc sens pour les élèves !

Car c’est bien la question : à quoi peut donc bien servir d’étudier consciencieusement les différences architecturales entre une cathédrale romane et une cathédrale gothique, une synagogue et une mosquée, hors de toute approche culturelle et religieuse de ces monuments ?

De plus, vouloir ignorer le fait religieux dans l’enseignement, n’est-ce pas aussi exclure ce champ important de l’activité humaine de toute analyse critique, de tout recul historique ? Comment une école qui se veut ouverte sur le monde pourrait-elle ne rien avoir à dire sur le fait religieux, alors que les jeunes  y sont sans cesse confrontés, que ce soit dans les médias, ou dans leur vie quotidienne ? 

Les programmes scolaires font donc aujourd’hui explicitement référence au fait religieux, tant à l’école élémentaire qu’au collège et au lycée (en fait depuis les programmes de 1985 en ce qui concerne le secondaire). Il s’agit évidemment pour nous de « l’aborder sans a priori ni préjugé, comme un trait de comportement... il a la valeur et les limites, d’une simple description compréhensive ».

Le travail engagé depuis plusieurs années par l’Observatoire des Programmes et des Manuels, coordonné par Pierre Dussère va dans ce sens. Ce groupe s’est donné pour objectif l’analyse critique de l’ensemble des textes officiels afin de sensibiliser les enseignants quant à la mise en œuvre des programmes officiels de l’éducation nationale. Ces textes regorgent de « religieux » explicite ou implicite. La prise en compte de la dimension religieuse de la culture scolaire est ainsi éclairée dans un objectif de professionnalisation des enseignants. Il s’agit de poursuivre la clarification et de permettre la préparation des séquences pédagogiques dans l’ensemble des disciplines et de niveaux scolaires.

. Max Weber et « l'esprit du capitalisme »
. Pistes d'enseignement de l'objet d'étude de la GUERRE sous l'éclairage du Fait religieux en classe de *3ème

. Littérature à l'école primaire et fait religieux
. Le « fait religieux » à l'aune des programmes de français en France depuis le XIXe siècle ? première partie
. Qui est ce corps vecteur de l'éducation à l'altérité ?

Février 2013
Créé le 25/10/2013
Modifié le 06/11/2013