Etude d'un poème de Marc Alyn : Terre de Canaan
Prise en compte du fait religieux dans une description : "Terre de canaan", poème de Marc Alyn.
L'auteur
Le poème
Les pré-requis
Les objectifs
La séquence


L'AUTEUR
 
Marc Alyn est né à Reims en 1937. Il fait des débuts remarqués en poésie, et reçoit le prix Max Jacob à vingt ans pour Le temps des autres. Fondateur de la collection " Poésie/Flammarion " et critique au Figaro littéraire pendant de nombreuses années, il est rédacteur de la revue " Aujourd'hui Poème ". Il accomplit de nombreux voyages dans l'Orient méditerranéen qui inspire une grande partie de son œuvre poétique. Parmi une cinquantaine de titres publiés (poésie, essais, livres d'art), notons " Nuit Majeure ", " Infini au-delà ", " Les alphabets du feu ",  " L'œil imaginaire " et " Le miel de l'abîme ".
On trouve de ses poèmes dans les manuels scolaires, par exemple dans Texto Collège, 6°, chez Hachette.

LE POÈME

Pour lire le texte du poème "Terre de Canaan",, [pdf=144_1.pdf]

Le poème que nous étudions est extrait du premier recueil de la trilogie des " Alphabets du feu ", intitulé " Byblos ", paru aux éditions l'Harmattan, en 1991. De par son titre, " Terre de Canaan " - terre promise aux Hébreux, il présente une réalité qui touche explicitement au fait religieux. On peut relire à ce propos, Exode 3, 1-15, dans la Bible.
Ce texte a été choisi pour des élèves de cinquième car son approche est relativement facile compte tenu du caractère descriptif, néanmoins il garde sa part de mystère et, de par sa richesse, il pourrait tout aussi bien être étudié jusqu'en classe terminale.
Quelle image de Dieu se dessine derrière le langage poétique qui nous décrit cette Terre ? L'analyse ci-dessous, faite selon une lecture méthodique, tentera d'y répondre, sachant que nous n'en aurons pas extrait toute la quintessence.
Aux élèves sera proposée une grille de recherche concernant les différentes rubriques de l'analyse : Vocabulaire - Figures de style - Syntaxe - Structure

LES PRE-REQUIS

L'histoire des Hébreux étudiée en classe de sixième. Les notions de versification.

LES OBJECTIFS (Séance de deux heures)

- Repérer le vocabulaire religieux et inconnu et l'expliciter ;
- Reconnaître les caractéristiques du texte descriptif, ce qui permet d'identifier les lieux et les éléments :
. relever les champs lexicaux essentiels et les mettre en relation pour donner du sens,
. repérer les informations données par les organes sensoriels ;
- Reconnaître le langage poétique : comparaisons, métaphores, personnification et versification, afin de s'approprier le sens du texte ;
- Etudier la structure du texte ;
- Faire apparaître les éléments symboliques.

LA SEQUENCE

I - Le vocabulaire religieux

I.1 - Les noms propres

Canaan (v. 1 et 23) :
Canaan est d'abord un personnage biblique. Fils de Cham, lui-même fils aîné de Noé, il fut maudit par Noé. (Genèse 9, 22). Ancêtre éponyme des Cananéens. On dit Terre, pays de Canaan, c'est-à-dire, nom biblique de la Phénicie-Palestine, habitée par les Cananéens. C'est la Terre promise, " le pays du miel et du lait " des Israélites qui la conquirent au XVè siècle avant Jésus-Christ.

Le Verbe (v.7) :
Dans la théologie chrétienne, la verbe Deu, c'est la parole de Dieu adressée aux hommes. Par extension, c'est Dieu lui-même en la seconde personne de la Trinité, le Fils, Jésus-Christ. Ce mot renvoie au concept grec de Logos, terme signifiant à la fois parole et raison que Saint-Jean utilise pour désigner le Christ. Il lui donne une résonance nouvelle par rapport à la pensée de Philon d'Alexandrie quand il dit : " En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes ".

