Le fait islamique : les premiers siècles de l'histoire de l'Islam
Cette contribution sur l'étude du fait islamique aborde les premiers siècles de l'histoire de l'Islam. Elle est fondée sur trois fiches pédagogiques. La première traite thème de l'avènement de l'islam, son contexte et ses éléments fondateurs. La deuxième est consacrée à la question de la succession du Prophète Muhammad. Enfin la troisième porte sur le passage de l'organisation communautaire à un empire qui a connu des périodes d'unité et de morcellement. 
Introduction

La " théorie " qui stipule que l'histoire de l'Homme est distincte de l'histoire du divin enferme la pensée dans une dichotomie qui prive, d'une part l'homme véritable faiseur de religion de sa propre production, et d'autre part, qui présente le religieux comme un domaine inaccessible, énigmatique et imprégné de mythes. Dans la perspective d'une étude scientifique du fait religieux cette dichotomie doit céder la place à une méthode par laquelle l'histoire aura pour objet les idées et leurs rapports à la dimension religieuse. Et c'est là où l'on peut exploiter des données théologiques pour une étude de l'histoire, la littérature et de la civilisation.
Une pluridisplinarité marque, en effet, l'enseignement du fait religieux. A la lumière des données théologiques concernées, l'étude permet la conception d'une histoire de l'homme qui ne tend pas à chercher le bien fondé de la pensée théologique, mais qui s'oriente vers une histoire contextualisée de la genèse de ces mêmes idées. En dehors du registre dialectique de la croyance et de l'incroyance, le travail se situe, donc, sur le terrain de l'évolution des idées empreintes des dimensions culturelles, civilisationnelles, géopolitiques et linguistiques.
Pour que l'enseignement du fait islamique respecte ce cadre laïque, il est d'une grande importance de libérer le discours religieux d'une dichotomie imposée caractéristique du discours religieux traditionnel, et opposée à toute critique de schémas et de conceptions affirmées une fois pour toutes définies par les Anciens. L'étude du fait islamique a été toujours victime de deux attitudes : Il s'agit d'une sérieuse dissociation et de scission définitive entre sciences religieuses et d'autres disciplines. Les conséquences de cette rupture ont doublé: Cette action est, d'une part, perçue par les modernistes comme étant une distinction légitime entre " le savoir du présent " portant sur les sciences exactes, humaines et littéraires et " un savoir du passé " qui concerne le domaine théologique, et d'autre part, cette rupture a accentué chez les traditionalistes le sentiment du rejet dune identité et d'une culture dont ils se sentent détenteurs. Cette négligence des sciences islamiques par les modernistes a offert l'occasion à un cadre enseignant et à des prédicateurs ayant tendance à considérer que toute évolution ne peut être que dégradation et toute rénovation n'est qu'une innovation blâmable. Car, à leurs yeux, le passé musulman est l'équivalent d'une catharsis puisant dans le concept de la pureté dans son extension et le présent apparaît, en revanche, comme étant diamétralement son opposé, c'est à dire, expurgé de toute pureté. Une telle position a laissé libre cours à des récupérations, à des intrus et à des étrangers à l'enseignement religieux.
L'attitude du rejet du religieux a renforcé l'accaparement de la production du sens religieux et de définir ce qui est à croire. Ce même rejet de l'étude et de l'enseignement du religieux sous prétexte de la laïcité et de la modernité, pose aujourd'hui un grand problème quand les laïcs eux-mêmes se rendent compte de l'importance de l'intégration de l'enseignement du religieux à l'école. Ce choix intellectuel s'appuie sur une conviction stipulant qu'il n'y a pas, d'une part, une histoire profane des événements politiques et, d'autre part, une histoire religieuse réservée au sacré. Distinction qui aurait jusque-là réduit le religieux à une propriété privée. Il défend une histoire, de celle qui traite de l'humanité et de toutes ses productions et réalisations, et son enseignement. Dans cette optique, tout texte religieux doit être considéré comme un patrimoine de l'humanité. Cette approche laïque du religieux provoque dans certains milieux conservateurs un sentiment de méfiance à l'égard des " athées " d'hier et revivifie chez eux la " responsabilité " de sauvegarder la religion jusque là leur pré carré.

Objectif

Notre objectif est de montrer, par cette contribution, que le danger de l'idéocratie ou celle de la théocratie, est le résultat de cette vision statique qui réduit la religion dans la sphère du cultuel en négligeant sa présence dans toute activité créatrice de l'homme : art, littérature, musique, poésie, etc.
En effet, on ne saurait réduire l'histoire à une simple entreprise qui consisterait à  superposer les événements de façon éparpillée, sans une structuration réelle et sans savoir tisser le lien entre divers domaines enchevêtrés les uns aux autres. Par la présente contribution nous estimons atteindre trois objectifs : le premier consiste à mettre en exergue les limites entre l'universel et le particulier dans l'étude du fait islamique, le deuxième nous invite à faire la part entre le mythique et l'historique afin de bannir toute démarche élogieuse ou réductrice et le troisième objectif consiste à mettre l'accent sur l'interdisciplinarité de l'étude du fait islamique.

Cette étude sera répartie sur trois temps :
- Dans un premier temps, le thème à aborder portera sur l'avènement de l'islam, son contexte et ses éléments fondateurs.
- Le deuxième sera consacré à la question de la succession du Prophète Muhammad.
- Enfin le troisième temps, qui est l'aboutissement des deux précédents, portera sur le passage de l'organisation communautaire à un empire qui a connu des périodes d'unité et de morcellement.  
    
Le découpage chronologique adopté ne doit pas être perçu comme indicatif de périodes distinctes l'une de l'autre. Sans rentrer dans des détails évènementiels, nous essayerons de traiter les points saillants qui marquent chaque phase de l'histoire des premiers siècles de l'islam. Des phases dont chacune est marquée par des spécificités, régionale, culturelle et sociale. D'une période à l'autre, les termes ont un sens nouveau, l'unité communautaire a ses logiques et ses stratégies relatives aux contextes géopolitiques différents, à l'évolution des mentalités et à l'extension de l'empire. Le titre porté par le chef politique est lui même soumis à ces mêmes logiques et stratégies, du Successeur du Prophète on passe au Guide des croyants, puis au Gouvernant par l'ordre de Dieu et enfin au Sultan. D'autres changements, concernant les titres attribués au Souverain, continuent jusqu'à nos jours à charger, indûment, la mission politique par des éléments religieux qui donnent légitimité et "infaillibilité" à l'exercice d'un pouvoir politique absolu et sans partage. Dans ce texte, nous nous sommes contenté d'évoquer ces titres relatifs à la période à étudier.
La longueur de la première partie par rapport aux deux autres, s'explique par le fait que la période antéislamique est négligée  par certaines études portant sur la genèse du fait islamique. On a souvent tendance à placer l'avènement de l'islam à partir de la prophétie de Muhammad en occultant des données importantes qui peuvent nous éclairer sur le berceau de la genèse d'une nouvelle religion. Une genèse qui ne doit pas être soumise à la seule dimension miraculeuse.    

1er temps : L'avènement de l'islam, contexte et éléments fondateurs
2ème temps : De la succession du Prophète à la fondation de l'Empire
3ème temps : L'Empire, unité et morcellement
4ème étape : Enrichir en variant les progressions, soutien et approfondissement

Ismail Mohsen
Créé le 08/11/2011
Modifié le 27/09/2012