Mission Enseignement & religions : un axe prioritaire pour l'Enseignement catholique
Intervention d'Eric de Labarre le 21 janvier 2013 auprès des coordinateurs de la mission Enseignement & Religions au Secrétariat général de l'enseignement catholique (Sgec) lors des Journées nationales.
Eric de Labarre
Secrétaire général de l'Enseignement catholique
Eric de Labarre, secrétaire général de l’Enseignement catholique est intervenu le 21 janvier 2013 lors des journées nationales de regroupement des coordinateurs de la mission Enseignement et religions.
Ce réseau regroupe aujourd’hui plus de 70 personnes issues de toute la France. Elles représentent les diocèses, les tutelles congréganistes et aussi l’Alliance des Directeurs et Directrices de l'enseignement chrétien (Addec). Leur rôle est d’être des référents de proximité afin de communiquer dans leurs différents réseaux et de faire remonter les besoins, les initiatives de chacun. Lors de cette intervention, Eric de Labarre précise les enjeux actuels de la mission Enseignement & religions. Il souligne également l’importance du travail entrepris et les priorités à poursuivre.
 
Répondant à l'invitation de Stève Lepleux, responsable de la mission Enseignement & Religions au Secrétariat général de l'enseignement catholique (Sgec) et à Formiris, Eric de Labarre a tenu à saluer le grand nombre de participants à cette journée. Il a également encouragé la poursuite des actions entreprises en constatant le dynamisme et l'énergie de chacun dans les missions confiées.

Ces journées marquent une étape, puisque la Mission Enseignement & religions, créée à la rentrée scolaire 2002/2003 par Paul Malartre dans le prolongement de la publication en mars 2002 du rapport de Régis Debray sur « L’enseignement du fait religieux dans l’école laïque », a très exactement 10 ans.
 
Cette mission reste, au bout de 10 ans, un des axes prioritaires de l’animation institutionnelle que le SGEC entend mener à bien.
 
Il s’agit même d’un axe d’animation plus prioritaire que jamais.
 
Tout nous y pousse :
  • la progression de l’inculture religieuse que dénonçait en 2002 Régis Debray et qui marque un recul de la culture tout court.
  • le risque croissant d’incompréhension des faits historiques, de la littérature, de l’art, etc.
  • le raidissement de l’interprétation de la « laïcité à la française » entamé à partir de 2004 au sujet de la loi sur le port des insignes religieux dans les établissements scolaires et relancé avec la loi sur le port de la burqua dans l’espace public en 2010.
Au-delà d’un raidissement, il s'agit aussi d'une progression de la « vulgate laïciste » dans les esprits, sans qu’il y ait pour autant de posture idéologique à proprement parler :
  • difficulté de traiter le rapport entre la sphère privée et la sphère publique ;
  • tabou du religieux : illustré par Régis Gaudemer (Institut Supérieur de Formation de l'Enseignement Catholique (Isfec) Caen), membre de l’Observatoire des programmes et manuels scolaires au sujet de l’étude en primaire du conte d’Oscar Wilde : « Le géant égoïste ». 
Dans ce contexte, l’enseignement des faits religieux n'est pas franchement contesté, mais s’avère oublié dans les faits.
 
Le projet de loi pour « la refondation de l’école » n'y fait d'ailleurs pas référence, en dépit de la volonté d’introduire un enseignement moral et civique dont le ministère a bien du mal à déterminer les contours.
 