Mont Liban (v. 11) :
Nom actuel de l'ancienne Phénicie. Point culminant du Liban à plus de 3000 mètres, célèbre par sa forêt de cèdres. Pour les libanais, c'est un haut lieu à la fois touristique et symbolique avec tous les villages chrétiens répartis sur la montagne. Sur le versant syrien, on célèbre encore en araméen.

Échelle de Jacob (v. 20) :
Lire Le songe de Jacob, Genèse 28,10-16 : v.11 : " Voici qu'était dressée sur la terre une échelle dont le sommet touchait le ciel, des anges de Dieu y montaient et y descendaient. "

Le Père (v. 20) :
C'est Dieu, créateur de l'univers.

Byblos (v. 27) :
Nom grec de la cité phénicienne de Gebal aujourd'hui Djebail située au nord de Beyrouth. Centre commercial actif, très florissant du IV° au II° millénaire et à l'époque romaine. Elle était gouvernée par des rois qui étaient vassaux de l'Egypte dont l'influence fut prépondérante. Le sarcophage d'Ahiram datant du XIII° siècle avant Jésus-Christ, découvert en 1920, est l'un des plus beaux bas-reliefs phéniciens. Son inscription constitue la plus ancienne attestation de l'écriture phénicienne. On a coutume de dire que c'est le berceau de l'écriture, c'est pourquoi le poète est particulièrement attaché à cette ville.

I.2 - Les noms communs

Chapelet (v. 5) :
L'étymologie remonte au XIl° siècle et vient du sens de chapeau = couronne de fleurs. Objet de piété formé de grains enfilés et groupés par dizaines que l'on fait glisser entre ses doigts en disant des prières, Pater - Notre Père et Ave - Je vous salue. Dans la tradition chrétienne il est utilisé pour la dévotion à Marie dans un ensemble de prières Le Rosaire - 15 dizaines de Je vous salue précédées chacune d'un Notre Père. Le Rosaire est aussi une couronne de roses dont on couronnait la Vierge.

Cantique (v.14) :
Ode sur un sujet religieux chanté dans les églises.

Ange (v. 30) :
Dans l'Ancien Testament, les anges sont des envoyés ou des messagers de Dieu (Genèse, 28-12). Dans le Nouveau Testament, ils sont les exécutants des décisions prises par Dieu (Psaumes, 103,20).

Il - Les caractéristiques de la description

II.1 - Les noms de lieux qui permettent au lecteur de se situer :
- Canaan,
- Byblos,
- Mont Liban.

II.2 - Les Champs lexicaux

- La religion : sacré ; Canaan ; prière ; chapelet ; Verbe ; cantiques ; Echelle de Jacob ;  Père ; Dieu ; âme ; ange.
- La nature : blé ; fleurs ; terre ; source ; herbe ; ciel ; torrents ; anguilles ; éclair ; arbre ; mer ; moutons ; étoiles ; térébinthes ; chatte.
- Tendresse/protection/paix : chanter ; étreindre ; doucement ; enveloppée ; repose ; endormie.
- Abondance : moissonne ; brassée ; blé ; nombre de poissons.
- Beauté : perles ; fleurs ; collier.
- Le langage : Verbe ; mots ; langues.

II.3 - Mise en relation des champs lexicaux

La nature entière, cosmique (ciel - terre - étoiles - éclair) et terrestre (source - herbe - arbre - mer -moutons - chardons - térébinthes) est concernée par le sacré, c'est-à-dire la présence de Dieu qui se manifeste dans la tendresse, la paix et la beauté.

Dans la liste des noms relatifs à la nature, le blé est le produit d'une semence cultivée, obtenu par le travail. Il est donc le signe de la présence de l'homme et de sa relation à la terre.

Le lecteur, tout au long du texte, se situe à deux niveaux : l'homme sur la terre et Dieu dans le ciel. Comment se rejoindre l'un et l'autre ? L'échelle devient le symbole de tout ce qui relie les deux mondes. Elle était, dans l'Ancien Testament la volonté et le rêve de communiquer entre l'homme et Dieu. Mais c'est la parole incarnée - le Verbe fait chair, dans le Nouveau Testament - qui sera le véritable lien d'amour.

