La laïcité : quel enjeu républicain ?
La laïcité à l'ordre du jour : anniversaire de la loi 1901, premier bilan de la loi sur le voile, développement de l'enseignement du fait religieux à l'école.
Extrait d'Education : synthèse de l'actualité, n° 68, avril 2005

La laïcité : un concept sous influence

A l'occasion des cent ans de la loi de 1905,  le Comité d'action laïque a rendu public un sondage CSA sur la façon dont les Français appréhendent la laïcité. Seuls 39 % des sondés connaissent l'existence de cette loi. Pour 53 % des personnes interrogées, la laïcité à l'école est jugée très importante. Elle permet de "mettre toutes les religions sur un pied d'égalité" (32 %), de "séparer les religions et la politique" (28 %) et "d'assurer la liberté de conscience" (28 %). Mais pour 58 % des sondés, la laïcité est en danger en raison du nombre croissant de "personnes portant des signes religieux ostensibles" (40%), du fait que "les religions se font de plus en plus entendre sur les sujets de société" (39 %) ou que "les communautés culturelles et religieuses se mélangent de moins en moins en France" (35 %).
Le CSA fait remarquer que le concept de laïcité est souvent réduit aux polémiques qui ont suivi le vote de la loi sur le voile. Il est fréquemment mis en opposition avec la religion catholique ou l'Islam sans lien avec "des fondements historiques".

Premier " anniversaire " de la loi sur le voile

D'après le même sondage, 65 % des sondés se disent favorables à loi de mars 2004 interdisant le port de signes religieux ostensibles à l'école. Après un an d'application, le ministère de l'Education fait un premier bilan : 47 jeunes filles exclues, 15 inscriptions au Cned(1) sans passage devant un conseil de discipline et 550 cas solutionnés par le dialogue. En revanche, les abandons d'étude n'ont pas été chiffrés.
De leur côté, les organisations musulmanes présentent un état des lieux beaucoup plus contrasté. Dans un Livre blanc(2), Le Comité 15 mars et liberté(3) dénombre 806 "victimes" : au moins 25 cas de jeunes filles de moins de 16 ans déscolarisées, une centaine d'abandons d'étude, près de 70 inscriptions à l'étranger, notamment en Turquie et en Belgique, trois inscriptions dans l'enseignement catholique. En outre, une douzaine d'élèves ont pu rester dans leur établissement en optant pour un "foulard discret". Quant aux  500 jeunes filles qui ont accepté de retirer leur voile, elles seraient "dans un état psychologique déplorable".
De fait, les élèves déscolarisées ont bien du mal à poursuivre leurs études. Des cours dans des mosquées leur sont quelquefois proposés, mais les professeurs bénévoles font défaut. Leurs parents vivent difficilement cette situation. Comme l'explique le père de l'une d'entre elles : "on a institutionnalisé le rejet et nous souffrons à travers la souffrance de nos enfants".
Face à cette situation, les projets d'établissements scolaires musulmans se multiplient. Mais, sans contrat d'association avec l'Etat, il leur est quasi impossible d'équilibrer leurs comptes. C'est le cas du collège La Réussite à Aubervilliers. Les frais de scolarité s'y élèvent à 1 500 euros par élèves et ne couvrent pas le coût réel d'un élève qui avoisine les 4 500 euros. Seule solution : faire appel à des donateurs.

Pour un enseignement du fait religieux à l'école

Lors du vote de la loi d'orientation à l'Assemblée nationale, les députés se sont prononcés favorablement pour un enseignement du fait religieux(4). L'Institut européen en sciences des religions a reçu mission de réfléchir à sa mise en œuvre. Son président, Dominique Borne, successeur de Régis Debray, invoque quatre principales raisons au développement de cet enseignement : l'omniprésence des religions dans les médias, le déclin du catéchisme, une meilleure compréhension de l'actualité mondiale et une "nécessaire reconnaissance de l'Islam dans l'espace français".
Il se prononce pour un enseignement transversal qui touche toutes les disciplines. L'Institut a mis en place dans ce sens des groupes de réflexion par discipline qui  devront proposer des contenus, des méthodes et des outils.
La formation des enseignants sera également modifiée. Le module  portant sur la laïcité et le fait religieux devrait être dédoublé afin d'aborder séparément ces deux notions. Les formateurs, quant à eux, seront formés par des spécialistes.
Aux réactions émanant de l'enseignement privé qui s'inquiète d'un certain relativisme entre les religions induit par cet enseignement, Dominique Borne réplique que la nature des enseignements sera semblable dans les établissements publics et privés.

Le gouvernement souhaite banaliser l'enseignement du fait religieux tant au niveau des programmes que de la formation des enseignants. Reste à savoir comment celui-ci sera reçu par ces musulmans qui rejettent la loi sur le voile ?

Dépêches de l'AEF, 17 mars 2005 ; 4 avril 2005.
Libération, 28 mars 2005, p. 11.
Le Monde, 15 mars 2005, pp. 1 et 9.

Centre de ressources documentaires
Education : synthèse de l'actualité
Unapec
15 avril 2005

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1) Centre national d'enseignement à distance
2) Rentrée 2004 : une vérité dévoilée. - Ed. Gédis.
3) Coordination qui rassemble des représentants de l'UOIF, de la Ligue française de la femme musulmane et du Fonds de défense des musulmans en justice
4) Cf. Education : synthèse de l'actualité, n° 67, mars 2005, pp. 8-9.
Créé le 01/02/2012
Modifié le 27/09/2012