La monarchie absolue de droit divin au temps de Louis XIV : Probl?matiques
La monarchie absolue de droit divin est le régime qui gouverne la France au moment où la Révolution française se déclenche. Il faut connaître ce qu'elle est, en particulier dans la relation entre le politique et le religieux, pour comprendre l'évolution de cette relation pendant la Révolution, et plus tard encore.
La monarchie absolue de droit divin est le régime qui gouverne la France au moment où la Révolution française se déclenche.

Il faut connaître ce qu'elle est, en particulier dans la relation entre le politique et le religieux, pour comprendre l'évolution de cette relation pendant la Révolution, et plus tard encore.

1) La monarchie de droit divin, un régime politique qui tire sa légitimité de la Bible ?

La légitimité veut dire ici l'affirmation de l'autorité divine comme base de l'organisation de la société humaine. Il ne s'agit donc pas de légalité, c'est-à-dire d'un système juridique construit sur des lois et des règlements écrits pas l'homme.

Le règne de Louis XIV incarne l'apogée de la monarchie absolue de droit divin. Bossuet, dans " Politique tirée des propres paroles de l'Ecriture sainte " définit les rois comme les ministres de Dieu qui règnent par eux sur les peuples. Cette puissance vient de Dieu.

Dieu est donc la source de la souveraineté, de l'autorité suprême, d'un pouvoir qui n'est soumis à aucun autre contrôle.

La Bible Nouveau Testament fonde cette souveraineté divine. Dans l'Epître de Paul aux Romains, au chapitre 13 (1-7), il est dit que toute autorité vient de Dieu et que chacun doit s'y soumettre.

2) La monarchie de doit divin, un régime politique construit par l'Eglise, autour de l'onction et du sacré ?

Dans la Gaule du Vème siècle, le pouvoir réel appartient aux évêques qui ont protégé la population face aux invasions barbares.

Clovis (v. 465-511), maître d'une partie de la Gaule, est présenté par Grégoire de Tours (VIème siècle) comme le nouveau Constantin. Son baptême (496 ? 498 ?) a une grande portée politique par le choix qu'il fait de l'Eglise de Rome et non de l'arianisme. Cette doctrine chrétienne a été condamnée par les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381). Mais elle est fortement représentée en Europe au Vème siècle.

On peut voit dans le choix de Clovis l'influence de son épouse Clotilde mais aussi celle de l'Eglise gauloise qui souffre de la domination des Barbares ariens. Le baptême du roi des Francs est connu à travers le récit fait par l'archevêque de Reims, Hincmar (IXème siècle), conseiller du roi Charles le Chauve, dans " La vie de saint Remi ". Hincmar y révèle l'existence d'une " ampoule " (fiole) " remplie d'un chrême " (…) apportée par une colombe " plus blanche que neige ". Nul contemporain de Clovis n'a parlé de cet évènement. Mais personne ne proteste au IXème siècle.

Hincmar fait le rapprochement entre le baptême du Christ et le baptême de Clovis oint et sacré. On peut aussi retrouver là une référence à la Bible Ancien Testament : dans le livre de Samuel (16, 11-13), il est fait récit de l'onction de David par Samuel, sur l'ordre de Yahvé. David est donc consacré. L'onction apporte à David l'esprit de Dieu.

Les deux rites distincts du baptême et du sacre sont alors confondus. Pour être roi de France, il faudra être sacré à Reims, oint par le chrême de la fiole miraculeuse. On parlera bientôt des " rois très chrétiens " du royaume de France, ce qui leur permettra de revendiquer une place prépondérante au sein de la chrétienté ;

En 1651, lors de l'antique liturgie de la cérémonie du sacre, qui s'apparente à l'ordination des clercs, Louis XIV sera sacré, devenant à son tour un " roi - prêtre ".

3) La monarchie de doit divin, fruit du gallicanisme politique ?

Le gallicanisme est à la fois doctrine théologique et conception politique.

La " Pragmatique Sanction ", que Charles VII fait adopter en 1438 par une assemblée du Clergé réunie à Bourges, définit ce concept : alliance du clergé et du roi contre Rome, suprématie du concile sur le pape. Le concile de 1516 rétablira un peu l'équilibre des pouvoirs entre la France et Rome. Mais au-delà, la Pragmatique Sanction restera la référence de la politique religieuse, jusque et y compris sous la Révolution et l'Empire

Louis XIV, à la fin du XVIIème siècle, va renforcer le gallicanisme dans la " Déclaration des Quatre Articles " publiée en 1682, érigée loi d'Etat. Il s'agit de retirer au pape tout pouvoir temporel sur les monarques et de soumettre son pouvoir spirituel à l'autorité des conciles généraux.