II.4 - Les informations sensorielles

- Sensations visuelles : Terre ; ciel ; torrents ; arbres ; mer ...
- Sensations auditives : On entend chanter l'air ; Les clochettes doucement tintent ; J'entends l'ange.
- Sensation olfactive : le parfum des térébinthes.
- Sensation tactile : effleurer de l'âme un fil de son manteau.
- Sensation gustative : l'ange qui boit le lait.
C'est par les sens que nous pouvons connaître ; être en relation avec le monde qui nous entoure. Ici, le poète met tous nos sens en éveil. L'être humain est donc considéré dans sa totalité.

II.5 - La présence des quatre éléments

Principes de vie, les éléments sont aussi ce qu'on appelle " les carrefours des sens " : La terre, très présente ici, l'eau avec les torrents (v. 11), et la mer (v. 16) ; le feu avec l'éclair (v. 9), et l'air (v. 8) et le vent (v. 18).

III - Le langage poétique : Les figures de style

III.1 - Comparaisons

Les torrents vifs comme des anguilles. (v. 11 et 12)
La nuit paît ses étoiles ainsi que des brebis. (v. 24)

L'auteur joue sur les oppositions qui démontrent le caractère ambivalent de la nature, tantôt vif, tantôt paisible. La seconde image prend une connotation religieuse : les étoiles font référence à Abraham père des croyants. Le verbe paître et les brebis renvoient l'idée de berger. Dans l'Ancien Testament, Dieu est le berger, c'est-à-dire, guide et protecteur du fidèle (psaume, 23,1), ou bien chef de son peuple (Psaume, 80,2). Dans le Nouveau Testament, Jésus est désigné comme le bon berger (Jean, 10, Il).

III.2 - Métaphores

Le sacré se moissonne (v. 1)
Grain de blé et goutte = perles d'un chapelet = collier (v. 3 à 6)

Les références au travail de l'homme - moissonne, grain de blé - sont, par le jeu des images, transmutés au divin avec sacré, chapelet.

Les longs bras des mots - étreindre l'espace (v. 10)
Les bras qui sont le prolongement de l'esprit sont associés aux mots, qui eux expriment la pensée. La suite de la métaphore donne l'idée d'un infini, d'un absolu que l'on cherche à atteindre avec des mots.

Effleurer de l'âme un fil de Son manteau.(v.21 et 22)
Par cet attouchement spirituel, le lecteur se trouve au seuil de l'invisible, en présence du divin qui nous enveloppe.

Les images que nous avons retenues montrent comment le sacré naît de cette union entre la nature et Dieu. L'homme se souvient de cette part de divinité qui l'habite et vers laquelle il tend.

III.3 - Personnifications

Ici les arbres n'ont que le fruit en tête (v.15)
Derrière cette image se reconnaît la spécificité du poète qui porte le langage courant - avoir quelque chose en tête - à une sorte d'incandescence. A nous décrire l'entêtement de la nature à produire en abondance, ce vers ne peut se lire sans une note d'humour.

Byblos repose enveloppée dans le parfum des térébinthes (v. 27)
La ville endormie est comme une momie, témoin de l'histoire des hommes.


III.4 - Opposition

Moutons noirs moutons blancs sous le soleil... (v.17)
Blancs et noirs, c'est comme bon et mauvais ; associé aux moutons qui figurent parmi les animaux domestiques les plus anciens de l'humanité, ces contraires renvoient à l'humanité entière.

IV- Syntaxe

IV.1 - Les types de phrases

On relève deux phrases exclamatives :

Terre ailée, rêve de toute la Terre ! (v. 19)
Terre de Canaan, fécondée d'infini ! (v. 23)

Ces deux phrases s'ouvrent avec le mot Terre, mis en apostrophe, reprise de l'anaphore de Terre aux vers 1,4 et 7.
La première dit ce désir d'élévation avec les mots ailée et rêve.
La deuxième résume en quelque sorte le sens général du poème, à savoir la promesse et le don de Dieu : Dieu a choisi une terre pour révéler son amour.

IV.2 - Les temps des verbes et le jeu des pronoms

Tous les verbes au présent de l'indicatif marquent l'intemporalité de l'amour de Dieu.

