Recommandations pédagogiques pour l'enseignement du fait religieux
10 recommandations pédagogiques pour l'enseignement du fait religieux pour dire qu'enseigner le fait religieux, c'est faire œuvre de transmission des connaissances, d'intelligibilité de soi et du monde, de liberté et de fraternité. Ce texte a été repris récemment par Stève Lepleux, responsable de la mission E§R.
La direction diocèsaine de l'Isère a organisé, le 13 février 2006 à Voiron, un rassemblement de tous les maîtres du 1er et du 2nd degrés de l'Isère autour de la question de la prise en compte du fait religieux dans l'enseignement.

Dans le cadre de cette manifestation, Benoît Deschamps, formateur - consultant de l'Institut Formation & Développement (IFD), a présenté 10 recommandations pédagogiques pour l'enseignement du fait religieux.


1. TENIR UNE POSTURE CRITIQUE
Savoir n'est pas croire. Faire connaître une religion, ce n'est pas y adhérer : de même que l'on peut enseigner le fait du royalisme sans être soi-même royaliste, de même peut-on enseigner le christianisme sans être chrétien.
La culture religieuse, ce n'est pas du "caté", ni de "la pastorale déguisée". Culturel et cultuel ne font pas nombre.

2. RESPECTER LE PRINCIPE DE LAÏCITÉ
Dans le cadre d'un enseignement sur l'histoire du christianisme, où peut être abordée la notion de prière, il est hors de question de faire chanter à nos élèves le Pater Noster.
On va plutôt s'interroger sur le contenu de cette prière, sa structure, ses sources, sa symbolique : une chose est de parler de Dieu comme figure de père, une autre est de s'adresser à lui comme "Notre Père".

3. POSER LA QUESTION DU SENS
L'enseignement du fait religieux ne saurait être seulement utilitaire : une "parabole" n'est pas… qu'une antenne de télé ; "La Trinité" n'est pas… qu'une station de métro, et "La Samaritaine" n'est pas… qu'un grand magasin parisien.
Il importe de savoir que les moines consacrent leur vie à la contemplation, mais aussi d'interroger le sens de leur engagement : sinon on est dans l'absurde, le folklore ou la dérision ; et de la dérision à la persécution, il n'y a pas loin.  L'histoire le dit assez.

4. PRENDRE EN COMPTE LE FAIT BIBLIQUE
Ignorer les Ecritures, c'est rendre illisibles des pans entiers de notre culture.
L'enseignement du fait religieux doit donc, à l'école, accorder sa place à l'apprentissage d'une lecture anthropologique et culturelle de la Bible.
Et « prendre en compte le fait biblique », c'est également prendre en compte le fait que, aujourd'hui - c'est ainsi -, beaucoup d'enseignants ont une culture biblique assez sommaire.

5. RENCONTRER DES CROYANTS ET VISITER DES SITES RELIGIEUX
Si un fait religieux est l'expression d'une foi, et si les religions ne relèvent pas que de la muséographie, il faut donc aller sur place pour tenter de percevoir ce qui habite les croyants. À condition de respecter un minimum de règles, rien n'interdit de faire visiter à nos élèves une synagogue, une église, une mosquée ou un temple.

6. ÊTRE EN PRISE SUR L'ACTUALITÉ
D'autre part, l'enseignement du religieux ne saurait s'attacher à la seule naissance des religions : il doit présenter aussi leur caractère vivant aujourd'hui. Le judaïsme, le christianisme et l'islam sont des religions antiques, mais sûrement pas des "antiquités" : l'actualité ne cesse de le démontrer.

7. AVOIR UNE APPROCHE PLURALISTE
Avoir une approche pluraliste, c'est prendre en compte les trois religions monothéistes et les autres. C'est dire également que, sans céder au relativisme, il est exclu qu'une religion soit considérée comme "au-dessus" des autres, ou "plus vraie" que les autres.

8. VALORISER CE QUI RELIE LES RELIGIONS
L'enseignement du religieux doit s'attacher à définir la spécificité de chaque religion. Pour autant, dans le contexte qui est le nôtre, nous avons tout intérêt à travailler, d'abord, ce qui relie les religions. Dans l'Enseignement catholique, nous disons résolument non au communautarisme.

9. ENSEIGNER AVEC EXACTITUDE LE POINT DE VUE DE CHAQUE RELIGION
Comme tout enseignement, celui du fait religieux mérite précision et exactitude.
Un premier exemple : la plupart des manuels scolaires présentent le christianisme comme "une religion du Livre".  Et bien non : les chrétiens ne sont pas "des gens du Livre" mais, comme leur nom l'indique, des disciples du "Christ".
Deuxième exemple : des musulmans considèrent les chrétiens comme des polythéistes. Non, les chrétiens croient en un seul Dieu : Père, Fils et Esprit.
Troisième exemple : la différence de pratique de l'Eucharistie entre catholiques et protestants n'est pas "un détail", parce que, pour les catholiques, ce qu'ils appellent la "présence réelle", ce n'est pas "un détail".
Bref, toutes ces notions, complexes il est vrai, mais fondamentales, devraient être enseignées de manière plus exacte, et plus respectueuse du point de vue de chaque religion.

10. S'ADRESSER À TOUS NOS ÉLÈVES
Enfin, l'enseignement du fait religieux concerne tous nos élèves, dès lors que nous nous adressons à leur raison et que nous avons pour projet éducatif de leur proposer un sens de la vie : cet enseignement n'est donc ni facultatif, ni optionnel.
En conclusion, enseigner le fait religieux, c'est faire œuvre :
- de transmission des connaissances : c'est la base de notre métier ;
- d'intelligibilité de soi et du monde ;
- c'est aussi faire œuvre de liberté : en permettant à nos élèves de faire des choix en connaissance (religieuse) de cause ;
- enfin, notre école doit être une école de fraternité : comment apprendre à vivre ensemble si nous ignorons délibérément ce que croient, ou ce que ne croient pas, les uns et les autres ?

CONTACT
Benoît DESCHAMPS -Institut Formation & Développement
8 Rue Beccaria - 38000 GRENOBLE
Tél : 04 76 17 15 15


Benoît Deschamps
Formateur-consultant
Institut Formation & Développement (IFD)
6 mars 2006
Créé le 01/02/2012
Modifié le 23/04/2015