4) La monarchie de doit divin et la liberté de conscience religieuse ?

Louis XIV hérite de son grand-père, Henri IV et de son père, Louis XIII, un royaume dans lequel une place a été reconnue aux protestants par l'Edit de Nantes (30 avril 1685). Ce texte est une loi d'Etat qui est déclarée perpétuelle et irrévocable. Cependant l'application de ce texte n'a pas entièrement apaisé la situation religieuse.

Pendant le règne de Louis XIV, des voix s'élèvent pour dire que " la liberté de conscience est considérée par tous les catholique comme un précipice creusé devant leurs pieds (…) comme une porte ouverte au libertinage ". L'Assemblée du Clergé réunie en 1675, qui faisait cette déclaration, ajoutait : " Otez-leur  (aux protestants), " Sire, ôtez-leur cette funeste liberté ".

Le roi est sensible à ces pressions qui reviennent à lui faire appliquer cette maxime : un roi, une loi, une foi. Il va donc, dans un premier temps, soumettre les " religionnaires " à toutes sortes de vexations parmi lesquelles les sinistres dragonnades. On envoyait loger chez les protestants des soldats, dragons ou autres, avec permission de faire tout ce qui leur plairait, et pis encore. Ces mauvais traitements entraînèrent des conversions de circonstances et l'exil des forces vives de la communauté réformée.

Louis XIV fut persuadé par son entourage que les protestants qui n'avaient pas fui s'étaient convertis, ou allaient le faire. L'Edit de Nantes n'avait plus de raisons d'être. L'Edit de Fontainebleau, promulgué le 18 octobre 1685, révoqua donc cette loi d'Etat.

La France et le régime de la monarchie absolue de droit divin se ravalaient ainsi au rang des pays où l'intolérance était érigée en règle : Louis XIV brisait net avec la politique de ses prédécesseurs. Cet acte, " pire qu'un crime ", fut " une faute ", nous dit Daniel Rops dans " L'Eglise des temps classiques ".

5) La doit divin, renfort de la monarchie absolue ou limites au pouvoir du roi ?

Sous Louis XIV, le droit divin fonde et consolide si bien la monarchie absolue qu'il tend à se confondre avec elle. Le pouvoir du roi est sacralisé : " les ordres du roi sont des oracles ", " la personne sacrée de Sa Majesté ", dit-on à l'époque.

Bossuet est un des principaux artisans de cette place fondamentale du droit divin dans la monarchie absolue. Il le montre à travers sa définition des règles de l'autorité absolue du monarque :
- première proposition : " Le prince ne doit rendre compte à personne de ce qu'il ordonne ",
- deuxième proposition : " Quand le prince a jugé, il n'y a point d'autre jugement ".

Mais cela implique que le souverain est tenu au respect des lois divines : les commandements de Dieu. " Le Décalogue est un redoutable cahier des charges " dit François Bluche dans on livre " Louis XIV ". Dans les cas les plus graves de manquement à ces lois, la révolte des sujets serait légitime, ces derniers étant aussitôt déliés du devoir de soumission.

Le monarque est aussi tenu au respect de la loi naturelle, elle-même d'origine divine mais indépendante des lois révélées. La loi naturelle représente ce qui est tacitement commun aux chrétiens et aux non-chrétiens. Dès que le législateur viole la loi naturelle, les sujets se trouvent dégagés de leur devoir d'obéissance.

Mais une autre définition du couple monarchie absolue/monarchie de droit divin est donnée par Edgar Quinet dans " Le christianisme et la Révolution française ", publié en 1845. Pour l'historien, tout se passe entre Dieu et le monarque ; aucun engagement ne lie donc ce dernier à ses sujets. " Le peuple ne peut donc rien sur la couronne de ce Christ. D'où il résulte que toute révolution est en soi illégitime et impie. (…) troubler l'ordre des dynasties équivaut (…) à troubler l'ordre intérieur de Dieu même ".

Claude Blocquaux
Professeur certifiée d'Histoire-Géographie
15 février 2006
Créé le 16/02/2012
Modifié le 16/02/2012