1905-2000 : des relations pacifiées
La loi du 9 décembre 1905 marque l'apogée de la crise entre les Eglises et l'Etat, mais elle est aussi à l'origine d'un apaisement qui va prendre peu à peu un caractère définitif.
La loi du 9 décembre 19O5 marque l'apogée de la crise entre les Eglises et l'Etat, mais elle est aussi à l'origine d'un apaisement qui va prendre peu à peu un caractère définitif. Avec le temps, des compromis successifs s'établissent. La laïcité est acceptée au sommet (Papes-évêques-gouvernement) et à la base, dans les esprits.
 
Plusieurs facteurs favorisent cette évolution :
En ce début de XXéme siècle, le régime républicain est accepté par l'immense majorité des Français. Au lendemain de la loi de Séparation le gouvernement cherchera àrétablir la concorde. A.Fallières est président de la République, G.Clémenceau est président du Conseil et A.Briand, ministre de l'instruction publique et des cultes. La loi du 2 janvier 1907 concernant l'exercice public des cultes, régle la question des édifices appartenant aux évechés et paroisses. Plus de 30 000 édifices sont finalement mis gratuitement à disposition des Eglises. Le 28 mars 1907, une nouvelle loi autorise les croyants à se réunir sans déclaration préalable. D'une manière générale, la jurisprudence administrative légitime les manifestations publiques quand elles répondent à des habitudes (enterrements religieux……).
Ensuite les problèmes extérieurs vont dominer les débats politiques. En 1913, le service militaire est porté de 2 à 3 ans.
La guerre de 1914-1918 soude les partis de droite et de gauche dans une " Union sacrée ". Elle entérine définitivement le rapprochement des Deux France, en colportant l'image de clercs et de laïcs combattant sous le même uniforme, fraternisant dans les tranchées, pour la défense du pays. Il n'y a plus d'anticlérical, ni d'anti-républicain, mais des hommes qui souffrent. Les congrégationnistes reviennent et s''engagent. Après la guerre, le gouvernement veut prolonger dans la paix l'union de tous les Français.

L'apaisement entre religion et pouvoir politique se poursuit donc durant l'Entre-deux-guerres.
La contestation communiste fait peur et, en 1919, Clémenceau, allié à la droite catholique, forme le Bloc national. Les dirigeants prennent leur revanche sur l'anti-cléricalisme radical : l'école reste confessionnelle en Alsace-Lorraine, après le retour des deux provinces à la France.
Les relations diplomatiques sont rétablies entre Paris et le Vatican. Le pape Benoît XV promet de consulter le gouvernement français pour la nomination des évêques. Des responsables religieux et politiques considèrent alors que la laïcité de l'Etat doit se concilier avec les droits de tous les citoyens de quelque croyance qu'ils relèvent (1920). 1924 voit la victoire du Cartel des gauches. Le Président du Conseil, E. Herriot voudrait  installer les lois laïques en Alsace-Lorraine, mais il se heurte à un vif refus des populations locales, entraînant le retrait du projet gouvernemental.

Mais le combat dualiste couve toujours dans le domaine scolaire.
En 1926, Pie XI condamne l'Action Française. C'est la rupture d'un lien majeur avec la droite.
Pendant le Front Populaire, L.Blum est respectueux des formes. En 1936, le cardinal Pacelli, futur Pie XII, légat du pape venu à Lisieux, est reçu avec tous les honneurs républicains.
Sous Daladier, face à la montée de Hitler, les évêques font bloc derrière le gouvernement. Cela va durer jusqu'à la défaite de 1940. Alors les sensibilités vont basculer vers Vichy.

L'Etat Français de Pétain reste laïque,mais prend des mesures en faveur des catholiques.
- Négociations sur d'éventuelles reprises du Concordat.
- Abrogation de la loi sur les congrégations
- Des subventions à des écoles primaires libres en danger de fermeture.
- Restitution de certains biens de l'Eglise
L'attitude politique favorable de certains évêques envers Vichy justifiera une vague d'anticléricalisme à la Libération, mais  une vague limitée.

La IVéme République se dote d'une constitution rédigée par un gouvernement tripartite : communiste, socialiste, MRP  (parti d'inspiration démocrate chrétienne). La France y est désignée comme une République laïque.
L'Eglise catholique, en 1945, par la voix de l'épiscopat français, effectue un discernement entre la laïcité, régime juridique qu'elle accepte et la laïcité, idéologique qu'elle condamne. Le Concile Vatican II ira plus loin, dans les années 60, en acceptant le principe même de liberté religieuse.

Sous les IVéme et Véme Républiques une polémique subsiste  au sujet de l'école privée, moins sur son existence même que sur son financement. Jusqu'en 1951, si les pouvoirs publics reconnaissaient l'enseignement privé, ils se refusaient à le financer. Ce principe a été modifié par les lois Baranger( 1951 ) et Debré (1959 ) : sous réserve de la conclusion d'un accord avec l'Etat, qui rémunérait les enseignants et exerçait un contrôle pédagogique sur l'enseignement dispensé,  les écoles privées recevaient une subvention de financement. Les établissements privés sous contrat avec l'Etat gardent leur caractère propre, c'est-à-dire en général leur référence confessionnelle catholique. En 1981, F.Mitterrand veut " un grand service public unifié et laïque de l'Education nationale "   , il veut remplacer le dualisme scolaire par un pluralisme interne. Mais le projet Savary, après une importante mobilisation qui montrait l'attachement d'une partie de la population à la liberté du choix scolaire, est retiré.
Bon gré, mal gré la loi Debré est acceptée de fait par les laïques.
En 1994, le ministre de l'Education, F.Bayrou doit renoncer à une tentative de révision de la loi Falloux, après une importante manifestation des défenseurs de l'école laïque.

La question actuelle porte sur les relations entre République et islam. La présence de l'islam en France est postérieure à 1905. Cette religion n'a donc pas connu les évolutions vécues, en France, par le christianisme et le judaïsme depuis la révolution de 1789. D'autre part, en pays musulmans, la religion, est soutenue par les Etats. Aujourd'hui, les quelque cinq millions de musulmans français sont appelés à se constituer en Eglise, indépendante des Etats musulmans et de l'Etat français.

Brigitte Macabrey
Professeur de lettres et histoire
Créé le 27/09/2012
Modifié le 27/09/2012