Dossier Janvier 2012 : Observatoire des programmes et des manuels scolaires
Pierre Dussère, coordinateur de coordinateur de l'Observatoire des programmes et des manuels scolaires (OPM), nous livre le travail de l'Observatoire autour de la lecture des préambules des programmes. Il est vrai que les préambules traitent d’abord des visées éducatives des programmes. N’aurions-nous pas, dans l’enseignement catholique à y être encore davantage attentifs ? Allons-nous laisser le souci du concret, du maitrisable et du mesurable envahir totalement notre champ mental pédagogique ?
Lisons-nous suffisamment les préambules des programmes que nous avons à mettre en œuvre ?

Il n’y a là dira-t-on qu’idées générales sans efficacité, au mieux des vœux pieux. Soyons pragmatiques, n’est-ce pas, et voyons si, à tel niveau de classe, on aura à enseigner plutôt la Renaissance ou les Lumières, la géologie ou l’écologie… et de quoi sera fait le nouveau brevet ou la prochaine réforme du bac.

Oui, certes, si l’on tient à rester « le nez dans le guidon » et si on oublie que notre ministère de tutelle s’appelle bien encore Ministère de l’Education nationale ».

Or, il est vrai que les préambules traitent d’abord des visées éducatives des programmes. N’aurions-nous pas, dans l’enseignement catholique à y être encore davantage attentifs ? Allons-nous laisser le souci du concret, du maitrisable et du mesurable envahir totalement notre champ mental pédagogique ?

Retenons seulement deux axes éducatifs des programmes officiels dans le cadre de cet éditorial :
 - l’enseignement comme quête de vérité
 - l’enseignement comme « formation au sens critique » et plus généralement comme « construction de valeurs universellement reconnues ».

1) Dans l’introduction aux programmes de sciences : la question des vérités révélées

« La perspective historique permet (…) de présenter les connaissances scientifiques comme une construction humaine progressive et non comme un ensemble de vérités révélées » (introduction commune des programmes de maths-sciences-technologie au collège, p. 1).
« Contrairement à la pensée dogmatique, la science n’est pas faite de vérités révélées intangibles, mais de questionnements, de recherches et de réponses qui évoluent et s’enrichissent avec le temps ». Il conviendrait d’ailleurs de relire en entier ce préambule des programmes de physique-chimie en classe de seconde qui parle aussi de « donner accès à la beauté des lois de la natureen mobilisant les multiples ressources de l’imagination ».
-Expérience- question à une collègue professeur de SVT à la fois en collège et en 1ère S/TS : « Connais-tu cette orientation de tes programmes ? ».
Réponse un peu inattendue : « Oui, bien sûr, c’est même un dada de notre Inspecteur ». Tiens, même l’Inspecteur ! Mais cette collègue de continuer, comme pour me faire revenir de ma surprise : « mais, tu sais, personne n’y songe et personne ne le fait… »  
 
Ouvrons maintenant le préambule du socle commun :
« Chaque grande compétence du socle est conçue comme une combinaison de connaissances (…) de capacités (…) mais aussi d’attitudes indispensables tout au long de la vie, comme l’ouverture aux autres,  le goût pour la recherche de la vérité (…) »
Maurice Sachot, en écho involontaire au préambule des programmes de sciences dans sa contribution au symposium d’octobre 2009 enfonce le clou : « Le concept de vérité révélée est une contradiction dans les termes ».
Dans un établissement catholique, le moins qu’on en puisse dire, c’est que ces affirmations devraient soulever des questions. Faut-il d’emblée, dans le cadre de notre enseignement, se situer contre ou au minimum ignorer l’Eglise qui  s’affirme dépositaire d’une vérité à transmettre, vérité qui ne vient pas d’elle mais qu’elle affirme recevoir d’en haut ? Sans doute convient-il d’abord d’expliquer aux élèves qu’en religion aussi, du moins en judaïsme et christianisme, la vérité  « se reçoit »  tout au long d’un chemin « de questionnements, de recherches et de réponses qui évoluent et s’enrichissent avec le temps ».

Le vrai en histoire, le vrai à la télé (« Je l’ai vu à la télé », dit-on dès la maternelle), le vrai en littérature, le vrai dans les religions… Il ne s’agit évidemment pas de faire  des cours sur la vérité dès le plus jeune âge, mais de viser à ce que nous tous enseignants soyons un peu au clair sur ces questions. Non seulement il convient d’être à même de répondre aux élèves et de gérer l’actualité de la classe, mais, que nous le voulions ou non,  il se trouve que nous mettons en œuvre au quotidien des réponses implicites :  en prendre davantage conscience, tel est aussi l’enjeu.