L'ensemble du texte est à la troisième personne, comme il se doit dans une description. A la fin, cependant, l'auteur s'implique et se projette dans l'histoire de cette terre. Au vers 31, j'entends, montre le poète partie prenante dans ce contexte d'une terre, symbole d'une spiritualité vivante et dont il veut être le témoin.

V - Structure du poème

V.1 - Organisation et versification
Ce poème se compose de trois strophes : deux strophes de 14 vers et une de trois vers.

Les vers sont libres, mais ici ou là le lecteur peut repérer quelques rimes :
Terre/Père - infini /brebis - tintent/térébinthes.
Le plus souvent le poète joue sur les échos syllabiques à l'intérieur des vers : Ex ; Terre où le Verbe marche nu-pieds dans l'herbe. Ce son est repris au vers suivant avec air, et au suivant encore avec éclair - travers - univers. C'est une syllabe ouverte qui marque une réelle envolée.

V.2 - Le contenu
Les deux strophes s'ouvrent sur une idée d'abondance :
- se moissonne à pleines brassées (v. 1)
- Les arbres avec le fruit en tête (v. 15)
Dans la troisième l'idée est condensée avec le mot lait, boisson qui donne la vie, mais plus que la vie, l'immortalité.

Le vers 16, La mer ignore le nombre de ses poissons est le pilier central du poème. Comment se fait-il que dans tout le texte qui ne parle que de terre, ce vers soit consacré à la mer ? Ne faut-il pas y voir un passage du Père énoncé au début, créateur de l'univers, à la mer, eau, bain matriciel de l'humanité ? Mais plus encore, l'idée d'impossibilité à dénombrer, fait référence à la fois à l'Ancien Testament -(Genèse 22,17) quand Dieu dit à Abraham : " Je m'engage à te bénir et à faire proliférer ta descendance autant que les étoiles du ciel et le sable de la mer. " - et au Nouveau Testament avec la pêche miraculeuse - (Luc, 5,6) au moment où le Christ dit à Simon de jeter ses filets : " Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais sur ta parole, je vais jeter les filets ". Ils le firent et capturèrent une grande quantité de poissons.
Ainsi, l'innombrable vaut aussi bien pour les grains de sable qui renvoient à la terre, ou les étoiles en relation avec le ciel et les poissons dans la mer. De là la notion d'infini.

Le passage en crescendo de la réalité concrète et matérielle au domaine du spirituel va également se faire par le jeu du vocabulaire. En effet chaque strophe contient un mot qui donne un moyen d'accéder à la divinité. Il est à remarquer que la structure identique du groupe nominal construit avec une proposition subordonnée relative maintient la cohérence.

1 - L'éclair qui porte Dieu à travers l'univers (v.9)
2 - Echelle de Jacob qui mène vers le Père (v. 20)
3 - J'entends l'ange qui boit dans la jatte le lait (v.30)

L'ange, toujours porteur d'une bonne nouvelle pour l'âme est l'intermédiaire par excellence entre Dieu et les hommes. " Personnification de la volonté divine, il est la créature dans laquelle apparaît déjà la transformation du visible en invisible que nous accomplissons ", dit Rainer Maria Rilke.

VI - Les éléments symboliques

Rappelons que le symbole est un signe qui permet de passer d'une réalité visible à une autre réalité qui donne du sens. Il est le fil conducteur, le véhicule qui achemine vers l'inconnu, l'infini. Il est l'image propre à désigner le mieux possible la nature obscurément soupçonnée de l'Esprit. (Jung)

Le blé
Dans toutes les civilisations qui connaissent cette céréale, le blé a été conçu comme symbole du cycle mystique de la mort et de la résurrection - sans doute par analogie avec le grain qu'on enfouit en terre et qui semble dormir pendant tout l'hiver et se réveille au printemps. On le trouve dans l'Evangile de Saint-Jean (XII, 24-25) : Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul, s'il meurt, il porte beaucoup de fruits. Le blé, c'est aussi le pain, symbole de nourriture qui devient, dans la tradition chrétienne, le corps du Christ, nourriture spirituelle.

