Rapports de la papauté et de la République au XIXè siècle
Dans une société de type industrielle et de conception Républicaine, toujours marquée par le Christianisme, comment les rapports Eglise -Etat ont-ils pu devenir si conflictuels et sous quelles formes cette lutte s'est-elle manifestée?
INTRODUCTION
présentation du contexte historique
II - Présentation des caricatures
III - Travail sur les représentations : l'image du pape aujourd'hui….
IV - Que faire de ces représentations dans la préparation et l'exploitation du cours ?
CONCLUSION

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INTRODUCTION

Problématique
Dans une société de type industrielle et de conception Républicaine, toujours marquée par le Christianisme, comment les rapports Eglise -Etat ont-ils pu devenir si conflictuels et sous quelles formes cette lutte s'est-elle manifestée ?

Objectifs
- Permettre aux élèves de lycée de comprendre, les causes, les enjeux et les mécanismes de ce problème historique.
- Etre capable de transférer des données inscrites pour un temps donné,  au monde actuel.

Proposition des étapes de la séquence
- Apport sémantique
- Mise en place d'outils conceptuels pour une approche contextuelle du thème
- Exercice sur documents
- Travail sur les représentations
- Transfert
- Evaluation

Eléments pour la mise en séquence d'un travail sur le thème "rapports Eglise -Etat au XIXè siècle".

I - présentation du contexte historique

Quelques points clefs
Au XIXè siècle la notion de Liberté prend  une place essentielle dans la conscience des peuples d'Europe.
Traditionnellement dans beaucoup de pays, il y a un rapport de complémentarité entre l'Eglise et l'Etat. (L'Eglise dit la morale, l'Etat dit le droit) (L'Eglise a le pouvoir religieux, l'Etat a le pouvoir politique).
Ors l'esprit de liberté, hérité des Lumières et de la Révolution Française, sous tend que l'homme n'a pas à  se soumettre à une idée ou à un dogme fût-il officiel.
Du coup l'Eglise catholique en particulier qui,  par tradition, dispose du pouvoir religieux va s'opposer à un pouvoir politique qui se veut indépendant : la République.

Derrière cette notion de liberté émergent d'autres notions  récusées par l'Eglise :
- Le libéralisme
- Le modernisme
qui sont les prémices à la sécularisation et bientôt à la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

Deux mondes s'affrontent désormais et la France, qui doit conforter et solidifier les principes sur lesquels elle fonde sa légitimité, va faire de l'anticléricalisme son cheval de bataille.

Dans ce contexte particulièrement  passionné et sectaire, on peut comprendre que la caricature ait pu jouer un rôle majeur. Diffusée par une presse "libérée", confortée par un mouvement républicain qui a l'audace de sa jeunesse, la caricature va mettre en avant tous les attributs  du "mal" auxquels elle associe l'Eglise Catholique en général et le Pape en particulier.

II - Présentation des caricatures

1) Prérequis : la lecture est impossible pour l'élève,  sans un travail  préalable
- de contextualisation
- d'acculturation prenant en compte  le vocabulaire spécifique au monde religieux et au monde républicain
- d'un travail explicatif autour du symbole et de l'allégorie.

Le (ou les) document(s) peut (vent) avoir un caractère justificatif, argumentatif, explicatif, comparatif (dans ce cas la stratégie conduirait à utiliser deux images ayant un sens  différent voir opposé)

2) lecture
Une grille de lecture d'image peut favoriser l'appropriation des différents documents par les élèves (en ce sens la lecture d'image peut faire l'objet d'un travail partageable avec une autre discipline comme le Français par exemple.)