2) la question de l’éducation aux valeurs

Dans le préambule commun pour l’enseignement des langues vivantes au collège : « Il appartient au collège de former le sens critique des adolescentset de les éloigner des conceptions ou des représentations simplistes. (…) L’apprentissage des langues vivantes joue un rôle crucial (…) pour amener à la construction de valeurs universellement reconnues ».
Certes, quand on parle d’anglais et d’USA, ne va-t-on pas vite rencontrer les mouvements évangéliques ou aussi le créationnisme et l’ « intelligent design » ? Et le Luthéranisme en cours d’Allemand ? Mais on constate que, même en langues vivantes, la finalité du programme va plus loin.
Sens critique, construction de valeurs, ces orientations et d’autres se trouvent d’ailleurs en facteur commun dans bien des programmes, au premier abord pourtant fort différents : Régis Gaudemer nous le fait apparaitre pour les préambules de l’enseignement du 1er degré, et Laure Nison pour les programmes de Sciences Economiques et Sociales (S.E.S.).

Dans cette perspective, nous souhaitons à l’Observatoire lancer un travail sur ces deux questions :
- à quel sens de la vérité éduquons-nous dans chacune de nos disciplines ?
- comment enseigner les dimensions religieuses des valeurs éducatives que les différents programmes scolaires donnent à promouvoir ?
 
3) Au delà des préambules, en histoire des arts et en Français  

Attirons encore l’attention sur l’enseignement d’histoire des arts qui se met en place à tous les niveaux et sur la responsabilité particulière des professeurs de Français en matière d’enseignement du fait religieux, avec l’exemple de la classe de 1ère.
- dans le nouveau programme de Français de 1ère mis en œuvre à la rentrée de septembre 2011, nous  relevons ceci dans les  objets d’étude : « l’objectif est d’approfondir avec les élèves la relation qui lie, en poésie, le travail de l’écriture à une manière singulière d’interroger le monde et de construire le sens (…)  permettre aux élèves d’accéder à la réflexion anthropologique (…) aborder les œuvres et les textes étudiés en s’interrogeant sur la question de l’homme » …. Comment inscrire plus profondément le fait religieux dans un programme de lycée ?

C’est aussi ce à quoi l’article de Patrick Laudet, Inspecteur Général en lettres, veut nous introduire pour les nouveaux programmes de lettres au collège.
Dans le programme d’histoire des arts au lycée (page 14) on trouve, parmi d’autres, ces thématiques très explicites: l’expression du sentiment religieux (recueillement, adoration, communion, émotion, extase, etc.) et sa transmission … Non, non, on n’est pas dans un programme de religion, mais c’est bien scolaire. Il s’agit, pour le sentiment religieux, d’un travail  d’étude un peu similaire celui qu’on peut mener sur les relations de Rodrigue et Chimène dans la fameuse scène du « Va, je ne te hais point ». Le travail sur le fait religieux n’est-il pas à celui qui est mené en littérature sur ce qui touche à l’intimité ?
 
Partageons pour conclure  la perspective que nous a tracée Patrick Laudet lors de sa contribution à notre observatoire le 25 février dernier :
L'urgence dans les programmes se situe au niveau du sens. Il s’agit de rendre professeurs et élèves sensibles aux enjeux dont les faits sont significatifs. Ne pas en rester donc à une approche culturelle, patrimoniale, de type muséographique des Faits religieux, mais plutôt promouvoir une approche sapientielle[1], qui donne aux jeunes les moyens de se construire, de faire l’homme. C’est cette orientation qu’il convient de lire sous le vocable dynamique de compétences que le socle commun adjoint à celui de connaissances.
 
Lisons et mettons en œuvre les préambules de nos programmes, non seulement ils ne sont pas inutiles mais ils contribueront même, s’il est besoin, à revivifier en nous notre mission intellectuelle et éducatrice en nous libérant d’une lecture trop pointilliste et techniciste des contenus qu’ils introduisent ! 
coordinateur de l'OPM
Formiris


[1]N.B : P. Laudet, emploie cette expression, semble-t-il, pour situer le travail sur les Faits religieux dans une sorte d’espace intermédiaire entre la distance excessive de la « laïcité d’incompétence » pointée par R. Debray et un Enseignement religieux. P. Laudet définit aussi cet espace comme celui d’une « interconfessionnalité religieuse ». On pourrait dire qu’il donne corps ainsi à ce que R. Debray distingue comme l’Enseignement du religieux qu’il veut promouvoir. Ce que vise P. Laudet est la construction par l’élève d’une certaine sagesse personnelle. Notons encore que ce mot -sapientiel-, (en latin, sapientia signifie sagesse) sert surtout de traduction au grec « sophia », qu’on trouve précisément comme chacun sait dans Philosophie
 
Créé le 25/10/2013
Modifié le 06/11/2013