La récente crise des relations avec l’Etat incite aussi à approfondir le travail. Cet événement est révélateur sur bien des plans et nous intéresse aujourd’hui à double titre :
  • Interprétation des propos tenus lors de ma conférence de presse du 8 janvier donnée par Claude Lelièvre dans un article sur le site du Café pédagogique. Article selon lequel j’aurais entériné une lecture de la loi Debré qui reviendrait à ne reconnaître pour seul champ au caractère propre que la vie scolaire…
  • Mise en avant de la neutralité des enseignements qui consisterait dans une abstention des enseignants sur tout sujet qui serait susceptible de faire débat.
    Laïcité d’abstention/ laïcité d’intelligence.
    Ce qui témoigne d'une étrange conception de l’objectivité scientifique d’un enseignement.
    Tout professeur est tenu déontologiquement, et par honnêteté intellectuelle, de rechercher l’objectivité, et par conséquent, tout professeur est tenu à une distance critique à l’égard de ce qu’il enseigne.
    Aucun enseignement n’est objectif en lui-même et par lui-même, même en ce qui me concerne, je considère que l’objectivité n’est pas un donné, c’est un lieu : le lieu de la confrontation des points de vue contradictoires.
Si nous sommes si attentifs à cette question, ce n’est pas par prosélytisme, mais  pour 2 raisons essentielles :
  • La prise en compte du fait religieux est un élément essentiel de la culture contemporaine, sans lequel il est impossible de comprendre le monde dans lequel nous vivons.
    De surcroît, dans une société où beaucoup de nos concitoyens disent être à la recherche de sens, l’ouverture sur le fait religieux est aussi une porte entr’ouverte sur l’importance des représentations et du symbolique pour la vie de chacun d’entre nous.
    L’Enseignement catholique, par son histoire et ses fondements, a sans doute une responsabilité particulière, notamment pour la formation des enseignants.
    « Si nous avons évité le choc des cultures, nous devons éviter le choc des ignorances », Cardinal Jean-Louis Tauran (doctorat « honoris causa » de l’Institut Catholique de Paris)
  • L’enseignement du fait religieux est également un moyen qui permet d’assurer, dans le respect du principe de laïcité, une cohérence de la proposition éducative de l’Enseignement catholique. Celle-ci, dans le respect absolu des consciences et de la liberté de chacun, va de la culture à la foi, en passant par les différentes étapes que sont l’enseignement du fait religieux, la formation à la culture chrétienne, la première annonce, la catéchèse.
En d’autres termes, dans un établissement catholique, l’enseignement du fait religieux pour tous les élèves dans le respect de la laïcité ne peut pas être séparé de la spécificité religieuse d’un tel établissement qui constitue un aspect essentiel de son caractère propre.

Par conséquent, si la distinction des registres (culture/foi) est indispensable, ce qui fait l’originalité de l’Enseignement catholique, c’est le fait d’offrir, dans un seul et même lieu une formation intégrale de la personne. Selon la formule classique, il est nécessaire de distinguer sans séparer et d’unir sans confondre.
 
L’apprentissage du fait religieux par l’élève n’a pas seulement pour objet de lui faire acquérir des connaissances supplémentaires ou de compléter et d’enrichir des savoirs littéraires, scientifiques ou artistiques, mais de lui transmettre une culture qui comporte une dimension religieuse. Ainsi, celui qui y est disposé, peut-il glisser de la connaissance à la vie intérieure, et de la vie intérieure à la vie spirituelle. 
 
Si l’Enseignement catholique a une spécificité et s’est vu confier par l’Eglise une mission particulière, elle consiste, avant tout, à permettre aux élèves qui nous sont confiés de s’inscrire dans l’histoire inachevée d’une humanité à la recherche du bonheur et de la vérité. Cela doit comporter la possibilité d’une rencontre avec Dieu. Il ne s’agit pas d’imposer cette rencontre, mais de dire qu’elle est toujours d’actualité et de la rendre possible. 
    
 
Cet axe prioritaire de l’animation institutionnelle développée par le SGEC n’a cependant de portée pratique que si le travail de la Mission Enseignement et religions est effectivement portée sur le terrain.
Et pour cela, votre réseau est indispensable.
 
La reconnaissance de votre travail au niveau diocésain et local n’est pas partout assurée, je le sais. Mais j’ai le sentiment que la prise de conscience s’opère progressivement.
 
Comme toujours dans l’Enseignement catholique, rien ne se décrète. Il faut du temps, de la force de conviction et un peu de chance … en repérant le responsable qui peut prêter une oreille attentive à la proposition que vous lui faites. 
 
Je compte sur vous.
 
Eric de Labarre
Secrétaire général de l’Enseignement catholique
21 janvier 2013
Créé le 22/04/2013
Modifié le 26/04/2013