3) Exemples
3-1. Extrait du journal
"la lanterne"


- "les dieux s'en vont" :

Objets représentants : l'église, son dogme (la Sainte Trinité) ; le pape et ses attributs
Symboles républicains
Signe de modernité : le train
Symbole du malin ou du menteur : les oreilles du pape
Analyse du dialogue: le mot faillite peut-être interprété à double sens


- Eléments à mettre au registre du grotesque et de l'irrespectueux
- Apports symboliques (vêtements et attributs)
- Glissement sémantique: "La gueuse=Marianne"
- Jeux de mot "pidisse"

3-2. Carte postale


Séparation des Eglises et de l'Etat
.
- Carte représentant Emile Combes terrassant un prêtre : allusion directe à l'archange St-Michel terrassant le dragon
- objets de culte
- allégorie du prêtre transformé en démon (queue fourchue, cornes…)
- allégorie de la "lumière" surmontée du mot "libre pensée"

Exploitation des documents et conduite de la séquence :
- travail en amont : présentation de la période
- identification des documents
- travail de discernement et de critique historique
- synthèse sur la séparation de églises et de l'Etat

Dans les rapport entre l'Eglise et l'Etat il faut faire une mention spéciale au problème de la laïcité en France par rapport à la loi de 1905 à la façon dont elle est abordée dans les manuels : ceux-ci intègrent évidemment la loi de séparation de l'Eglise et de l'Etat dans le chapitre consacré à la vie politique en France dans lequel le rapport conflictuel avec l'église trouve une bonne place dans tous les manuels.

III - Travail sur les représentations : l'image du pape aujourd'hui….

Faire émerger les représentations dans ce contexte aidera non seulement à repérer  les erreurs ou les manques, mais aussi aidera à faire les transferts possibles dans un perspective historienne"passé-présent". Cette démarche peut prendre place également dans le cadre du cours d'éducation civique pour préparer, par exemple, une séquence sur le thème "Eglise et Laïcité" ou sur" la place  de l'Eglise Catholique dans le monde actuel."Enfin, cette séquence peut faire partie intégrante d'un cours de culture religieuse.

Exemple d'analyse des représentations d'élèves (classe de 1ère)
1) la construction d'un questionnaire
Même si tout questionnement est inductif et même si le contexte de la classe ne facilite pas forcément une démarche spontanée, on peut compter sur l'adhésion des élèves à se prêter à un exercice plus centré sur l'évocation spontanée que sur la connaissance pure et par lequel on convoque un ensemble de mots et d'idées en référence à des pré-acquis.
Les questions proposées se déclinent selon trois entrées bien distinctes pour la construction du questionnaire :
Un premier type de questions qui joue sur l'immédiateté et la spontanéité de l'évocation
Un deuxième jeu de questions propose à l'élève une mise en forme (construction) cette-fois ci faite d'éléments issus de savoirs personnels ou scolaires.
Enfin un tableau qui a pour objet de saisir l'écart entre le passé et le présent à partir de la même entrée.

Introduction à la séance : trois questionnaires (fichier au format PDF)

Compte rendu d'interprétation du questionnaire
(Echantillon d'une classe de 1ère - 28 élèves)


1/ Evocation du mot "pape"



Eléments retenus : l'autorité- panoplie d'attributs désuets- un poids certain dans le passé- la référence morale est peu évoquée (- de 20%)

2/ Références notionnelles :
C'est le titre très St-Père qui est le plus cité (Les média utilisent en permanence ce titre)
Il est suivi de : Souverain pontife (il faudrait savoir comment les élèves interprètent ce qualificatif : Est-ce par exemple par rapport à des réminiscences antérieures ?)
Enfin une minorité a choisi de mettre en premier le titre "Sa Sainteté" mais disent ne pas savoir ce que cela veut dire : Représentant de Dieu sur terre ou chef de l'Eglise catholique?

Sur la signification du mot "Vatican" la confusion vient essentiellement  d'une analogie entre "St Siège" et "Trône de Pierre" (Le "Trône de Pierre "est quasiment inconnu des élèves)

3/ le rapport présent-passé
- références culturelles
- perception contemporaine
- l'ordre spirituel



Remarques :
* pas de référence à l'universel
* le questionnement sur la foi reste une préoccupation actuelle
* la prise en compte de conviction personnelle est-elle possible ?
* à proprement parler l'ensemble des réponses n'a pas de rapport direct avec le cours de 1ère.

IV - Que faire de ces représentations dans la préparation et l'exploitation du cours?