La perle
Pure, précieuse et blanche, elle symbolise la sublimation de la matière, la transfiguration des éléments. Le collier de perles marque l'unité cosmique du multiple ; il symbolise un lien, et met en place une diversité chaotique.

Le lait
En raison de sa blancheur et de sa saveur, on considère le lait comme un mets divin et symboliquement comme une offrande pure. La Terre promise de Canaan, dans l'Exode, est présentée comme une terre d'abondance car " le lait et le miel y coulent à flots ". Isaïe, au chapitre 66,11 : " Jubilez avec Jérusalem... Que vous suciez le lait et soyez rassasiés de son sein réconfortant ". On peut penser à ces images de la Vierge allaitant, par exemple une gravure de A. Dürer, en 1517, La Madone allaitant l'Enfant Jésus.

Blanc
La blancheur du lait dans la dernière strophe fait écho à la blancheur des perles et à celle du cygne évoqués dans la première strophe.
Le blanc désigne soit une couleur qui n'en est pas une, soit le mélange parfait de toutes les couleurs du spectre lumineux. Il renvoie ainsi à la dialectique de l'Un et du Tout, puisqu'il désigne aussi bien l'unité primordiale qui précède l'apparition de la multiplicité des choses. Il symbolise aussi l'innocence du paradis originel ou le but final de l'être purifié qui a réintégré son état primitif.

Le cygne
Oiseau immaculé, dont la puissance et la grâce ajoutées à la blancheur font une vivante épiphanie de la lumière. Il est tout particulièrement chargé du caractère sacré. Emblème du poète inspiré, il symbolise la force du poète et de la poésie et les états supérieurs ou angéliques de l'être en cours de délivrance et retournant au principe suprême.

Le manteau
C'est un symbole de protection comme l'indiquent les images célèbres de Madones au manteau enveloppant l'humanité. Attribut de nombreux prophètes dans l'Ancien Testament qui se le transmettaient à tour de rôle, ce vêtement donne toujours une apparence de puissance. Toucher le manteau du Christ pour la femme malade c'est être sauvée. (Matthieu, 9,20)

VII - Conclusion

Avec ce poème, Marc Alyn nous ramène à la Terre d'où provient toute chose. Mère et nourrice comme elle est dans toute société, la Terre apparaît, ici, comme le but d'une quête, celle du sacré. Pour y accéder il faut s'enraciner dans la matière, lieu de transformation et de transmutation. Terre où la Parole de Dieu s'est incarnée. L'image, au vers 7 du Verbe qui marche nu-pieds dans l'herbe est significative. Dans la symbolique médiévale, en effet, seul marche nu-pieds celui qui est envoyé par Dieu. En ce sens, la terre apparaît comme un don, un don de Dieu lui-même.
Une question s'impose : comment se fait-il que Canaan, maudit par Noé soit à l'origine d'une terre si riche et pleine de promesses ? Etre maudit c'est, d'une certaine façon, mourir. On rejoint alors le symbole du grain de blé. La vie toujours victorieuse de la mort est signe de l'extrême bonté de Dieu.
Mais, ce que la Terre de Canaan a de plus beau, c'est qu'elle est la terre du Messie. En effet, Voici l'heure, au vers 24, est une reprise évangélique et minuit, au vers 29, rappelle, pour les chrétiens, la naissance du Christ dans la crèche de Noël. Ce texte, riche en références bibliques comme nous les avons évoquées au fur et à mesure, a une portée messianique.

Le poème se termine avec l'ange buvant le lait : messager de Dieu, il prend sa part d'humanité pour la transcender.
Derrière l'ange, n'est-ce pas aussi le poète qui se cache, en ce lieu symbolique, Byblos, berceau de l'écriture ? Lui, qui, par son pouvoir sur les mots, les langues, permet aux humains d'atteindre à l'infini ? La caresse que le mot " effleurer " évoque (v.21), nous projette dans un futur, un insaisissable, un Infini au-delà... (Titre d'un autre recueil de poèmes du même auteur).

Marie-Thérèse Cayol
Enseignante en lettres
27 avril 2005
Créé le 27/09/2012
Modifié le 27/09/2012