1) Prendre en compte le rapport entre mes propres représentations d'enseignant et les instructions de programme
       
2) Exploiter les réponses des élèves pour aider à la contextualisation :
(Gestion des écarts entre les acquis antérieurs et la perception actuelle)

3) Choisir une entrée par un ou plusieurs objectifs pris dans les domaines suivants :

Cognitifs
- prédominance du factuel et de l'événementiel en lui-même porteur de sens.
- par l'entrée conceptuelle "papauté" "république""modernité" "conservatisme"
- par l'étude de documents: rôle ? Attendus ? Transfert possibles ?

Socio- affectifs
L'étude est plus centrée sur la réaction, le comportement des élèves et le travail de groupe en choisissant :
- Une étude de documents comparés
- Une recherche  à partir d'un thème
- Un travail  sur le rapport "causes- conséquences"...
(Attention aux dérives passionnelles dans ce genre d'exercice et sur ce thème qui évoque "le religieux")

Méthodologiques
Le thème est prétexte à des travaux de type inductif : pour que l'élève découvre par exemple sur quels critères reposent les rapports conflictuels entre l'Eglise et l'Etat.
Soit de  type explicatif : pour favoriser la recherche d'une problématique
 Soit encore  de type modélisant : Montrer, à partir d'une construction schématique ou chronologique "l'évolution de l'Eglise de 1850 à 1914".

4) L'évaluation
C'est le processus mis en place par l'enseignant qui permet (a l'enseignant et à l'élève) de mesurer l'écart entre une production attendue et le niveau d'appropriation acquis par l'élève.
Dans le cas d'un travail à partir des représentations, il y a triangulation entre représentations- savoir enseigné- nouveau savoir de l'élève.
On peut par exemple mesurer le parcours effectué au moyen d'un questionnaire.

Dans tous les cas il est nécessaire :
- de donner aux élèves les outils de lecture qui leur permettent la compréhension du thème et la capacité d'accéder au savoir,
- d'utiliser des modes opératoires leur permettant d'exercer leur savoir-faire et de favoriser une véritable reconstruction à partir de leurs propres acquis,
- de canaliser les réponses par un questionnaire ni trop large, ni trop inductif, ni trop réducteur,
- d'organiser les réponses afin de construire une synthèse selon les finalités attendues.

Ce type d'exercice  a pour mérite non seulement d'impliquer les élèves dans une démarche individuelle et collective, il peut leur éviter de faire des anachronismes et des erreurs historiques grossières, il aide enfin à la formation de l'esprit critique.

CONCLUSION

Le thème évoquant les rapports Eglise-Etat est au carrefour de l'histoire politique, de l'histoire sociale, de l'histoire religieuse.  
Les deux difficultés majeures sont l'une d'ordre notionnel l'autre d'ordre conceptuelle.
La première difficulté est d'arriver à réduire l'écart entre une perception actuelle des attributs relatifs à l'Eglise  et à l'Etat et leur signification au XIXè siècle.
La seconde est d'arriver à passer d'une vision conceptuelle d'un mouvement d'histoire  à une réalité vivante bien tangible dans le monde d'aujourd'hui.

Jean-Jacques Vidal
Enseignant en histoire-géographie

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Références bibliographiques et iconographiques :

Ensemble des manuels de 1ère (dernière édition)
- Belin
- Magnard
- Bertand-Lacoste
- Narthan

Sur les didactiques :
Les origines du savoir (De Vecchi et Giordan) Delachaux et Niestlé - 1987.

Sur les représentations :
Revue Internationale (Sciences de l'éducation pour l'ère nouvelle)
Didactique II CERSE Caen, 1989.

Origine des caricatures :
- "Les dieux s'en vont" et "le Pape et Marianne"
article "Les corbeaux", n° 182, revue CPC octobre-novembre 1998.
- "Combes terrassant le diable"
La République anticléricale XIXè - XXè siècle (Jacqueline Lalouette), l'univers historique, Seuil, 2002.
Créé le 27/09/2012
Modifié le 27/09/2012